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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 16:51

Première partie de la conférence de Pierre DIMECH,  prononcée à l' Université de Malte le 21 mai 2001


182 - CopieDans la grande histoire des hommes qui ont fait l'Algérie, voici la page des Maltais. Pierre Dimech les connaît bien puisqu'il est lui-même fils de ces iliens venus s'enraciner en Afrique et qui formeront, avec d'autres, venus d'horizons différents, les Français d'Algérie.

 Le 5 juillet 1830 à midi, sous un soleil de feu, la porte Neuve de la Casbah d'Alger s'ouvrait sur les troupes françaises. Le passage victorieux de ces soldats vêtus de rouge réalisait d'anciennes prédictions et donnait une résonance prophétique au cri fameux, bien que controversé aujourd'hui, de Pons de Savignac, chevalier français et porte-étendard de l'Ordre de Malte, devant une autre porte d'Alger, la porte Bab-Azoun, où il avait planté sa dague le 26 octobre 1541: Nous reviendrons !»

Cette année donc allait ouvrir un formidable chapitre de l'histoire de France, mais aussi de l'histoire de la Méditerranée.Très rapidement, l'atmosphère de l'ancienne ville pirate change du tout au tout. Il existait un cloisonnement entre les couches d'une population hiérarchisée selon son origine ethnique, laquelle conditionnait ses activités dans la cité : Turcs, Kouloughli, Maures supplétifs, Kabyles, Arabes, Juifs, Chrétiens et qui est ainsi décrit dans l'ouvrage de Pierre Boyer la Vie quotidienne à Alger à la veille de l'intervention française : « La caste des Turcs domine sans conteste le pays. Les Kouloughli sont des petits parents que l'on ménage ; les Maures, des sujets ; les Berbères et les Arabes des ennemis en puissance ; les Juifs, des inférieurs que l'on méprise profondément mais dont on ne peut se passer ; les Chrétiens, des esclaves.»

A ce cloisonnement, générateur d'un rythme de vie immuable, se substitue, non sans une certaine pagaille, un esprit que l'on peut qualifier de cosmopolite. Que l'on en juge ! Aux autochtones que je viens d'évoquer, dont ceux qui avaient le plus à souffrir de la rudesse turque ont accueilli les soldais français en libérateurs, se joignent ces soldats, en provenance de toutes les provinces ; s'y ajoutent très rapidement, pour les besoins de l'intendance et du génie militaire, mais aussi poussés par tous ces instincts puissants que suscite un monde nouveau, jusqu'alors terrifiant et qui semble s'ouvrir à la vie, des hommes d'Europe continentale et du pourtour médi­terranéen : négociants marseillais, ouvriers de toutes origines, notamment des Piémontais, des Sardes, des Allemands, des Suisses, des Mahonnais qui vont fonder les premiers villages, enfin — et donc parmi les premiers : des Maltais, qui s'assurent d'emblée une spécialité : celle de la batellerie des ports.
Barque pêcheurs
En effet, dès les premières années, un trafic intense s'instaure dans les ports qui sont encore bien rudimentaires (naufrages près des côtes, embarcations brisées, amarres rompues, etc.). Cette spécialisation souligne la qualité des marins maltais. Cf. Marc Baroli : la Vie quotidienne des Français en Algérie, 1830-1914. « Celui qui arrive sans encombre doit se remettre, corps, âme et bagages aux mains des bateliers maltais qui le transportaient jusqu'au rivage. »

Parallèlement à cette prééminence incontestée, les Maltais — deuxième trait fondamental de leurs aptitudes — entrent rapidement en concurrence avec les Juifs sur le terrain, florissant et riche d'avenir, du petit commerce. En 1834, les Maltais ont déjà la haute main sur le commerce de légumes, sur l'épicerie et sur la fourniture du lait. En quelque sorte « du producteur au consommateur» car les éleveurs de chèvres, installés autour des villes, trayaient leur bétail tout chaud dans les rues !

Quant aux femmes, qui commencent à venir, en petit nombre, s'installer surtout au service de l'armée (cantinières, cuisinières blanchisseuses, etc.), on trouve parmi elles une Maltaise (à Bône) à côté de neuf Françaises, cinq Mauresques, deux Espagnoles, une Juive. Donc, proportion très honorable

Ainsi, d'emblée, la communauté maltaise figure en bonne place dans la toute première population de l'Algérie française qui, en 1834, compte un peu moins de 10.000 habitants, dont la moitié de Français, répartis entre Alger, Oran, Bône, Bougie, Mostaganem. Est-ce à dire qu'elle y fait là sa première apparition ? Les renseignements que l'on possède sur la population européenne, non esclave évidemment, en Algérie turque sont assez minces. On trouve surtout mention d'agents consulaires et commerçants provençaux qui ont, même aux temps les plus sinistres de la guerre de course et de l'esclavage organisé, maintenu un lien entre l'Algérie et la France.

Et puis, il n'y avait pas qu'Alger : dans l'Est algérien, la France entretient toujours, si l'on peut dire, des établissements et des comptoirs, « les concessions d'Afrique », dont la destinée fut différente selon les endroits et les époques : les plus stables furent la Calle, Bône et Collo. Or, bien que n'ayant jamais pris un grand développement et ayant subi maintes fois le pillage et l'incendie, elles connurent toutefois des moments d'activité, notam­ment pendant la seconde moitié du XVIII° siècle. On peut penser que les Maltais les connurent comme lieu d'échanges commerciaux. Ne perdons jamais de vue les liens privilégiés — surtout au XVIII° siècle — entre la France et l'Ordre de Malte, et, singulièrement, la marine de l'Ordre. On peut donc penser que des Maltais étaient installés dans ces comptoirs français.

Mais, compte tenu de la précarité économique et, somme toute, phy­sique de ces comptoirs, on ne peut employer à leur égard la notion de Population. Il s'agissait donc d'individus, voire de quelques familles, isolés, mais dont certains firent souche et se perpétuèrent grâce à l'arrivée de la France dans le pays.

Cela étant., fin 1839, après dix ans d'Algérie française, selon Augustin Bernard, l'Algérie comptait 25.000 Européens (dont 11.000 Français) répartis ainsi : 14.000 à Alger, 5.000 à Oran ; le reste à Bougie, Mostaganem, Constantine, Philippeville.

Les Français dominaient à Alger (6.800), les Espagnols à Oran (2.300), les Maltais à Bône (1.300), marquant déjà une répartition géographique qui devait se continuer par la suite.

L'essentiel est donc, je crois, de noter que les Maltais comptèrent parmi les premiers éléments de l'Algérie française, figurant parmi les immigrants de la première heure. Nous venons de voir également que la place qu'ils tiennent dans la société européenne de la toute première génération les met à un rang modeste tout autant que précieux sur le plan des services qu'ils rendent.

Comment sont-ils appréciés ? Il faut tout d'abord avoir présent à l'esprit le fait qu'il s'agit d'une société d'immigrants, qu'ils soient français ou étrangers.

Installés depuis peu en territoire algérien, ils gardent les habitudes et les réflexes de leurs atavismes respectifs. Chaque groupe ethnique garde sa personnalité, reste replié sur lui-même, et défend farouchement son particularisme. Le cosmopolitisme de la jeune Algérie française n'empêche pas tout à fait, à son début, les classements en fonction des origines et des activités, un peu comme dans l'Alger barbaresque, mais dans un climat de rude concurrence et un esprit d'aventure et de liberté qui ne surprennent ou choquent que celui qui ne voit pas ou ne veut pas voir à quel point l'Algérie a été l’équivalent méditerranéen des terres à western…à ceci près, bien entendu, que les « Indiens » n’ont pas été exterminés par les pionniers.

Les Maltais donc paraissent plutôt au bas de l’échelle, dans une société elle-même assez mal équarrie dans son ensemble. Mais avant toute chose, ils déconcertent ceux qui cherchent à les "situer". En effet, ne voilà-t-il pas des arrivants aussi mal définis que ces gens, dont on disait qu'ils étaient "sujets anglais" et dont on pouvait dire qu'ils étaient :

supertitieux comme des Napolitains, accoutrés comme des Juifs (avec notamment un goût prononcé pour les bijoux - anneaux d'or aux oreilles), durs à la tâche comme des Valenciens, catholiques expansifs comme des Siciliens et parlant une sorte d'arabe aux âpres consonances.


Ouvrons ici une parenthèse : l'amalgame méditerranéen était tel qu'on aurait pu dire, dans le désordre : superstitieux comme des Espagnols, parlant une sorte de dialecte juif, etc.

En tout cas, dans ce monde dur et coloré, les premiers Maltais d'Algérie passent pour être particulièrement grossiers, de manières et d'usages surtout aux yeux des Français de souche, ce qu'on verra tout à l'heure lorsque sera abordé l'aspect littéraire de l'émigration.

Devant des jugements nécessairement sommaires, il est temps ici de rappeler qui étaient vraiment ces Maltais et les raisons de leur présence en nombre sur un territoire peu à peu pacifié par la France.

Héritiers d'une histoire millénaire, les Maltais sont les descendants lointains d'illustres et mystérieux bâtisseurs de temples de l'époque mégalithique (4000 ans avant J.C.), descendants plus directs des marins phéniciens venus de Tyr fonder CARTHAGE au premier millénaire avant notre ère.
 

Mais ils sont aussi liés par des "liens de famille" à la péninsule italienne, par la Sicile si proche, par les Romains, qui ont administré l'île à demeure pendant près de 800 ans, et plus encore par les apports humains de "colonies" italiennes venues à Malte, non en dominatrices, mais en exilée, selon les hasards des luttes féodales au cours des XII° et XIII° siècles.

Enfin, les Maltais sont liés également au monde nord-africain, essentiellement à la Tunisie et à la Libye, au hasard d'autres luttes avec la contrepartie de prises réciproques de nombreux esclaves, mais surtout en raison de la domination et de l'implantation arabes longues de plusieurs siècles, avec le brassage de populations que cela comporta.

Toutes ces unions, plus ou moins volontaires, n'ont pas pu ne pas peser d'une manière déterminante sur la composition d la population des îles maltaises, surtout compte tenu de la faiblesse numérique de celle-ci, facteur essentiel facilitant les influences extérieures.

Alors, â ce propos, lorsqu'on approfondit la tumultueuse et passionnante histoire de ces îles, comment ne pas conclure à la vanité ou à la partialité des appréciations qui tendent à opposer "vrais Maltais" à "Maltais mâtinés d'étrangers". L'objet de cette étude n'est pas de rappeler, même brièvement, l'absurde "querelle des langues" qui, au siècle dernier et au début de ce siècle, a littéralement empoisonné, la vie du peuple maltais, mais je n'évoquerai qu'un problème, capital dans la recherche de la personnalité maltaise : l'origine des noms de famille. Certains opposent les "purs Maltais" dont le nom patronymique est à consonance sémitique aux, disons "Maltais de fraîche date", dont le nom patronymique est à consonance italienne. Outre le fait que ces assertions sont lancées souvent sans avoir recherché vraiment leur fondement basé sur des travaux historico-généalogiques approfondis et que, d'autre part, de nombreux noms ont été déformés au cours des siècles, quel Maltais à cent pour cent compte pas parmi ses aïeux , bisaïeux, trisaïeux, etc. à la fois des noms à consonance latine et d'autres à consonance sémitique ?

En vérité, aussi surprenant mais aussi choquant que cela paraisse, on peut se demander si, justement, le vrai Maltais n'est pas celui dont le sang charrie dans ses veines des origines multiples, en tout cas, ce double apport latino-sémite, sans compter sur les apports plus récents, anglais, etc...

Conclusion : ce ne sont pas les critères ethniques qui caractérisent le Maltais en l'isolant du reste, bien que dans sa variété le type maltais soit relativement homogène.

Serait-ce alors le critère culturel ? Sans nous étendre sur ce sujet passionnant il faut se contenter d'observer que la culture maltaise est, elle-même, le produit d'apports divers que l'on peut regrouper en apports méditerranéo-latins et en apports méditerranéo-sémitiques.

De ce fait, ce qui donne sa profonde homogénéité à l'homme ce maltais, et ce qui le fait reconnaître, c'est sa religion: un catholicisme très enraciné dans sa personnalité profonde, un catholicisme se manifestant de façon constante vis-à-vis de l'extérieur et de tous les événements de l'existence.

Voilà esquissés les grands traits du Maltais, en ce début de colonisation française en Algérie.

Ajoutons que le ressort de son émigration ne lui est pas propre, mais est commun à tous ceux qui s'exilent pour aller chercher une vie meilleure, pour tenter l'aventure.

Les causes économiques de l'émigration maltaise sont réelles ; mais il y a certainement aussi des causes politiques : Malte, en effet , a fait son entrée dans la vie moderne en quelques années troublés:

- 1798 :les Chevaliers de Malte sont chassés par Bonaparte, qui installe un gouvernement français et tente d'imposer brutalement et maladroitement les modes de vie et de pensées issus de la Révolution française.
-.1800 :les habitants, excédés, aident les Anglais à chasser les Français ; le sort de l'île reste incertain pendant toute la période des guerres napoléoniennes.
- 1814 :Malte, suprême ironie, devient "colonie de la Couronne", colonie du royaume sous la protection duquel elle s'était placée , pour éviter le joug français.


Mais ces Français dont l'ensemble de la population maltaise ne voulait pas sur place, en raison des traumatismes que leur conception de la vie leur faisait subir, voilà que seulement trente ans au plus tard les Maltais vont vers eux, sur cette terre d'Algérie qui s'ouvre de nouveau à l’Occident, après des siècles d'isolement et d'hostilité.

Confusément, ces hommes simples qui vont surtout chercher du travail et qui ont la chance de voir ce vaste continent à la portée de courtes traversées à la voile, ressentent comme un appel: ils ont l'impression de ne pas quitter leur monde en quittant leur île, puisqu'ils retrouvent la Méditerranée du sud, son soleil et ce peuple cosmopolite qui, lentement, se forme.

Et, dans cette réalité bien vivante, dans ce creuset d'où sortira plus tard une communauté parfaitement homogène, les émigrants maltais sont beaucoup moins distincts des autres qu'une étude abstraite pourra le donner à penser : le type humain, les croyances, le langage, le mode de vie les rapprochent à la fois des autochtones judeo-berbères et des émigrants non-français, siciliens, mahonnais, valenciens, etc.

Mais le groupe de Maltais qui arrive sur la terre d'Algérie avec ses chèvres et ses religieux a aussi, dans le fond de son âme, l'impression de participer à une sorte de « CONQUÊTE", eux qui furent terrorisés pendant des siècles par les invasions des Barbaresques. Ils choisissent délibérément un monde ou l'Afrique rappelle leur pays et leur paraît vouée à un grand empire d'Occident au sein duquel ils auront leur place.

Cela explique l'opiniâtreté des Maltais, lors des premières frictions avec les autres communautés, la conscience qu'ils avaient confusément de pouvoir réussir en restant eux-mêmes. Dès ce moment, on constate à la fois qu'il y a très peu de retours au pays, donc une implantation durable en Algérie, mais que les liens avec les familles, donc avec la terre natale, n'en sont pas pour autant rompus.

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 19:40

En marge de la répétition de la pièce "Les forces de vie, de Louis Bertrand à Albert Camus"

Donnée par le Cercle Algérianiste d'Aix en Provence, le 9 mars à 16h30 à Puyricard (salle des fêtes)

 

  Voir également : LA « CHEVAUCHEE FANTASTIQUE » de LOUIS BERTRAND

 

  ( ill. tirées d'une édition populaire du Sang des races, et d'un autre roman célèbre de Bertrand : " Pépète et Balthasar " , de la même époque. Les planches en couleurs sont du grand peintre d'Algérie EMILE AUBRY, tirées de ce dernier livre )

 

 

"IL Y AVAIT LA DES HOMMES DE TOUTES LES NATIONS "

(L'ALGERIE DE BERTRAND)

 

ALG 0001

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ALG 0004

 

  "IL Y AVAIT LA DES HOMMES DE TOUTES LES NATIONS "
 (L' OUEST AMERICAIN)
USA 0001USA 0002USA 0004 (2)
USA 0004
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 18:47

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Voyage de “Présent” à Malte

Entretien avec un « Maltais », Pierre Dimech

Cher Pierre Dimech, vous êtes Maltais de sang, de cœur et d’esprit (ceux qui ont lu votre livre L’homme de Malte savent exactement ce que cela signifie). Vous vous êtes rendu à Malte à 21 reprises et vous y avez guidé différents membres de votre famille, des amis, ainsi que des groupes de compatriotes d’Algérie. Vous êtes en somme notre Maltais de Présentet vous avez rédigé pour notre quotidien de nombreuses pages, reportages, enquêtes, « cartes postales », analyses. Que diriez-vous à nos lecteurs pour leur donner envie de découvrir Malte ?

— Tout d’abord, ne pas tenir exagérément compte des dimensions « lilliputiennes » de cette île – en réalité, un archipel composé de deux îles et trois îlots. Il faut simplement se dire qu’à Malte, le Temps prime l’Espace. C’est sur ces quelques dizaines de kilomètres carrés habitables que l’on trouve la plus grande concentration de temples de l’époque néolithique au monde, dont le plus ancien – et le plus impressionnant par ses dimensions, est celui de Ggantija, sur l’île de Gozo, dont la partie la plus ancienne remonte à environ 3500 ans avant J.C., mais de tous, celui qui m’émeut le plus est toutefois celui de Mnajdra, sur l’île de Malte même, plus « récent » (2800 à 2200 avant J.C.), incomparable à raison de son emplacement (à haute portée symbolique) en rebord d’une haute falaise face au Sud, dominant l’énigmatique îlot de Filfla, se dressant à 6 km de la côte. Mais l’homme a laissé des traces à Malte bien avant la construction de ces temples, notamment au lieu-dit Skorba, occupé dès le cinquième millénaire avant J.C. On peut ainsi dire que Malte, qui ne couvre que 314 km2, a 7 000 ans d’Histoire.

Une fois disparue « la civilisation des temples », puis celle, moins spectaculaire, du « bronze », Malte entra dans l’Histoire à travers les peuples, parfois de simples groupes de marins, de marchands ou d’hommes en armes, qui y débarquèrent, conquérants ou fugitifs, au rythme, comparable à celui des marées océanes, des flux et reflux marquant la vie agitée de tout temps du bassin méditerranéen. Et cela commença avec les Phéniciens venus de Tyr et de Sidon, en route vers les côtes d’Afrique du Nord. Tout venait de se mettre en place pour, au-delà des rivalités commerciales avec les Grecs, également présents, le grand et mortel « pas de deux » entre Carthage et Rome, qui marquerait à tel point les esprits durant des siècles et même des millénaires que, lors de la résistance maltaise aux forces de l’Axe et de la transformation de Malte en une immense base aéro-navale en 1943, d’où partirait la conquête de la Sicile puis du reste de l’Italie, Churchill s’écrierait : « C’est la revanche de Carthage sur Rome ! ».

Je me contente de citer simplement ce propos, à l’appui de ce qui devrait être un postulat pour toute personne désireuse de découvrir Malte : « A Malte, tout est Histoire ! ».

L’île a vécu un afflux constant d’immigrants illégaux africains qui s‘échouaient sur ses plages. Est-ce la politique dissuasive mise en place par les autorités maltaises qui a empêché ces clandestins d’en faire un nouveau Lampedusa ?

— On peut le penser, mais d’autres facteurs ont également joué dans le même sens, notamment celui de la densité exceptionnelle de la population de Malte, qui est de l’ordre de 1 300 habitants au kilomètre carré, une des plus fortes au monde et, en tout cas, sans équivalent dans « l’Eldorado » supposé qu’est l’Occident. Il n’y a vraiment pas beaucoup de places libres, là-bas ! Et puis, il faut aussi le dire, les Maltais sont accueillants, mais ils ont par atavisme un sens aigu de tout ce qui peut ressembler à une invasion. Ils savent que la population de leur pays – dans les 400 000 habitants – est tout juste celle d’une ville de province en Europe continentale. Ce sont des gens éminemment réalistes, attachés au concret, au dur labeur quotidien, et enfin conscients de leur identité, dont ils perçoivent la fragilité, du fait des menaces, plus ou moins insidieuses, que fait peser sur elle le monde actuel, alors qu’elle a été chèrement gagnée au fil des siècles. Ils savent que leur nation n’a dû sa reconnaissance qu’à l’affirmation inlassable de cette identité, et qu’elle est circonscrite à ces trois cents et quelques kilomètres carrés surpeuplés, sans ressource énergétique, et que tous ses enfants dispersés de par le monde, et souvent au bout du monde, ne pourraient rien pour elle si elle allait être minée de l’intérieur en devenant une sorte de lieu de rassemblement des migrations venues à flots continus de cet intarissable réservoir humain convergeant vers elle parce qu’elle est la porte de l’Europe…

Comme toutes les îles, Malte a une forte identité et une grande personnalité. Membre de l’Union européenne, comment résiste-t-elle au rouleau compresseur de l’Europe et de la mondialisation ? Pourra-t-elle conserver son identité chrétienne et rester ce petit paradis méditerranéen ?

— Oui, que cela plaise ou non, l’identité de Malte est chrétienne, et plus précisément, catholique. Le catholicisme romain (je ne peux m’empêcher de préciser « romain » en ayant en mémoire la floraison de drapeaux aux couleurs du Vatican dans toutes les grandes fêtes religieuses maltaises) et la langue nationale sont les deux piliers de cette identité. En dire plus à ce sujet me verrait risquer de succomber à la tentation de refaire pour vous et nos amis lecteurs l’histoire de Malte, si riche d’enseignements comme d’anecdotes. J’y ai plongé, voici un peu plus de 40 ans, lorsque je me suis attelé à ma thèse de doctorat portant sur la naissance du nationalisme maltais.

Mais revenons à notre époque : il y a eu d’abord, lentement, insidieusement, un effet d’érosion, dommage collatéral d’une montée en puissance d’un tourisme que l’île ne pouvait rejeter, mais que je juge porteur de germes nocifs, du seul fait de l’exiguïté du territoire maltais et de sa population qui est tout juste celle d’une grande ville – Malte, voyez-vous, si elle est une vraie nation, même si elle dispose d’un véritable Etat (ah, que n’avons-nous pas entendu comme propos médisants, pour ne pas dire : injurieux, naguère, assimilant Malte à une sorte d’Etat fantoche, couverture d’un paradis fiscal louche !), est l’incarnation contemporaine de ce que Fustel de Coulanges voyait dans la Cité antique : une « cité-Etat ». Or, il faut bien voir que Malte avait été, jusqu’à la montée en puissance du tourisme international, protégée à la fois par son insularité et par son statut de base militaire, jusqu’à sa sortie de l’OTAN.

La cohésion de sa société faisait pendant à la cohérence de son architecture urbaine. Rapprochement curieux ? L’afflux des touristes a entraîné une mutation du paysage urbain, avec l’arrivée du béton – alors que la merveilleuse pierre du pays régnait sans partage –, avec les destructions massives de villas ou maisons charmantes et leur substitution par de grands immeubles aux façades disproportionnées et « fonctionnelles ».

Les moyens de communication, l’impérialisme médiatique ont fait le reste.

Aujourd’hui, des équipes de vieux Maltais sont obligées de se tenir à l’entrée de la nef des principales églises, dans les lieux « touristiques », pour endiguer ou tenter d’endiguer ce flot, et limiter les tenues et comportements les plus irrespectueux. Mais on n’en est pas encore aux « Femen » ! Parce qu’elles savent que ça castagnerait sec ! J’ai eu une fois l’occasion d’assister, dans un petit hameau près de la grotte bleue, à une chaude dispute entre deux patrons de bar, qui a tourné en rixe à mains nues… En un rien de temps, le sang a coulé, tandis que les femmes hurlaient. Je vais peut-être choquer mais, tout en regrettant le trouble porté au silence de cet après-midi écrasé de chaleur, je me disais : « Ah, voilà un pays qui tient encore debout… » Et je croyais assister à une scène de Cavalleria Rusticana. Je m’égare ? Pardon, j’étais retourné à Malte.

Et l’Europe, dans tout cela ? L’Europe mondialiste, bien sûr, pas celle de la chevalerie. A l’évidence, son action, y compris insidieuse, surtout insidieuse, faite de lois et règlements, mais plus encore de rapports, d’injonctions et de pressions en tous sens, manipulée par les médias, et en retour se servant d’eux pour diligenter leurs enquêtes (on crée un « scandale », puis on enquête sur lui…) tout cet appareil, toute cette inspiration, surtout, ne peuvent être favorables à l’épanouissement, voire à la simple conservation d’un patrimoine culturel identitaire, d’abord parce que le mot « identité » est un « gros mot » pour tout mondialiste qui se respecte ; ensuite, parce que mondialisme n’est pas neutre…

Alors, pourquoi cet élan vers l’Europe institutionnelle des Maltais les plus défenseurs de leur identité ? Par, si j’ose dire, la force des choses. Parce que de l’Europe ils se sentent faire partie. Parce qu’ils se savent trop petits, trop faibles, trop vulnérables, pour prétendre s’en sortir seuls. Pour cela, nul, et les Français encore moins que les autres, n’ont le droit de leur jeter la pierre. J’ajouterai que Malte, qui a eu à souffrir, au cours des deux cents dernières années, des conflits entre nations européennes : France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie (et les Russes n’étaient pas loin), a vu avec soulagement son rapprochement avec une institution européenne qui rassemblerait ces nations autrefois en perpétuelle conflagration.

En définitive, ce n’est pas l’Europe, mais « cette Europe-là », qui est un danger pour chacun de ses membres, et en particulier les plus vulnérables par leur dépendance parce que, au-delà des contraintes qu’elle impose dans son domaine propre, elle se sert de ses rouages les plus opaques pour imposer à tous un système de vie, au service d’une philosophie, en œuvrant pour limer, puis laminer tout ce que s’y oppose chez les uns et les autres.

Malte subit donc un nouveau siège. Jusqu’à présent, elle s’en est toujours sortie. Les Maltais sont des Méditerranéens du Sud : ils savent laisser du temps au temps. Et quand on a, comme eux, sept mille ans de présence, on peut laisser passer l’orage.

Propos recueillis par Caroline Parmentier

Article extrait du n° 7800
du Mardi 26 février 2013

  Retrouvez le quotidien" Présent "sur ce lien : link

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:04

 

 

En marge  du spectacle «  Les Forces de Vie », adaptation théâtrale du « Sang des races » de Louis Bertrand, qui sera donné par le cercle algérianiste d’Aix-en-Provence le 9 mars 2013 à Puyricard. Voir : link congraix» )

 photo théatre

 

Au cours de son premier hiver en Algérie, le Lorrain Bertrand découvre, décontenancé, qu’il pleut beaucoup à Alger à la mauvaise saison, et entreprend de se rendre à Médéa pour y rencontrer un de ses parents, militaire en garnison dans la capitale du Titteri. Celui-ci a beau le prévenir, en bon métropolitain peu au fait du climat algérien, Bertrand persiste dans son projet, espérant trouver « le Sud » à Médéa. Evidemment, Médéa est au sud d’Alger…comme tous les autres lieux algériens hormis ceux en bordure de la Méditerranée ! Mais de là à en avoir une vision perpétuellement azurée et ensoleillée, il y a ce pas que quasiment tous les métropolitains en voyage auront franchi, jusqu’aux dernières années, s’attirant souvent de drôles de déconvenues !   Ce fut le cas pour notre futur académicien. Il pleuvait (sans doute des cordes) à Alger ; il pleuvait sur Blida ; les Gorges de la Chiffa étaient dans le brouillard…Et Médéa était sous la neige et le verglas.   

 

Sa première réaction fut inévitablement celle du rejet : il ne vit dans cette sous-préfecture d’altitude qu’un piètre reflet des mesquineries provinciales de France. En plus « marqué » au niveau de la liberté des mœurs de certains terriens, contrastant avec les attitudes compassées  des petits fonctionnaires et les ragots de leurs épouses.

Mais chez Bertrand, l’observateur – on pourrait presque dire : l’ethnologue – perçait sous le voyageur désorienté, et ce qu’il voyait, il l’engrangeait déjà pour son futur chef d’œuvre.

 

Et c’est alors, au moment où il s’y attendait le moins (c’est souvent comme cela !), que Louis Bertrand éprouva un choc qui allait s’avérer décisif : sortant, renfrogné, d’une de ces mornes réunions pseudo mondaines, il sursauta en entendant un grand bruit de sonnailles, ponctué des aboiements frénétiques du chien de la maison, tandis que  surgissait, dans le soir descendant, une file de charrettes qui bientôt se rangèrent le long du trottoir, et dont descendirent, en s’ interpellant avec des voix gutturales et sonores,  «  des hommes farouches, aux profils anguleux, bottés jusqu’aux genoux, emblousés de bleu et crottés jusqu’aux yeux qui, avec des gestes délicats, transportaient vers la maison des couffins et des caisses ».

 

Ce fut ce jour-là, dans la brume ouatée d’un soir d ‘hiver à Médéa, que Louis Bertrand allait commencer sa « Chevauchée fantastique » vers le Sud, à la découverte d’ horizons successifs, où chaque étape accomplie était un appel à aller plus loin, et à la découverte, indissociable de cette nature et de ce mode de vie, de types humains qui transformaient le plomb de leur condition rude et misérable en or pur d’une Epopée historique, décalque algérien – au sens d’hommes d’Algérie – des Pionniers d’Amérique du Nord, lancés dans la même conquête d’un rêve inassouvi.

Il faut lire et relire «  le Sang des races ». Il faut aussi le lire en parallèle du récit du même Louis Bertrand «  Sur les routes du Sud », qui en est le terreau. Et, en allant plus loin, penser aux destins croisés de ces hommes, accompagnés, eux, de leurs femmes et de leurs enfants en bas âge, lancés au pas lourd des charriots à « la conquête de l’Ouest ». Les effets-miroirs sont étonnants, et l’on se prend à rêver des films superbes que nous aurions pu – et du – avoir s’il s’était trouvé chez nous un John Ford Français.

 

Mais cela, comme on dit, est une autre histoire. J’y ai quand même consacré quelques développements dans «  PIEDS-NOIRS & COUS-ROUGES », en 2005. Et qu’on ne vienne pas me chercher des noises sur la base d’arguties politiques : Le Rêve est un facteur de Légitimité, a dit quelque part Raspail.   

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 08:14

Reception ambassade

 

 

Lors de la sympathique réception au cours de laquelle « l’ homme de Malte » a été présenté officiellement, S.Exc. Pierre Clive Agius, Ambassadeur de Malte en France a assuré de tout son appui effectif en vue de la traduction de l’ouvrage en anglais, pour lui permettre d’être accessible aux Maltais de Malte et de la diaspora ( Australie ; Nouvelle Zélande, Canade, Etats-Unis, etc… ). Peut-être même, une traduction en maltais pourrait être aussi envisagée.  Voilà qui comblerait son auteur, au-delà de toute espérance !

 

A noter que dans son numéro du 27 janvier, le «  Sunday Times of Malta », édition dominicale du « Times of Malta » a rendu compte de cette réception, ouvrant sans doute la voie à une diffusion de « l’ homme de Malte » sur place, dès sa version originale française.

 

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 16:01

 

Quoi de neuf sur la neige olympique ?...Malte !

 

Malte, présente en compétition aux prochains Jeux olympiques d’hiver, en ski alpin, voilà qui pourrait faire sourire, comme lorsqu’on parle de la Marine suisse ( qui existe ! ), passant pour une de ces plaisanteries attachées à des disciplines sportives improbables dans certains pays – les exemples ne manqueraient pas.

 

Et pourtant, la nouvelle vient de tomber, et elle n’a rien d’un canular de Presse.

En 2014 donc, lors des Jeux d’hiver qui se dérouleront en Autriche, Malte, pour la toute première fois, aura un représentant, et plus précisément, une représentante.

Elle a 21 ans, c’est une très jolie brunette, et elle se nomme : Elise Pellegrin.


Elise pellegrin

 

 

Je devine ce qu’on va me répliquer : c’est un « coup de pub » pour le pays, avec une représentante aussi factice que le sont bien des artistes  à l’Eurovision. Eh bien, non !

Et l’explication de cette  candidature va en même temps justifier que j’en parle dans ce Blog.  Elise Pellegrin est née à Blois. Elle est Française. Mais son grand-père maternel est Maltais. Né à Malte.  Je dis d’emblée « maternel », parce que j’ai lu sur internet, sur le site du « Times of Malta » que, lorsqu’elle a appris la nouvelle, la maman d’Elise a pleuré de joie. Bon sang ne peut mentir. Or donc, Elise a pris la «  Maltese citizenship », dont je m’honore aussi personnellement, mais  si cela était nécessaire, elle en a été désireuse dès qu’elle a découvert Malte l’an dernier, car pour elle ce fut le choc, s’écriant : «  là sont mes racines ».

 

 

 

 

 

 

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 14:00
Le samedi 9 février, à 15 h, conférence au cercle algérianiste Avignon-Vaucluse, sur le sujet : " Malte, dans l'histoire de la Méditerranée ".
Elle aura lieu à Cavaillon. Tous renseignements auprès de M. Jean-Pierre Risgalla, au 06.67.42.03.50
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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 20:15

Les Américains de l’épopée vers l’Ouest les ont magnifiées en mettant le mot au singulier, en faisant du même coup un mythe. L’Europe des XIX° et XX° en fit de sanglants champs de bataille. Et voilà qu’aujourd’hui, alors que le rouleau compresseur mondialiste écrase les identités, ou que des régimes ajoutent l’incompétence bornée à l’idéologie mortifère, les frontières – ou ce qu’il en reste – deviennent le but à atteindre si l’on veut sauver sa liberté – ou ce qu’il en reste.

 

Mais que faire, lorsque l’âge ne permet plus depuis des lustres d’aller ailleurs utiliser son cerveau pour enfin s’accomplir ? Et lorsqu’on n’a pas de patrimoine à emporter ailleurs pour sauvegarder le fruit d’un labeur accompli ?

 

Il reste à sauver la face. A refuser, ne serait-ce que quelques jours, l’info-intox, agrémentée, en ce Temps de Noël, de la stupidité des programmes dits de réjouissances, et à tourner le dos  aux discours de ceux qui nous donnent honte d’être Français. En franchissant une frontière. Ce fut le cas pour moi. Oh, pas vers ces palaces aseptisés d’îles trop luxuriantes, pas vers ces « endroits-à-la-mode » pour Bobos branchés…Pouah !!!...Mais pour voir soudain, peu après un poste de douane devenu décor de film, la direction  «  ROMA » apparaître, attirante comme un aimant !....Rome, unique objet de mon…Assentiment ! ( Pardon, Pierre Corneille !), et voilà que j’en oublie ma vieille préférence, du temps de la classe de seconde du lycée Bugeaud, pour le chevaleresque Curiace, face à ce fanatique Horace, répondant à son brutal rejet : « Albe vous a nommé, je ne vous connais plus » son héroïque : « Je vous connais encore, et c’est ce qui me tue… », avant d’aller le combattre, de le blesser gravement, et d’être tué par lui. C’est cela – c’était cela - la Civilisation. 

 

Rome ! Ce ne serait pourtant pas pour cette fois, pour cause de distance, mais j’en aurais quand même l’emblématique représentation, là où je me rendais, érigée comme une Grande Prêtresse mystique sur ses collines de Toscane : SIENNE, que j’allais retrouver après 30 trop longues années d’infidélité apparente. Car Sienne, Sienne la mystérieuse, Sienne l’aristocratique, face à la FLORENCE superbe grande bourgeoise, partage avec Rome l’inestimable privilège d’être la Ville de la Louve. Et si la Louve de Rome, dont elle est la mère nourricière, trône au Capitole, la même Louve allaitant Romulus et Rémus, siège dans la Cour du Palais Communal de Sienne, dont le campanile tutoie les nuages.

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Et puisque je parle de tours, j’ai établi ma base avancée en Toscane dans la Cité de San Gimignano, dont le panorama, effectivement peut évoquer Manhattan, enfin un Manhattan tout ce qu’il y a de plus médiéval, où se dressèrent dans le ciel jusqu’à 72 tours, dont il ne reste qu’une bonne douzaine, pourtant toujours impressionnantes.

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Joyau d’architecture, de couleurs, d’équilibre. Diamant de pierre dans l’écrin de la campagne, ces fameuses « collines siennoises », aux tracés en épure, piquetées savamment de cyprès au profil unique, jaillissant des masses d’oliviers et des dents de peignes de la vigne qui nous donne le vrai Chianti. Il faut absolument voir ces paysages en tout début de matinées hivernales, quand les nappes de brume vaporeuse noient les plateaux, ne laissant émerger que les sommets des lourdes collines aux dégradés de bleu….A vous donner envie de les peindre comme des paysages de Chine ou du Japon.

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Mais nous sommes bien en Toscane. L’Art est partout, et pas seulement dans les musées et bâtiments historiques, civils ou religieux. L’art est dans la rue, dans l’élégance des boutiques les plus simples, et même dans les –nombreux – points de vente de vins, qui s’intitulent tous «  oenoteca », de même que dans les charcuteries qui exhibent des sangliers entiers – mais bien prêts à être débités – devant leurs portes.  L’Art est dans le bol géant de chocolat qui vous est servi en toute simplicité dans le petit bar où nous avions – vite – pris nos habitudes, le matin, alors que le moindre touriste n’est pas encore en vue, et que vous ne pouvez avaler que peu par peu, avec un religieux respect, devant sa perfection gustative. L’Art est dans le style des gens avec qui vous engagez la conversation, qu’ils soient buraliste, restaurateur ( en famille) ou marchand de souvenirs. L’Art est dans cette langue qui est par excellence celle du chant, et qui m’est revenue instantanément, après ne plus l’avoir parlée durant 30 ans. 

 

L’Art, enfin, est dans cette addition de qualités, équilibrées comme une recette de cuisine de très haute gastronomie, parce qu’elle conjugue au présent un passé maintenu vivant, et non renié. ¨Parce que nous avons vu des gens à la fois affables, ouverts, optimistes, joyeux, et en même temps, naturellement eux-mêmes, bien installés dans leur identité. Et la preuve en fut donnée, en cette cité de San Gimignano pour le repas de Réveillon, appelé ici – Ah, ce sens latin de la formule théâtrale !  L’Ultimo marquant ainsi le dernier repas de l’année – et dans la nuit nous menant au Capodanno, la tête de l’année nouvelle. Ambiance de folie et pourtant bon enfant. Pétards, feux d’artifices, asti spumante à volonté, et pourtant, nul débordement – il y avait là plusieurs générations sur cette Piazza del Duomo, des grands-mères se tenant sur 2 cannes, aux bébés de leurs poussettes. Il était manifeste qu’on était « entre soi »…Et quelques heures après, au petit matin, il n’y avait plus aucune trace de la fête et du millier de gens qui y avaient participé. Les rues et la place étaient propres comme un sou neuf.

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En écrivant ces lignes, je me demande si je n’ai pas rêvé. Mais, j’ai rapporté trop de preuves tangibles. Il est ainsi avéré qu’il y a des lieux « sauvegardés ». De même que Stendhal se proclamait «  citoyen milanais », j’aimerais bien me proclamer «  citoyen toscan »…Mais, j’ai déjà tant de « nationalités » . Je sais par contre que, comme Montherlant le disait d’Alger en 1935 (tiens, l’année de ma naissance !),  IL Y A ENCORE DES PARADIS… Grâce aux Frontières.

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 18:23
Une nouvelle conférence de Pierre Dimech, le 17 février
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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 10:56

Ainsi, en ce 21 décembre de  l’An de Disgrâce 2012, à l’heure où j’écris, il n’y a pas eu la « fin du Monde », et les illuminés du bled de l’arrière-pays catalan seraient bien inspirés de se servir de leurs « lumières » pour allumer quelques cierges devant les Crèches, parce que, là, Maïas ou pas Maïas, Noël revient depuis plus de 2000 ans, et que cela durera...jusqu’à la fin du Monde, lorsque l’Heure sera venue, que nous ne connaissons pas (le contraire serait une atteinte à notre Liberté humaine, qui se trouve à la base de la responsabilité de nos actes).

 

Par contre, pour nous, d’Algérie, ce ne sont plus seulement nos pieds qui sont noirs, mais notre cœur et  notre esprit, car, depuis hier, c’est pour nous une véritable « fin du monde ».

Nous venons d’être livrés en pâture, tous en bloc, vivants et morts depuis 1830, balayés, salis, exclus de l’Histoire. Et l’on a vu, sur nos écrans, l’homme que l’on dit représenter la France, parcourir d’un pas hâtif les allées du plus emblématique de nos cimetières, comme un général passe en revue des troupes, mais là plutôt comme le responsable d’un peloton d’exécution venant de donner le coup de grâce.  C’est qu’à plusieurs reprises, ces jours derniers, au cours des multiples émissions – toutes dans le même sens – le propos a jailli, définitif : le plus gros problème posé par le passé français de l’Algérie, c’était d’avoir été une « colonie de peuplement ». En somme, pardon pour la trivialité de l’expression : « les fouteurs de m… » c’est nous !

 

Au-delà de toute polémique politique (qui englobe l’Histoire, bien entendu), ce qui nous mutile le plus, c’est la négation délibérée de tout l’amour que nous avons porté à l’Algérie, cet amour qui chemine encore à l’intérieur de nous 50 ans après, et en dépit de toutes les avanies subies, qui se manifeste par ce frémissement qui s’empare de nous lorsque surgissent sous nos yeux, sur les écrans, ce que nous reconnaissons des villes et paysages qui furent toute notre vie.

                          

 

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