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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 17:06

Ou plus précisément, de ce que je viens d'en écrire, à savoir : " illustrant ma missive d'un dessein à l'encre noire "..... Aurais-je donc eu, en écrivant à Jean Raspail après lecture de son bulletin patagon, de noirs desseins en traçant ce dessin à l'encre noire ?

Mais, trêve de discussions ampoulées ( même si une ampoule allumée a pour fonction d' éclairer, tant les dessins à l'encre noire que les noirs desseins !!! ), cette erreur d'inattention a été commise : mea culpa. Mais elle me donne l'occasion de plaisanter un peu: Felix culpa !

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 14:28

Je l'avoue : je commençais à ne plus y croire...Mon blog, ce "maltalger" qui n'a d'autre but que d'entretenir une correspondance à une voix avec de multiples destinataires invisibles et la plupart du temps silencieux, qui avait traversé problèmes de santé et problèmes techniques d'ordinateur... sans compter les pannes d'inspiration, s'était soudain trouvé devant une impossibilité de communiquer avec quiconque, pour la "bonne" raison que l'accessibilité à ce blog m'était déclarée impossible, pour des raisons techniques qui me laissaient perplexe.

C'est donc sans y croire, qu'une fois de plus, j'ai tenté de me connecter en m'attendant à me retrouver devant la fameuse phrase m'expliquant que je ne pouvais y accèder....Et voilà, je sui en train de "rédiger" !!! Mais rédiger quoi ? Je suis pris complètement au dépourvu, ce qui est peut-être bon pour la spontanéité, mais à coup sûr mauvais pour une présentation cohérente...sans compter qu'il me faut assimiler un nouveau cadrage, une nouvelle formulation des manip à effectuer...Bref, un vrai " festival de Off ", pour lequel je ne me sens pas très doué.

Ceci dit, je me lance.

Il y a un mois environ, j'eus à me déplacer vers la Champagne , dans le cadre de mes activités de conférencier au sein des cercles algérianistes. En cours de route, halte en Bourgogne, à Nuits-Saint-Georges, très charmante localité où tout chante ...la Vigne. on progresse dans son centre de caveau en caveau, mais cela n'a pas de lien avec un cimetière autre que celui de la fameuse "chanson à boire ": " Si je meurs, je veux qu'on m'enterre dans une cave où y a du bon vin...".Après déjeuner, dans le calme de l'heure de la sieste, musardant le long de la rue principale, je découvris dans la vitrine d'une petite librairie-papeterie un livre sur...non, pas les crus locaux, mais sur...la bataille des Dardanelles ! Qui plus est, un ouvrage écrit à partir de notes et de la correspondance entretenue par un médecin militaire originaire de la région, qui fut envoyé sur le front des Dardanelles en février 1915, où il resta jusqu'en octobre de la même année. j'étais en train d'apprendre tout cela de la libraire lorsqu' entra dans la boutique une descendante de ce médecin, co-auteur du travail en question. je fus ébahi d'une telle coïncidence maritime et d'Orient en plein vignoble bourguignon, et elle, éprouva la même surprise en se trouvant nez à nez avec un client de passage lui parlant du cuirassé " Bouvet", auquel il venait de consacrer un article dans la presse nationale !

Mais, là ne s'arrêta pas la coïncidence ! En 3° de couverture du livre figure un fac-simile d'un passage du fameux journal du médecin-officier, en date du 23 octobre 1915, constituant en quelques sorte la conclusion de son séjour aux Dardanelles. ET ce passage commence ainsi : " Voilà donc fini mon carnet commencé sur ce brave " Armand-Béhic" qui nous emmenait au printemps vers cet Orient qui nous intriguait tous...". A seul nom de ce navire, je sursautai, naviguant vers d'autres textes, tout particulièrement vers un poème de Jean-Marie Levet, dédié à Francis Jammes, dont la première strophe a conquis la notoriété littéraire, et qui se trouve -comme par hasard - alimenter une passion dévorante que je partage avec Jean Raspail, au point que nous aimons tous deux la déclamer par coeur :

"L'Armand-Béhic ( des Messageries Maritimes )

File quatorze noeuds sur l' Océan Indien...

Le soleil se couche en des confitures de crimes,

Dans cette mer plate comme avec la main. "

Dans cette "compétition" - non, dans cette "course parallèle", il y a quelques mois, Jean Raspail a pris l'avantage, en citant dans le Bulletin patagon Jean-Marie Levet ( 1874 - 1906 ) et son

" Armand-Béhic" ( qui fut bien sûr un paquebot bien réel ! ), et en le proclamant pour cela "Sujet Patagon" post mortem....

Mais moi, j'ai refait aussitôt mon retard en annonçant à Raspail que je connaissais ce poème - et bien d'autres de ce poète mort trop jeune - depuis des années, et surtout en illustrant ma missive d'un dessein à l'encre noire représentant l'Armand- Béhic !!!

Bon, je vous laisse sur ces joutes toutes amicales, sur cette véritable communion portant sur le monde de la mer et des navires...Je vous reparlerai de Jean-Marie Levet, d'un autre auteur imprégné de paquebots et de ports: Louis Brauquier, et bien sûr aussi, de Jean Raspail, et de la parution de son monumental " Là-Bas Au Loin, Si Loin " ( collection Bouquins ) qui comporte un inédit qui vous emporte..Loin: "La Miséricorde".

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 08:18

Hier a été diffusé, en guise de reprise, encore partielle, du fonctionnement de mon ordinateur, un petit " VARIA " contenant quelques dates.

 

D'aucuns pourraient s'étonner de " l'absence " de mention de  NOS anniversaires douloureux de mars, qui sont une inguérissable blessure que, nous, d'Algérie ( mais aussi ceux des "Français de France" qui ont souffert et souffrent à nos côtés, ne les oublions pas ! ), nous portons d'une année sur l'autre.

Ils feraient fausse route: il y a seulement que ce blog personnel n'a pas pour vocation de se distinguer des grands sites qui occupent un vaste champ de la toile, qui sont là pour marquer abondamment les évènements primordiaux, appeler les nôtres aux rassemblements, etc...

Prenons garde en l'occurrence à l'effet contre-productif des multiples répétitions qui inondent les messageries !

Il n'a pas non plus vocation à jouer en petit, et épisodiquement, le rôle d'éphéméride que des sites spécialisés, tel le très efficace " salon beige ", jouent pleinement.

Cette précision que je tiens à apporter, est pour moi l'occasion de donner un "coup de chapeau" à ce "salon beige", qui ouvre chacune de mes journées sur internet. Il a ainsi parfaitement évoqué le honteux 19 mars 1962 et le tragique 26 mars 1962.

Mais, nous aurons désormais à commémorer un autre jour de mars : le 14 mars 2015,saluant le courage de Robert Ménard, Maire de Béziers. 

 

Pour rester dans ma modeste ligne, je mettrai en illustration ce document qu'un membre de ma famille vient de me remettre: il concerne un de nos cousins germains, Mort pour la France dans son char, à l'âge de 20 ans. Le 11 avril prochain - ce sera dans 15 jours- cela fera 70 ans...

 

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 17:02

 

 

Me revoilà ! après un long silence, largement indépendant de ma volonté, renouer le fil de cette " conversation à une voix" n'est pas chose aisée. Aussi, la parole, si l'on peut dire, sera cette fois donnée à l'image.

 

Et comment, à la veille de la Semaine Sainte, ne pas commencer par cette admirable icone des 21 martyrs Coptes, ui nous enseignent que la Passion se trouve bien sur le chemin de la Résurrection...

 

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     Passons  maintenant à quelques anniversaires :

 

IMG_0003-copie-1.jpg

18 Mars 1915, lors de la bataille des Dardanelles - sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, notamment d'un certain Lord de l'Amirauté britannique nommé Churchill - le cuirassé français " BOUVET " heurte une mine au moment où il se retire du combat, et sombre en une petite minute, entraînant près de 650 Officiers et Marins dans la mort (cf.mon évocation dans " PRESENT" du 14 mars 2015 ).

 

Après Mars, Avril....un certain 22 avril 1961 : image connue, bien sûr, mais qui présente en plus pour moi un concentré de souvenirs personnels : Le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, face à ses officiers du 1er REP, est aussi face à mon cher Lycée Bugeaud, où j'ai passé 9 années scolaires de ma jeunesse, entre octobre 45 et juin 54.

Et puis,  au fond de la place , on voit nettement les premiers immeubles de l'avenue de la Marne, qui ouvre sur Bab-el-Oued : ce matin-là du samedi 22 avril 1961, intriguée par ce déploiement de troupes, et aussi reprenant soudain follement espoir, Josette est au balcon d'un de ces immeubles, mais habitant au 1er étage, les bérets verts des paras de la Légion ne permettent pas de l'apercevoir...Qu'importe, nous on sait qu'elle est là !!! (moi, ce matin-là, je suis dans le Zaccar, au-dessus de Miliana...).
 

 

 

IMG_NEW-copie-10.jpgEt puisqu'on évoque Alger, je viens de retrouver une photo d'une peinture que j'ai offerte en 1988 à un cousin,

que j'avais réalisée à partir d'un cliché en noir et blanc figurant sur un numéro d'Alger-revue. Ah, ce port !!!!

Mais auparavant, comment ne pas insérer aussi une vue de Malte: une rue de VALLETTA, prise un midi au début août 2011: Lumière et Immobilité, comme dans un tableau de DE CHIRICO...

 

Et avant de vous quitter, je l'espère pour moins longtemps, MERCI DE VOTRE FIDELITE !!!

 

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 19:13

TANDIS QUE TOMBE LA NEIGE…

 

Commençons par une réflexion que m’inspire un récent bulletin paroissial. Il y est question de ce fameux «  droit au blasphème », le dernier né, je crois ( mais sans doute pas l’ultime, vu le succès persistant de la série des  "droits à"... ) des «  droits ». Le rédacteur ( en fait, une équipe) s’interroge avec une feinte naïveté ( du moins je l’espère)  sur la signification de ce prétendu « droit », en faisant appel à l’étymologie du vocable, on ne peut plus péjorative ( en grec, blasphème = diffamation, « calomnie »). Mais, qui aujourd’hui se préoccupe du sens étymologique des mots ? C’est pas bon pour la Révolution , ça ? Et que dirait Big Brother ? A commencer, soit dit en passant, par le terme de « révolution » qui, étymologiquement, veut dire : retour à son point de départ…les sectateurs de la Religion du Progrès continu en seraient tout ébahis !

Mais, revenons nous-mêmes à notre objet initial : il est rappelé, dans le bulletin cité, que la diffamation est un délit, passible des tribunaux de l’ordre pénal, et que la calomnie n’est pas une liberté, entendant  par- là que ce n’est pas une vraie liberté, mais en fait un mauvais exercice de la liberté. A cet égard, il eût été plus direct, et plus simple, de dire que la calomnie est un péché. Et le fait que ceux qui y ont recours s’en moquent éperdument ne change rien à la chose.

 

La suite du texte est encore plus intéressante : il y est dénoncé la bigoterie…mais attention, le texte ne part pas sur ces « sorties » féroces,  et que l’on veut bien croire non maîtrisées, auxquelles le Souverain Pontife ( Aïe, il n’aimerait sans doute pas que je rappelle ce titre ! ) actuel a l’habitude de se livrer dans les avions, en compagnie d’une meute – c’est le cas de le dire – de journalistes…

Non, le bulletin, et c’est cela qui est capital, énonce que les bigots peuvent être de toute chapelle «  même  si cette chapelle ne croit ni à Dieu ni à diable ! », ajoutant que si les religions ont pu tomber dans ce travers, cela n’est pas leur apanage. Et d’aboutir à une claire référence à l’actualité en des termes non équivoques : «  La liberté d’expression peut devenir le paravent d’une idéologie «  bigote » dont le prétendu droit au blasphème deviendrait vite l’étendard ».

Enfonçant le clou, le texte évoque les nouveaux spécialistes de l’humour ( Parmi lesquels il est aisé de classer les caricaturistes ), et, poursuivant son œuvre de discernement des concepts, énonce que le véritable humour s’applique d’abord à soi-même, et que c’est en cela qu’on peut le distinguer de l’insulte pure et simple. Et de définir l’humour comme la reconnaissance de la distance entre ce que nous sommes et les idéaux  que nous proposons ou fantasmes que nous rêvons. Sinon, «  sous le déguisement du rire, on peut trouver des procureurs et des inquisiteurs, toujours prêts à condamner chez les autres ce qu’ils refusent de remarquer chez eux ».

 

Je ne sais pas pourquoi, mais cette approche décapante de la notion de «  bigoterie » m’a fait penser à la prolonger par une brève incursion dans la notion d’extrémisme. On pense bien sûr à l’extrémisme en religion, en  politique, mais aussi dans tout autre domaine engageant la réflexion mais aussi toutes les passions humaines, en toutes matières comme en toutes occasions…

Oubliant l’antique pensée énonçant que « le monde subsiste par le milieu mais avance par les extrêmes, le concept d’extrême est à la fois …extrêmement péjoratif, et fortement délimité.  Si l’échelle des opinions pouvait figurer comme un trait horizontal ( Je n’ose dire : une droite ! ), il serait appuyé, à droite, sur une extrémité, au-delà de laquelle il y aurait le Néant ( ou l’Enfer…), et , à gauche , n’aurait point de fin, point de terminus.

Certes, la force des faits déborde cette conception, et reconnait l’existence d’extrêmes aux 2 côtés du trait, mais, dans la terminologie courante ( et imposée depuis si longtemps qu’elle est passée dans le langage et même dans la pensée de ceux-là même qui ont à en souffrir ), il y a, constamment désignée du doigt, la notion d’extrême droite, et bien plus rarement, comme à regret, mezzo voce, celle d’extrême gauche.

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Ceci énoncé, je m’empresse de dire que là n’est pas mon propos. Je laisse l’arène politique aux politiciens !

Ma vision est autre, et cette notion de « bigoterie » décrite comme une attitude que tout un chacun peut avoir, y compris les plus athées des anticléricaux, m’a ouvert les yeux sur la véritable dimension de l’extrémisme , en tous domaines: en politique, j’affirme que s’il y a une «  extrême droite » et une « extrême gauche » labellisées comme telles, il conviendrait de rechercher si cette appellation n’est pas seulement une question d’emplacement sur l’échiquier, car, si tel était le cas, il faudrait reconnaitre qu’on est toujours l’extrémiste de son voisin, ce qui perdrait toute signification profonde.

Non, l’extrémisme doit d’abord, comme l’humour évoqué plus haut, être cherché EN SOI MÊME. Connais- toi toi-même !...et le monde sera meilleur ( ou moins mauvais ). Ce qui veut dire par exemple qu’en politique, outre les 2 extrémismes répertoriés, il peut y avoir également un « extrême-Centre », et, plus exactement des « extrémistes du Centre ». En Art, il y aura par exemple des extrémistes du Baroque, et des extrémistes de l’Art Contemporain ( qui est d’ailleurs en lui-même un extrémisme, mais cela est une autre histoire... ).

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Mais, je ne saurais oublier la vocation essentiellement intimiste de « maltalger » ! Aussi vais-je illustrer cette approche de l’extrémisme par un souvenir personnel, remontant  qui plus est à une bonne soixantaine d’années !

C’était au cours de l’année scolaire 1951-1952 : j’étais en seconde-B2 au lycée Bugeaud .En cours de Français, nous avions, parmi les grands classiques au programme, le «  HORACE »  de Corneille. Pièce destinée à me plaire, moi qui aimais déjà Rome (en dépit de mes résultats mitigés en Latin !), et qui appréciais beaucoup, beaucoup, tout texte en vers – j’étais le meilleur de la classe en récitation – et enfin, tout ce qui avait un aspect « patriotique » ne pouvait que m’enthousiasmer ! là aussi, je me distinguais de nombre de mes camarades.

Tout donc devait me porter à être un admirateur inconditionnel du personnage-titre. … Mais ce fut le contraire qui se produisit. D’abord, je fus sans doute déjà ébranlé par la trame globale de l’histoire, et par cette impitoyable «  exécution » des 3 «  Curiaces » blessés gravement, par Horace, certes seul survivant à l’issue de  la mort au combat de ses 2 frères. Ah, cette compassion pour les vaincus ! Elle me poursuivrait tout au long de ma vie ! A cela s’ajouta le trouble d’apprendre l’impitoyable «  liquidation » par Horace de sa propre sœur, Camille, dont au demeurant, je commençais à me pénétrer de ses célèbres « Imprécations », en vue de les interpréter en classe. J’en devins d’ailleurs rapidement le spécialiste, et ça ne suscita que brièvement de gros rires de la part des « copains ».

 

Mais, venons-en au cœur même de la question, histoire de ne pas oublier notre thème : l’extrémisme. Au fur et à mesure que je me pénétrais de la pièce, j’éprouvai de plus en plus une gêne devant le personnage d’ Horace. Avant même le funeste combat, qui allait détruire deux familles  ( ça, Corneille ne le dit pas ; je n’y ai pas pensé à l’époque ; c’est seulement une notation « en différé », générée par notre mentalité contemporaine ).

Patriote certes, «  droit dans ses bottes », d’accord. Mais cassant, et même , excessif. Avec ce qualificatif, on le sent, on arrive aux mots qui commencent par « ex »…

 

Le choc décisif allait se produire lors de l’entrevue entre Horace et Curiace, les 2 futurs beaux-frères, dès la forme du combat arrêtée, et le choix des combattants fixé.

Ce fut pour assister, à mon sens, à l'un de plus beaux duels oratoires de notre littérature et même de toute la littérature d’Occident, dont la splendeur n’est égalée que par la fulgurante brièveté:

Horace  à Curiace : «  Albe vous a nommé, je ne vous connais plus »

Réponse de Curiace à Horace : «  Je vous connais encore, et c’est ce qui me tue »

 

C’est à proprement parler, GENIAL. Il y a  TOUT dans ces quelques mots. Il y a la patriotisme – à coup sûr partagé. IL y a la bravoure, indéniable, même chez Curiace, et le combat va le démontrer. Il y a la violence, et l’aveuglement volontaire, chez Horace. Et ce n’est pas par protection contre le risque d’une faiblesse affective. Il le montrera sauvagement ensuite avec sa propre soeur. Et il y a ce qu’il y a de plus noble dans l’Humain, chez Curiace. Cet aveu qui n’est pas une faiblesse, mais un « contre », utilisant le même verbe : «  connaître » que son vis-à-vis. Et l’expression , très forte, quasi violente elle aussi, de sa destruction intérieure : «  et c’est ce qui me tue ». Mais, elle ne préfigure pas une lâcheté. Curiace, le cœur brisé, mais l’âme forte, ira au combat courageusement.

On pourrait dire, un peu vulgairement : Horace est une brute ; Curiace est un homme.

 

Mais, je me dis aujourd’hui : Horace a incontestablement de grandes qualités morales, mais sa décision prise, il évacue toute source d’incertitude : il a tranché. Il vient de passer à autre chose : ce n’est plus le fiancé de sa sœur, son futur beau-frère, qui est là devant lui : c’est son adversaire dans un combat imminent qui sera mortel.

Nous ne savons rien d’un éventuel débat intérieur. Il est vraisemblable que rien de tel n’ait eu lieu. Il a  reçu la mission : il va l’exécuter. Joyeusement ? Là n’est pas la  question. Mais fermement, et sans remords. Horace est ENTIER. Il a en lui un EXTREMISME de la Patrie dont il doit être le héraut et le héros, et il n’y a en lui de place pour rien d’autre.

En fait, c’est cela l’extrémisme véritable, que chacun peut avoir en soi : c’est d’être monobloc. Sans la moindre faille. Et le meurtre de sa sœur, certes, inspiré par la fureur – Horace est bien un violent – va tragiquement renforcer cet aspect « monobloc », qui lui fera considérer Camille comme une traitresse. «  Va dedans les enfers rejoindre ton Curiace… »

 

Curiace, on l’a vu, va aller au combat, mais en lui, il a la vision fraternelle de celui qui est maintenant son adversaire à mort, mais sans l’avoir demandé. Il le « connaît «  encore.

On peut combattre un adversaire, et « le connaître  encore », même dans un combat à mort . Curiace est un Brave, mais pas un extrémiste.

 

Conclusion :  RELISONS NOS CLASSIQUES !

Et ce soir,                    JE SUIS

    PIERRE CORNEILLE

 

 

IMG_NEW-copie-9.jpg  cherchez-moi du côté du 2° rang...                                     

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 18:17

Amis lecteurs, vous qui consultez "maltalger"depuis des mois, vous savez quelle est sa spécificité, et vous, lecteurs de passage surfant sur internet, sachez-le: ce blog est destiné à recomposer et à illustrer l'identité d'un français d'Algérie de souche maltaise, à travers l'histoire mouvementée des soixante dernières années.

Mais, l'actualité que nous vivons nous atteint tous si profondément que personne ne comprendrait, à commencer par moi-même, que ce blog maltalger poursuive sa petite trajectoire personnelle, comme si de rien n'était. Aussi, en attendant d'éventuels autres développements, cette mise à jour se réfère à ces tragiques derniers jours. en proposant une réflexion en profondeur, inspirée de textes lus ça et là.

Parce que nous ne pouvons pas rester sous les effets du rouleau compresseur médiatique, qui a accumulé surinformation et désinformation, et de la déferlante compassionnelle paroxystique qui s'en est suivie, par une manipulation de masse, au détriment du raisonnement..

 

1er point :   CHARLIE OU PAS CHARLIE ?

 

 Ne nous attachons pas au côté "spectaculaire" d'un engouement à multiples facettes, tel qu'il ressort de ce défilé dominical, dont l'Histoire, plus tard, dira peut-être qu'il fut en France une nouvelle " Journée des Dupes", et intéressons-nous plutôt au fond des choses.

Car de développe un dangereux syllogisme : A la base, 2 prémisses indéniables :

1 - Ce sont des terroristes se voulant bras armé de l'islam qui ont assassiné les journalistes de "Charlie Hebdo " , et bien d'autres victimes.

2 - La France, traumatisée, s'est levée contre cet acte barbare; mais sa réaction a été focalisée sur les journalistes, à raison de ce qu'ils représentaient sur le plan idéologique. L'attaque meurtrière est donc devenue une attaque contre des principes, avant tout, celui de la Liberté, une liberté abstraite dans sa généralité, pouvant d'ailleurs entrer en contradiction avec son application à géométrie variable sur le terrain. ( cf, l'ostracisation de Zemmour, après bien d'autres...).

D'où, 3 - cette focalisation a très vite débouché sur une Identification pure et simple avec les seuls journlaistes victimes, illustrée par ce fameux " je suis Charlie". ce qui a abouti à mettre face à face deux positions , opposées de façon frontale : les terroristes (islamiques) et les "je suis Charlie".

Ceci amenant fatalement au point 4 - Ou bien vous êtes l'un ou bien vous êtes l'autre, et si vous ne dîtes pas que vous êtes Charlie, vous êtes donc du côté des terroristes. Or, ce dangereux syllogisme aboutit ainsi à une grave erreur, lourde de conséquences. Ce point est d'autant plus à prendre en considération qu'on assiste ça et là à une "pesée", voire une intimidation, visant les "hésitants", et plus encore les supposés " réfractaires". Le tout bien entendu au nom de la fameuse "Liberté"...On tombe alors dans une formulation dialectique : si on n'affiche pas  "Je suis Charlie", on devient suspect d'attenter à la fameuse liberté de la Presse, voire à la Liberté tout court .

C'est ce qu'on pourrait appeler la " sanctuarisation de" Charlie Hebdo",statufié, porté sur les autels, curieuse destinée pour un organe de presse qui se voulait en dehors du conformisme et de toute respectabilité. Mais, l'était-il réellement?

 

Dernière minute :  la "Une" du "Premier numéro d'Après" de Charlie Hebdo, déclenche une vague de fureur à travers le monde musulman, fureur qui, en Afrique, provoque des attaques et des incendies....contre des églises ! UN COMBLE !....Heureusement que les âmes des morts sont désincarnées, sinon, à un tel spectacle de lieux de culte chrétiens brûlés pour protester contre leur journal, ce must de l'outrance  porno-scato anti-chrétienne, celles des Charb, Cabu et consorts, se...tapperaient sur le ventre de rire !  

 

  2° point:  Pour quoi sont tombés les journalistes

 La Vulgate officielle veut qu'ils soient morts pour la liberté de la Presse. Etrange raccourci ! Leur assassinat a pris la forme d'une exécution décidée à la suite d'une sentence de mort spécifiquement prononcée contre eux. On en connaît parfaitement la raison:leurs blasphèmes répétés contre le Prophète de l'islam. Que les victimes aient utilisé la liberté de la presse ne fait aucun doute, mais là n'est pas la CAUSE. c'est le moyen, pas plus. Les journalistes de Charlie ne sont donc pas morts pour défendre la liberté de la presse, mais à raison de leurs oeuvres. Sinon, ce sont toutes sortes de publications qui auraient du être frappées...

En plus, lorsque Pouvoir politique et Pouvoir médiatique pleurent sur la Liberté de la Presse bafouée et ensanglantée, ils font preuve, par cette abstraction, de quelque hypocrisie : il n'est évidemment pas dans leur désir de prendre la défense de TOUTE la Presse, de toute opinion! Il s'agit de la Liberté totale d'expression réservée à une Presse admise, celle par exemple qui a les honneurs des "actualités" du Big Brother Google. Cet espace de liberté ne s'applique pas à tout le monde: en sont écartés ceux qui n'ont pas réussi, aux yeux d'examinateurs qui sont juges et parties, à leur certificat d'aptitude "démocratique et républicaine".

Ce n'est pas faire injure que de dire ici que les journalistes abattus un par un ce sinistre 7 janvier 2015, en un cas de figure inverse, n'auraient pas versé un pleur - et sans doute auraient trouvé là occasion à faire une "Une" grâtinée  sur leurs "confrères" assassinés si ceux-ci avaient  été classés comme  des bêtes nuisibles. Et le fait s'est produit dans le passé, alors même qu'il ne s'agissait que d'un tragique et banal accident de voiture. Par le dessin et le commentaire, les gens de Charlie ont souillé le cadavre défiguré de leur "ennemi", broyé contre un arbre. On se bornera ici à dire que le jour fatal, Charb, Cabu, Wolinsky et autres, ont, en un éclair, su, eux,  pourquoi ils allaient mourir, et le Chrétien que je suis prie pour qu'en ces 2 ou 3 secondes décisives, soudainement face au Mystère de la Mort, ils aient eu le "réflexe du Bon Larron".

 

A ce stade de mes observations, j'estime qu'il convient de faire silence.Il y a de partout mille et un commentaires, certains très instructifs, qui veulent aller au fond des choses, analyser en traversant les brouillards humides du compassionnel et en évitant autant que possible les écueils des récupérations. Ce qui vient d'être couché sur ces pages est écrit en mémoire des victimes, principalement ces victimes qu'on pourrait être tenté de qualifier de "collatérales" ( employés, passants, policiers, personnes faisant leurs courses alimentaires...) sans disctinction de professions, d'origines ou de religions. Mais, collatérales, le sont-elles vraiment? Sommes-nous, chacun d'entre nous, vous, moi, de potentielles " victimes collatérales "?  Hélas, je crains que non, en un monde contemporain où l'Innocence n'est plus un sanctuaire, ni même un simple bouclier.

Mais la Vie continue, et nous devons " faire comme si". Si possible, avec Foi, Espérance et Amour.

 

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 09:49

Tout d'abord, chers Amis lectrices & lecteurs, mes Voeux pour 2015

illustrés par cette image de costumes & métiers d'autrefois à Malte

Voeux-maltais.jpg

Et pour commencer l'année en s'affranchissant un peu de la trop pesante Actualité - histoire de prolonger la "Trêve de Noël"- un texte que j'exhume de quelques fichiers miraculeusement sauvegardés de mes désastres informatiques, rédigé il y a une bonne dizaine d'années, et mis à jour en quelques lignes finales.

Il avait été conçu - théoriquement, il pourrait l'être encore - comme le premier chapitre d'un ouvrage ayant pour titre " Paris par la traverse ", traversée de Paris qui serait surtout un clin d'oeil à notre expression algéroise d'antan : " Aller à Chéragas par la traverse ", itinéraire vagabond et humoristique.  Ici, il s'agirait d'évoquer cette ville qui a soulevé en moi des passions fiévreuses, entre colères et adoration, rage et admiration, et qui, en moi, n'en finit pas d'entretenir avec ALGER des relations houleuses et passionnelles... 

 

Pourquoi avoir commencé par les Champs Elysées ? Et pourquoi pas ? Question d'inspiration...Quartier plus aisé à évoquer peut-être, en tranches précises de souvenirs distincts, comme un anti pasto, avant ceux des Grands Boulevards, des Halles et du Quartier latin ( ce dernier, le plus lié à...Alger sur le plan de mon histoire personnelle ). Et sans omettre le XV°, lié lui à l'Exil, et celui des Buttes Chaumont, qui vit une période heureuse..

 

Mais...chaque chose en son temps, n'est-ce pas? Ce temps qui m'est compté, et qui ne verra peut-être pas la suite de cette histoire: alors, autant vous livrer ce qui n'a d'autre mérite que celui d'exister...

 

 

 

                     PARIS PAR LA TRAVERSE

 

     LES CHAMPS ELYSEES

 

It’s a long way to Tiperary...it’s a long way to go....Non, je ne suis pas un touriste anglo-saxon,  encore moins un sujet de Sa Très Gracieuse Majesté ! Je remonte seulement cette Avenue que l’on dit la plus belle du Monde, et mes jambes  musclées de jeune cycliste algérois, à la foulée pas précisément ample, n’en finissent plus de remonter ce faux - plat exténuant, qui se creuse au fur et à mesure en vraie pente. Alors, pour me donner du cœur à l’ouvrage, je scande mes pas au son de la célèbre marche, entendue là-bas, de l’autre côté de la mer, pendant les années de guerre, années d’enfance…Mais dans ma tête, résonne plutôt cet air entraînant du film musical «  Nous irons à Paris » , avec toute l’équipe du dynamique orchestre Ray Ventura. Il y est question de « Champs Elysées », et ça colle bien avec mon aventure présente. J’ai vu le film 2 fois  au cinéma « Colisée » - tiens, ça rime avec « Champs Elysées » : une fois avec mes parents, et une fois tout seul. Il faisait très beau, on entendait les sirènes des remorqueurs et des bateaux manoeuvrant dans le port, juste derrière l’Hôtel Aletti, dans lequel s’insérait le cinéma - théâtre. Paris était loin, comme une Olympe  inaccessible. C’était l’époque où mon rêve quasi obsessionnel était de découvrir cette si proche et si mystérieuse Mère - Patrie, et son cratère infernal et divin, ce monstre mythologique appelé Paris. Il fallait ruser comme Ulysse pour l’approcher sans se faire dévorer tout cru, tous os broyés dans sa mâchoire dantesque. En  murmurant ma chanson, je rendais inconsciemment un hommage propitiatoire au Roi cyclopéen couronné de monuments inégalables, d’avenues interminables, de palais somptueux , mais aux foules grouillantes comme des insectes, et soit dit en passant, aux mains tachées de sang. Parisiens - Pharisiens, j’entrais dans une zone dangereuse : il me faudrait être sur mes gardes !

 

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Dieu, que c’est large ! Et je remonte sans cesse vers cet Arc de Triomphe que je ne connaîtrai jamais de l’intérieur, mais cela je ne le sais pas encore, et pour cause ! D’ailleurs, y - a- t - il quelque chose à voir  dans cette arche dressée sur un tombeau ? Non, il s’agit simplement d’un autel érigé pour les sacrifices offerts à la Patrie. Et j’imagine les grands défilés au pas cadencé, avec les Zouaves, les Tirailleurs, la Légion…Mais  attention, on n’est pas sur  le boulevard   Baudin ! Dans la partie basse, à travers les allées sablonneuses piquetées de bosquets, où s’étalent quelques pavillons très « Belle Epoque », on se croirait plutôt dans une ville d’Eaux, quelque chose comme Vichy, cette référence absolue des Africains en vacances en Métropole…Pour un peu, on y verrait des sources !

 

Il y a les jours de soleil, où les terrasses des cafés , bariolées et joyeuses, donnent , sur le coup de midi, une impression de Côte d’Azur, de Méditerranée, étrange reflet d’une rue Michelet étirée au maximum, et les jours où le vent siffle, où la pluie griffe  les visages, où tout est gris, façades, chaussée, arbres, devantures et foule, engoncée dans ses manteaux anonymes . Où l’Arc est une vraie pierre tombale. Les cohortes massives qui arpentent  le trottoir de droite sont des chenilles processionnaires. Les téméraires isolés qui circulent sur le trottoir d’en face sont des ombres sinistres sur une banquise couverte de suie. Ces jours-là, je remonte comme un zombie, n’ayant même plus la force de me demander ce que je fais là. Molécule dérisoire et inassimilable, j’ai bel et bien été avalé par la Ville, Capitale Ogresse.

 

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Les passages des premiers temps ne m’ont guère marqué, comme si ces Champs prestigieux s’étaient en quelque sorte trouvés « hors les murs ». En Tous cas, « hors circuit », ce périple de l’algérois, oranais, constantinois en vacances, qui reliait le Sacré Cœur à la Tour Eiffel, en passant par les sacro-saints « Boulevards », où s’égrenaient la Madeleine, l’Opéra, les cinémas et théâtres des boulevards des Italiens  et Montmartre, jusqu’aux Portes : Saint-Denis et Saint-Martin, avec, en limites extérieures, Notre-Dame et la Tour Eiffel, ces phares du Bout-du-Monde parisien. Certes, il fallait aussi se rendre au moins une   fois aux « Champs », et les remonter, comme on « faisait » la rue Michelet .Mais il fallait trop marcher ! Ce soir, ils brillent de mille feux. Ce qui nous est arrivé, ils s’en moquent. D’ailleurs, ce n’est ni le jour ni l’heure des brillants défilés militaires. Ceux qui ont tiré rue d’Isly….et qui n’ont pas tiré à Oran trois mois plus tard, les premiers, pour nous tuer, les seconds, permettant ainsi qu’on nous tue, n’y traîneront pas leurs guêtres sanglantes et inutiles. Ce n’est plus un « touriste » qui arpente l’avenue, mais une épave détachée du navire qui a sombré l’été d’avant, et que le courant insidieux a  poussée vers ce rivage tout illuminé, hérissé de récifs d’indifférence. La Galerie du Lido est en liesse. Impossible d’y révéler sa détresse. J’ai l’âge incertain d’un jeune plus très jeune, et mon isolement total me coupe de la maturité. Je viens aussi de vivre deux ans entre parenthèses, sous l’uniforme qui me retranche des miens, et me voilà ici, physiquement sauvé, en ces lieux qui me nient dans ma réalité profonde. Qui m’annihilent. Je ne sais même plus si je suis vivant. Je suis une apparence, et ce que je fais là n’a strictement aucun sens. Je déteste soudain les Champs Elysées. Mon imper du CCC glisse entre les groupes exubérants et tapageurs. Je n’ai même pas la consolation de leur apparaître comme un reproche incarné. Alors ? Que suis-je bien venu faire dans cette joyeuse galère ? Ma rage muette m’aide à survivre.

 

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Il y eut des soirs, il  y eut des matins. Beaucoup de soirs et de matins. Et ce matin-là, vers les onze heures trente, j’avais rendez-vous. C’était au 73  de l’Avenue, sur le « trottoir - tranquille », à gauche en montant. Je remonte à mon pas de route la rue de la Boétie, après être sorti du Métro à St Philippe - du – Roule. Je fends cette foule mi-active mi-paresseuse qui encombre l’étroit trottoir. Je prépare mon entrevue dans ma tête, et pourtant mon travail n’y est pour rien. J’en suis même aux antipodes. Je viens d’être « promu » au poste de Secrétaire Général d’association, cumulé avec celui de « Rédacteur –en -Chef »  du petit Bulletin de liaison qu’elle émet. Et je dois rencontrer le Grand Manitou de « France - Malte ». Pas le Président, mais le nouveau Vice - Président, qui se trouve être le Fondateur de l’association. C’est lui qui a choisi le Président, lui qui m’a fait adhérer, lui qui m’a fait entrer au Conseil d’Administration, lui enfin qui m’a « proposé » de lui succéder au poste de Secrétaire Général., en ne me laissant pas le choix de refuser. Sa botte secrète pour obtenir l’adhésion de son interlocuteur ? Un incontestable sens de l’autorité (ça, on s’en serait douté…), assorti d’un dynamisme enthousiaste assez…irrésistible.  Sa profession me fait rêver : il occupe un poste important dans une compagnie aérienne qui a son siège parisien au 73 des Champs Elysées. De là, elle couvre tout son réseau français. Son cœur à elle bat à Rome. La première fois que je suis allé sur la terre de mes ancêtres par la voie aérienne, j’ai voyagé sur ses ailes. Rien que d’y penser, la fréquentation de l’Etablissement qui m’emploie pour traiter ses cas litigieux, et dont le nom, lui, évoque les corons, me paraît un insupportable exil.

 

Je débouche sur les Champs, que  je traverse aussitôt, pour me dégager de la foule. Instinctivement, je lève la tête vers les fenêtres du 5ème étage, puis vers le ciel, au-dessus de l’Avenue, comme si allait y surgir un vrombissant Boeing , guidé par celui que j’appelle le « Group-Captain »! J’entre dans l’immeuble, cossu sans être ostentatoire. Je lorgne au passage vers sa fréquentation – à l’époque, il y a encore des bataillons  de secrétaires ! Ce n’est certes pas la première fois que j’ai ces rendez-vous de travail avec Vincent, mais chaque fois que je  me rends là-bas, c’est comme si je partais en voyage. Et l’Avenue  prend soudain un air de piste d’envol.  

 

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Avec lui les séances de travail sont chaleureuses et brouillonnes, mais tout tourne autour de Malte. Vincent fonce dans toutes les directions, échappe aux sujets qu’il aborde, fait du rase – motte avec les problèmes, et finalement s’irrite de ne pas les voir résolus au fur et à mesure de sa traque. Il a le don de savoir prendre un ton culpabilisateur, avec d’autant plus d’efficacité que pendant que son interlocuteur…interloqué s’efforce de mettre les choses au point, il est déjà parti sur autre chose, vers une autre idée, pour un autre reproche. A vrai dire, il ne pense pas ce qu’il dit. Il jette ses propos par-dessus bord. Il entreprend. Son esprit n’est jamais en repos. L’entretien se termine toujours par un repas. La plupart du temps, on est  tous les deux, en  un   tête - à - tête d’amitié virile, et de communion dans l’amour porté aux îles ancestrales. Vincent redevient alors lui-même, un être flamboyant mais accessible, hyper – méditerranéen, incarnation du fameux personnage héros de « L’Homme de Mer », un des chefs d’œuvre de la littérature algérianiste, avec qui il partage d’ailleurs son patronyme. Comme lui, il a pris Paris à l’abordage, tout en restant, pour ceux qui le connaissent bien – mais ils ne sont pas nombreux- l’enfant des faubourgs poussiéreux et brûlés de soleil des villes d’Afrique du Nord, « au temps béni des colonies » (un jour, il faudra bien ôter les guillemets !). Ces moments se passent dans le brouhaha et la bousculade des brasseries et bistrots des rues adjacentes, où je retrouve l’atmosphère de ruche de mon quartier de travail à l’heure du déjeuner.   Mais, parfois, ces repas ont lieu avec d’autres, et là, c’est tout l’univers factice des « Champs » qui débarque. Le monde des voyages, du tourisme, des loisirs. Une Cour se forme, parce  que je décèle chez ces jeunes hommes et femmes – les premiers suffisants comme des paons ; ces dernières plus sophistiquées les unes que les autres- des courtisans. Ils disparaissent aussi vite  qu’ils sont venus. C’est tout un charabia superficiel qui se déverse dans mes oreilles. Une pyramide de futilités et de faux-semblants pourrait alors s’élever en plein milieu de l’avenue.

 

Je déteste cordialement tout ce petit monde, avec la véhémence muette de l’assurance d’être parfaitement méprisé par eux. Je songe à Cyrano : « La Haine est un carcan mais c’est une auréole ». Mais pendant ce temps, je fume un « bâton -de- chaise » au premier étage du Fouquet’s, et je ne refuserai pas d’être ramené à St Philippe –du - Roule, où m’attend mon métro, par un de ces malotrus, au volant de son impressionnante voiture américaine – qui, selon ses propres dires, ne lui sert que pour ses déplacements dans Paris intra muros, et qui avoue une consommation en ville dépassant généreusement les 20 litres aux 100…Quel jeu de dupes ! Je me sens dans la peau d’un agent secret infiltré dans le camp adverse. En attendant, je savoure au fond de moi cette promenade royale de 200 mètres, bien calé sur la banquette de cuir vert : l’olibrius a cru me « bluffer » en me ramenant à ce qu’il croit être mon bureau, au volant de son palais roulant, geste royal pour un si petit parcours, dont il d’ailleurs dût faire lui-même la moitié à pied,pour aller chercher son véhicule dans un garage du coin, et que j’aurais évidemment pu terminer bien plus rapidement à pied, vu l’état de la circulation ; c’est tout simplement surréaliste, et je jubile en m’engouffrant à son insu dans les entrailles de la ville vers le « Pt de Sèvres - Mairie de Montreuil »…

 

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Mais, le quartier des Champs Elysées, vu sous cet angle « maltais », c’est aussi une oasis de vraie  « classe », discrète autant que souriante, empreinte de bonhomie raffinée. Notre Président, poussé à cette fonction avec bonheur par Vincent, avide comme bien des français d’Afrique du Nord de s’ancrer à des personnalités qui les bonifient aux yeux de l’opinion publique, est un Bailli de l’Ordre de Malte doublé d’un authentique Prince, au nom célèbre figurant dans les annales de l’Histoire de France. Il préside aussi, ce qui ne gâche rien, aux destinées d’une fameuse marque de champagne. C’est dans les locaux du siège parisien de cette société, connue dans le Monde entier, et plus précisément dans la salle du conseil d’administration, au cœur d’un hôtel particulier situé à quelques pas… du Fouquet’s, côté avenue George V, qu’il offre l’hospitalité aux réunions de notre humble conseil de France – Malte. Réunions feutrées, très amicales, qui me laisseront un souvenir d’âge d’or, comparées aux futures séances associatives que j’aurai à affronter. Elles se terminent invariablement, et en toute simplicité, autour d’une bouteille du champagne maison. J’y apprends à faire connaissance de « cousins » dont je n’avais jamais entendu parler avant l’Exode : des Maltais de Tunisie, pour la plupart de nationalité française, mais pas tous. Outre Vincent, de Sousse, je garde le souvenir ému et admiratif du Docteur Valletta, esprit brillant, et du merveilleux Monsieur Saliba, qui fut le plus grand libraire de Tunis, .chez qui se retrouvaient gens de Lettres et artistes de Tunisie mais aussi d’Algérie, de France, d’Italie, et bien sûr de Malte ! Et l’Avenue, brillante et  concentré de « chic » ( cela a bien changé depuis !) ne sert plus que de toile de fond, de décor un peu clinquant, à de petits comités de descendants d’émigrés aux pieds nus  ayant tenté autrefois, il y a plus d’un siècle, l’aventure en une Afrique du Nord alors terre de pionniers. Et ces descendants, sans influence, modestement mais avec flamme et opiniâtreté, tentent de renouer les deux bouts d’une histoire interrompue.

 

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Je remonte les Champs, non loin du 73, débouchant d’une rue transversale. Elles ne sont plus qu’un souvenir, mes visites en ces lieux pour mettre en valeur l’histoire de Malte avec un ami fidèle, et je sors de chez un client avec lequel un confrère m’a mis en relations. Il a des tas de choses mirifiques à me proposer, de l’argent plein les poches, un repas à m’offrir…chez Léon, le roi de la moule - frites…à quelques pas du Fouquet’s. Les temps ont changé. Je suis Avocat. Installé là haut, derrière l’Arc, qui n’est plus de triomphe. J’ai été piégé quelque temps auparavant, séduit par le chant de modernes sirènes, qui m’ont fait lâcher la proie pour l’ombre. Ce client, qui sent son véreux à vingt mètres à la ronde, je vais œuvrer avec doigté pour m’en dégager. Je n’ai rien contre Léon, et je raffole des moules – frites. Mais l’homme, le geste ample, brassant des millions par dizaines, parlant pétrole du côté de chez Moujik, et nouvelle oligarchie politico - commerciale là-bas, très à l’Est, s’est révélé de suite dans sa perversité en me proposant pour ainsi dire expressément d’aller déjeuner avec lui au Fouquet’s, pour, en cours de route, obliquer soudain à hauteur du bistro à moules, un large sourire aux lèvres. Plaisanterie saumâtre ? Pour moi, ce fut le détail qui le perdit d’emblée. Je fus de suite en alerte, et la suite, un certain temps après, devait me donner raison. Comme quoi la Roche Tarpéienne est toujours bien près du Capitole. Les Champs Elysées sont devenus dangereux. Le temps de solitude. C’est la profession qui veut ça. Et sans doute encore plus dans le domaine de compétence qui est le mien, à raison de ma longue expérience précédente. Mais si la matière est la même, la façon de travailler est aux antipodes. Désormais, plus de travail en équipe. Plus de hiérarchie, contraignante mais protectrice, plus de véritable règle du jeu. Le critère absolu, la finalité, c’est le fric. Alors, autour de soi, des « confrères ». Confrère, Faux- Frère ! Je parle bien sûr de ceux qui travaillent ensemble, ou qui sont censés le faire. Le haut des Champs va être le lieu géométrique de cette aventure sinistre, dans ces avenues pompeuses et glaciales, même en été, car le froid  vient de l’intérieur. Foch, Victor Hugo, Kléber, sont mon Triangle des Bermudes.

 

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L’eau du Temps a encore coulé le long de l’Avenue. Je suis en quelque sorte redevenu un « touriste ». Mes visites se font rares, très rares. Paris est loin, désormais. Enfin, sur le plan géographique. Comme les couches géologiques qui nous donnent l’histoire de notre monde les couches de nostalgie s’empilent en moi, qui me parlent de ma propre histoire.  Les Champs, je l’ai déjà dit, ne se sont jamais bien inscrits dans mon parcours d’algérois. Il est d’autres coins de Paris où il en est autrement, où je me revois, encore habitant la Ville Blanche. Mais, même sans souvenirs précis de Là-Bas, quand je passe au bas du 73, déserté par ses occupants d’alors, c’est de la nostalgie que j’éprouve. « France - Malte » a disparu. Vincent aussi, qui paraissait indestructible. Le Prince a rejoint ses ancêtres, et l’hôtel particulier qui abritait nos réunions débonnaires a lui-même fait place à un autre immeuble. Même les pierres meurent. ...Alors, vite, il me faut traverser l’avenue, et rejoindre le trottoir animé. Pas pour sa foule bigarrée, mais pour me porter en quelques pas à hauteur du 92 . Là, je lis avec gourmandise une plaque apposée à droite de la belle entrée. «  Ambaxxata ta Malta ».  Oui, « mon » ambassade, celle de mes indestructibles racines ! J’y suis doublement attaché. En tant que telle, parce que l’Ambassadeur Salvino est mon ami, mais aussi, au plus profond de moi, parce que cet endroit a été déniché, voici des tas d’années, par Vincent, ce coureur des bois de la forêt urbaine parisienne. Il y a même occupé un temps un bureau en qualité de Consul Général de Malte. Je connais bien les lieux, faut-il le préciser ? Aux temps mauvais de mon « triangle des Bermudes », il m’arrivait de descendre l’avenue, vers l’heure de midi, un sandwich à la main, pour aller voir flotter, au balcon d’angle du troisième étage, le drapeau rouge et blanc, frappé de la George Cross grise. Je le fais encore aujourd’hui, en pensée. Sur les Champs Elysées, Malte est à jamais installée.

 

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Une douzaine d’années, depuis le récit qui précède, m’ont poussé encore plus loin que mes dernières rêveries nostalgiques. L’ Ambaxxata ta Malta a elle-même glissé le long de l’Avenue, du 92 au 50, pour enfin s’éclipser discrètement dans une petite rue voisine. Elle s’y retrouve au calme, mais a perdu cette vue incomparable dont elle bénéficiait sur la prestigieuse Avenue. C’est que la dégradation continue de la qualité de ses vitrines, et plus encore, de celle de sa fréquentation, étaient moins navrantes, moins repoussantes, vues de haut.

 

 Et la nostalgie d’une certaine époque a elle-même rejoint les espaces incertains de la mémoire où s’évaporent les souvenirs.

 

FIN  DE L'EPISODE

 On l'aura compris : ce récit égrène et entremêle des souvenirs partant de vacances esivales au cours des années 50 jusqu'au désamour des années 90, en passant par la descente aux enfers de l'exil en 1963... A SUIVRE ?...

 

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 18:23

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Nous entrons dans la période de l’AVENT. Ne nous trompons pas sur le sens de ce nom qui, bien qu’il désigne un moment de l’année qui précède Noël, et donc, se situe « avant » cette grande fête, se réfère exclusivement, dans la lignée de son origine latine « adventus », à l’avènement du Messie, son arrivée dans le monde par sa naissance humaine, avant son retour, à la fin des temps. On l’aura compris, le mot «  Avent » est un vocable religieux chrétien, et n’est que cela. Tout autre sens, toute autre utilisation, ne sont que des abus de langage, en particulier en vue d’une récupération commerciale intrinsèquement étrangère au sens de la Noël, quand elle n’en est pas carrément une dénaturation.

En ces temps de persécutions violentes et sanguinaires en maints endroits du monde, doublées de persécutions rampantes par dérision et récupération profane, la plupart du temps l’un n’allant pas sans l’autre ( ainsi, n’a-t-on pas vu, la semaine dernière, sur le net, une pub pour un match, émanant d’un club de rugby fort connu, et destinée à attirer les supporters avec ce bandeau : « un sacré dimanche »  assorti de l’image d’un ciboire avec, répandues  autour, des hosties ? ), il semblerait que l’Eglise commence à réagir, sur la base implicite d’un « trop, c’est trop ».

 

Ainsi, je viens de lire sur la toile, sur le site de « Libération » ( Comme quoi l’adage « le Diable porte pierre » n’est pas dénué de fondement ! ), que la cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, vient de lancer une mission d’évangélisation destinée à restituer à Noël son sens chrétien, donnant au passage toute sa signification au temps liturgique de l’Avent. L’info a été reprise par le site du salon beige du 24 novembre. 

 

Et à l’autre bout de la hiérarchie,  il n’est jusqu’à mon humble bulletin paroissial, qui n’ait dès la mi-novembre, sous la plume d’un de ses jeunes prêtres,  remis sans hésitation « les pendules à l’heure » en rappelant d’abord,  sans langue de buis, ce que n’est pas la Noël…  

 

 Qu’on en juge !

 

« Noël se prépare. Mais quel Noël ?  Celui de la société de consommation, celui de la « magie » de Noël ! Et c’est bien de la « magie », un tour de passe-passe, qui a lieu chaque année. Tour de magie où l’on nous fait croire au bonheur sans nous le donner, où les éclats, les mille lumières cachent les cris et les pleurs, mais sans les consoler….L’ivresse consumériste, l’ivresse du champagne et du muscat, du foie gras et des jouets, s’efforcent de faire taire l’enfant qui git au fond de nous, et qui attend les bras chaleureux d’une mère, le regard, parfois sévère, mais bienveillant et aimant d’un père.

Nous, chrétiens, nous nous sommes fait voler Noël par les marchands du temple, nous nous sommes fait voler notre enfance et sa si belle innocence. Pire ! Nous les leur avons données pour rien. Plus que n’importe qui d’autre dans ce pays, nous, chrétiens, sommes responsables de ce désastre parce que nous n’avons pas gardé la simplicité si belle, si grande du mystère de Noël.

Pour les enfants de Dieu, Noël n’est pas magique. Ce n’est pas le moment où nous arriverions dans un monde féérique, ce n’est pas non plus une illusion. Noël, c’est tout l’inverse d’un rêve, c’est l’Eternel qui vient partager le temps ordinaire de nos vies, le ciel qui descend sur la terre, le Tout-Puissant qui se fait tout-petit et tout proche des hommes. Le Fils de Dieu quitte tout pour être avec nous : Emmanuel ! C’est là notre joie, la cause de notre émerveillement… »     

 

Alors, face à la montée des périls, à tout ce qui nous menace dans notre façon de vivre comme dans nos vies elles-mêmes, au lieu de nous recroqueviller en faisant l’autruche, ou fuir mentalement en  nous avouant vaincus, ou même nous abandonner à un rêve cauchemardesque de grande conflagration finale, commençons par nous refaire nous-mêmes de l’intérieur, par retrouver les fondamentaux de notre identité, à commencer par celle  qui est incluse dans notre CREDO, en nous dépouillant de la tunique trompeuse du relativisme qui nous rend invisibles dans le monde, et qui n’a pour seul effet que de nous faire perdre nos propres repères. N’oublions surtout pas que si nous ne vivons pas comme nous pensons, nous finirons par penser comme nous vivons !

SURSUM CORDA ! HAUT LES CŒURS !

 

Cela dit, il ne faut pas confondre les plans : se libérer de la glue de l’indifférentisme et du relativisme consentant (qui font se dire «  croyant » de façon mécanique et superficielle, sans en nourrir sa vie) ne veut pas dire tomber dans l’angélisme, voire le cléricalisme, pour les catholiques : on peut vivre sa foi, et garder tout son pouvoir de discernement. Par exemple, si j’apprécie beaucoup  en général la chaîne de télévision KTO, je n’en suis pas moins très critique – et le mot est faible – à l’égard de son émission sur les « rencontres des Bernardins » lorsqu’on y voit trôner un Benjamin Stora : même aspergé d’eau bénite, le discours pro-FLN   reste une insulte à l’œuvre française en Algérie et aux souffrances de ses populations, confrontées à une guerre révolutionnaire et à des méthodes ayant préfiguré  celles que nous connaissons aujourd’hui sur une bonne partie de la planète…    

Cette tendance, au sein de l’Eglise catholique française à poursuivre «  un bout de chemin » - que certains de ses membres, y compris en Algérie au temps de la France, et en pleine rébellion FLN, ont poussé jusqu’à la complicité active – avec les pires ennemis de notre civilisation chrétienne, est encore aujourd’hui une écharde douloureuse et infectée plantée dans la relation entre Français d’Algérie baptisés et la religion catholique. Je la comprends : mieux (ou : pire ), j’en souffre moi-même. Mais, comme dit la sagesse populaire, attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain !

N’oublions pas notre cher clergé de base de l’époque, les abbés Aquilina, Chabanis, Juan, Lecoq, Porta, Serralda, et bien d’autres ( Ceux cités ici, je les ai connus personnellement …il en est beaucoup d’autres !) , aux vertus héroïques ! S’ils étaient encore parmi nous aujourd’hui, outre de maintenir leur appartenance charnelle et spirituelle à notre communauté, ils nous exhorteraient, avec la franche vigueur qui les caractérisaient, à ne pas nous détourner de l‘épreuve que vivent nos frères chrétiens d’Orient comme si cela ne nous concernait pas directement ! Que jamais, au grand jamais, l’arbre, si énorme et crucifiant soit-il, de l’Algérie arrachée, nous cache la forêt de lieux, en ce monde de violence barbare et de néo-totalitarisme sectaire, de parodie de « religion d’amour », où la simple réception du message du Christ est synonyme de dhimmitude, d’exil, de souffrance et de mort atroce.


Je ne vous cacherai pas que je suis inquiet, en lisant tout ce qui s’écrit sur la toile, de constater l’étrange silence à leur sujet qui plombe parfois ces textes des nôtres, souvent les plus véhéments à propos de nos propres problèmes…Et je me dis que, si nous en arrivions à nous désintéresser de nos frères dans la foi ( Mais chez nous, qu’en est-il encore, vraiment, de la Foi ? On en revient toujours là : cette question se pose de façon lancinante), comment pourrions-nous  encore nous plaindre de l’indifférence de nos compatriotes métropolitains face au drame qui fut le nôtre il y a un demi-siècle ?

 

Et puisqu’on évoque la pourpre du martyre, comment ne pas rappeler ici et maintenant celui du Bienheureux Père de Foucauld, assassiné le 1er décembre 1916 ? Souvenons-nous en, car dans 2 ans, nous en marquerons le centenaire. Envers et contre tout. Et même, s’il le faut, contre tous.

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L’ Avent, donc, nous voit nous mettre en marche, avec gravité mais avec la joie profonde de l’Espérance. Si ce n’est pas une nouvelle année « civile », c’est incontestablement un NOUVEAU CYCLE ANNUEL qui débute. La Liturgie, cette grande oubliée de notre époque  parce que victime première des bouleversements de la seconde moitié du siècle passé, nous le rappelle avec la limpide transparence du chant grégorien, dans son allégresse intériorisée. Nous sommes en quelque sorte de petits « rois mages » qui allons  avancer dans l’espace-temps qui nous sépare de la Nuit merveilleuse. Voyage certes ingrat et plein de pièges, plus dangereux que les déserts d’ Orient, car la traversée du quotidien, en ce début de XXI° siècle tonitruant, frénétique, violent, ennemi de toute transcendance, destructeur d’Innocence, est un désert spirituel où les points d’eau sont rares pour l’âme assoiffée. Que chacun donc s’y lance à son rythme, certain d’atteindre le but.

 

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Je te souhaite, ami (e) lecteur-lectrice, qui que tu sois, quoi que  tu penses, au moins un inestimable instant de Silence  au milieu de la Nuit de Noël, dans le ravissement de la contemplation, au-dessus de ta tête, d’un Ciel scintillant de milliers d'étoiles...Tu pourras avoir alors la grâce d'entendre résonner le choeur des Anges...

 

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Comme d'habitude, les illustrations ( livre sur le Père de Foucauld; tableaux : " petite kabyle", d'Yvonne Kleiss-Herzig; "gamins du Sud", de Ch. Brouty; " Ferme du sud", de francisque Noilly ) sont tirées de mon "Petit Musée"personnel. j'ai mis l'accent sur l'enfance et sur ces décors du grand Sud, propices à la représentation de Noêl : l'âne passe déjà sous le porche, et si le boeuf ne vient pas, la mule fera l'affaire...Enfin, le Père de Foucauld est aussi au coeur du message de Noël, tout en évoquant, dans ces dessins, la spiritualité de Saint-Ex dans "le petit prince" ....

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 00:00

MÉMORIAL DES FRANÇAIS RAPATRIÉS D’AFN ET D’OUTRE-MER

CIMETIÈRE DE L’EST À METZ (MOSELLE)

CÉRÉMONIE DE DEUIL ET DE RECUEILLEMENT DU 1er novembre 2014 À 10H00

 

Allocution de Madame Danielle Pister-Lopez, Vice-présidente du Cercle algérianiste, section de Champagne-Grand Est, membre de l’Amicale, Maître de Conférences honoraire à l’Université de Lorraine.

 

Mesdames et Messieurs les Autorités Civiles et Militaires,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Associations Patriotiques et du Souvenir Français,

Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis, Chers Compatriotes,

 

Le Président, les membres et les sympathisants de l’Amicale des Pieds-Noirs de la Moselle, le Mouvement National des Rapatriés d’AFN et d’Outre-mer, ainsi que leurs frères Harkis, vous remercient d’être fidèles, depuis trente-trois ans, à cette cérémonie de recueillement du 1er novembre, en mémoire des morts civils et militaires, toutes ethnies et confessions confondues, tombés au nom de la France, dans ses départements, protectorats et territoires d’Outre-mer.

En cette année des commémoration du déclanchement de la 1ère Guerre mondiale, il y a 100 ans ; des débarquements de Normandie et de Provence qui permirent la libération de la France, il y a 70 ans ; du sacrifice de nos soldats dans la chute de Ðiên Biên Phú, et des attentats de la Toussaint Rouge qui sonnèrent le glas, il y a soixante ans, de l’Empire français ; comment nous, qui sommes nés dans ces territoires autrefois liés à la France, pourrions-nous oublier que parmi les victimes de ces conflits figurent nos parents, nos aïeux d’origines géographiques, ethniques et religieuses différentes, et dont les noms ne sont plus inscrits nulle part, puisque les monuments aux morts, érigés dans les communes où ils sont nés, ont été détruits ? Comment, ne serions-nous pas meurtris par le choix idéologique opéré par le Président de la République, dans l’hommage que la Nation a rendu cette année, aux troupes venues des territoires de l’ex-Empire français combattre en métropole ? Hormis une brève et unique phrase prononcée par le Chef de l’État au mémorial du Mont-Faron à Toulon, le 15 août dernier, lors de l’anniversaire du débarquement en Provence, il n’a été question que de l’engagement des troupes dites « indigènes ».

Bien sûr, il fallait rendre hommage à ces combattants, mais pas en occultant le fait que dans les troupes coloniales -c’est leur dénomination exacte-, indigènes et Européens, natifs des mêmes territoires, combattaient côte à côte. Fallait-il omettre alors le fait que les Pieds-Noirs constituaient la majorité des effectifs et la majorité des victimes des combats que tous ces hommes menèrent ensemble ?

Bien sûr, il fallait saluer la mémoire de tous ces Maghrébins, de tous ces Africains, et rappeler leur courage, mais pas en exhibant, le 14 juillet dernier sur les Champs-Elysées, des éléments de l’ALN, formation directement issue des hordes terroristes du FLN qui massacrèrent civils et militaires français, en particulier les Harkis, toujours interdits de séjour en Algérie. Les troupes coloniales faisaient partie intégrante de l’armée française et se battaient sous drapeau français. Elles ne dépendaient d’aucune autorité étrangère, et encore moins de ces régimes nés d’une décolonisation ratée.

Bien sûr, il fallait reconnaître la dette de la France à l’égard des soldats venus de pays aujourd’hui indépendants, mais pas en organisant un grand raout qui mettait en vedette leurs dirigeants actuels, dont peu, pour ne pas dire aucun, ne respectent ni la démocratie ni les droits de l’Homme. Précisons, car personne ne le rappelle, que parmi les Pieds-Noirs engagés en 1914, en 1939, en 1954, beaucoup ont été mobilisés au même titre que leurs compatriotes de métropole. Mais d’autres, nés de parents étrangers dans ces territoires alors réputés français, étaient des engagés volontaires car ils n’avaient pas la nationalité française. En se battant pour la France, ils payaient leur dette envers ce pays qui leur avait donné instruction et travail.

Aucun des deux conflits mondiaux n’a instauré de paix durable. La Guerre froide a aggravé les luttes anticoloniales. Les guerres dites de libération ont engendré des régimes aussi contestables qu’antidémocratiques. Le fanatisme religieux a pris racine dans les confrontations idéologiques d’aujourd’hui et l’instabilité de l’Afrique et du Proche-Orient menace le monde. Le 24 septembre 2014 disparaissait en Kabylie, dans des circonstances atroces, un malheureux et bien imprudent guide de montagne français. L’opinion publique et les politiques manifestèrent leur indignation. Mais Pieds-Noirs et Harkis se sont souvenu des actes terroristes sanglants perpétrés pendant huit ans sur cette terre algérienne. Les djihadistes qui tranchent au couteau la tête de leurs otages, perpétuent l’horrible besogne commencée, il y a 60 ans, par ceux qui voulaient chasser, par la violence la plus sauvage, la France et tous ceux qui la représentaient. De nombreux appelés du contingent, des harkis avec leurs familles, des civils français installés en Algérie depuis 5 ou six générations, ont été enlevés et retrouvés la gorge béante. C’est ce qu’on appelait le « sourire Kabyle ». L’actualité récente a remis au premier plan l’assassinat des moines de Thibirine, enlevés en 1996. L’armée algérienne, l’ALN n’avait rendu que des têtes. Après 18 ans de refus, l’Algérie a accepté qu’un juge français enquête sur place, mais a interdit aussitôt à la France, l’accès aux analyses scientifiques indispensables à la révélation de la vérité. L’Algérie signe donc son crime, sans répondre à l’attente des familles, sans que la France proteste. Quelle leçon a-t-on tirée du 1er novembre 1954 ? 70 attentats à la bombe perpétrés sur l’ensemble du territoire algérien dans la nuit ; au matin, arraisonnement d’un car de voyageurs, dans les Aurès. Un commando de tueurs mitraille un caïd et un couple d’instituteurs, venus du Limousin enseigner, par idéalisme, dans un village isolé. Guy Monnerot, 23 ans, et le caïd sont les premiers morts européens et musulmans emblématiques d’une guerre terroriste qui commençait. Aucun d’entre nous n’imagina alors que, moins de huit ans plus tard, la France pactiserait avec ces criminels, et abandonnerait ses propres ressortissants, européens et musulmans, à la haine inextinguible du terrorisme le plus sauvage. Lorsqu’ils n’égorgeaient pas et ne déchiquetaient pas les gens par l’explosion de bombes, ils saignaient à blanc leurs victimes. Après les prétendus Accords d’Evian, scandaleusement célébrés comme fin de la guerre d’Algérie, et au-delà de l’indépendance, au moins 80 000 harkis furent égorgés, émasculés, mutilés vivants ; au moins 3 000 Européens disparurent, dont environ 700 Européens dans la seule journée du 5 juillet 1962, à Oran. L’ALN, contrairement à l’armée française, n’a jamais respecté le cessez-le-feu, pas plus que les conventions de Genève, auxquelles l’Algérie a souscrit comme membre de l’ONU. Elle détenait plus de 400 militaires français, certains enlevés après le 19 mars. Aucun ne fut rendu. Pire, la France n’a rien tenté pour retrouver ses appelés ou ses ressortissants civils disparus. Elle voulait tourner la page, une page sanglante. Souvenons-nous de Lady Macbeth : tant que justice n’a pas été rendue, rien ne peut effacer les tâches d’un sang injustement versé.

Il faudra qu’un jour la France s’interroge sur sa responsabilité morale et politique, donc sur celle de l’homme qui exerçait alors la Magistrature suprême, dans la légitimation qu’elle a apportée, en 1962, au terrorisme comme forme d’action politique. Qu’elle ne s’étonne donc pas de voir tant de ses enfants la quitter aujourd’hui pour aller faire le djihad. Elle a elle-même montré le chemin par le reniement de principes qu’elle revendique verbalement, sans pour autant les enseigner et encore moins les mettre en pratique. Peut-elle espérer encore se faire respecter ?

Pourtant, la France devrait être fière de ce qu’elle a accompli en Europe et au-delà des mers. Certes, toute remise en question permet d’éviter la répétition des erreurs, mais renier son passé, oublier ceux qui ont incarné son histoire, battre sans cesse sa coulpe, détruit l’âme d’un pays. Pire, cela engendre la, pire encore, cela nourrit la Barbarie.

C’est plus que jamais notre devoir à tous de rappeler la mémoire de tous ceux qui tombèrent en 1914, en 1944, en 1954, et dans les années qui suivirent ; de ceux qui meurent actuellement, dans les conflits multiples où sont engagés nos soldats qui se battent toujours avec courage et détermination. Nous ne voudrions pas que dans 60 ans, dans 70 ans, dans 100 ans, les générations qui nous suivent pensent qu’ils se sont battus pour rien ou trop tard.

C’est pourquoi l’Association des Pieds-Noirs de la Moselle et les représentants des Harkis sont sensibles, Mesdames et Messieurs, à votre présence qui nous conforte dans notre volonté de briser l’ostracisme pratiqué, au nom du politiquement correct, dans les hommages nationaux. Notre mémoire reste le seul monument qui préserve le souvenir du sacrifice de nos compatriotes tombés en métropole ou dans nos anciens départements et colonies d’Outre-mer. Ils sont pourtant morts pour la France, ou à cause d’elle quand elle les a abandonnés.

 

C’est pour leur rendre hommage que nous disons comme ils l’ont dit aussi : Vive la France !

 

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 A gauche, mon grand-père maternel, Paul Pisani, ici en 1908, au cours de son Service au 2° Zouaves à Oran. Mobilisé dès août 14, il reviendra avec Croix de Guerre, Médaille Militaire et 6 autres décorations gagnées au feu, notamment à Verdun. Gazé aux yeux.

A droite, mon cousin Jean Dimech, engagé au 5° Chasseurs à Alger en 1943, Mort pour la FRance dans son char près de Baden-Baden le 11 avril 1945, à l'âge de 20 ans 1/2.

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En Mémoire du sacrifice de Jean Bastine-Thiry, cet hommage extrait du quotidien " Présent" du  7 novembre 2014, sous la plume d'Alain Sanders

 

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Pour terminer ces " Memento" de novembre, il convient d'évoquer, parmi tous les hommages locaux ou régionaux, du moins parmi ceux exempts de toute arrière-pensée " récupératrice", celui, tout récent, de notre cercle algérianiste d'AIX, qui a, une fois de plus, mis sur le pont une large équipe. Pour ne pas faire de "doublon", je laisse au blog du cercle " Congraix ", dont "maltalger" n'est que le petit frère,  le soin de présenter au  plus large lectorat possible cette journée du 8 novembre, qui restera dans nos annales. Au fond, notre lutte  faite de recherches, de souvenirs et de réflexion, face aux assauts, sans cesse répétés, violemment haineux ou douceureusement fielleux ( tels ce misérable " grand format " de l'Express, qui pourrait avoir pour devise : le venin des mots, la pommade des photos  ), ressemble en bien des aspects à une Guerre de tranchées... 

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 17:58

 

INFORMATION IMPORTANTE

 

Au moment de reprendre le cours normal de la vie de ce blog avec un nouvel ordinateur, je m'aperçois que "maltalger", longtemps exempt de toute intrusion publicitaire, en est maintenant atteint. Je tiens à préciser que ces pavés de pub me sont imposés sans que mon accord ait été sollicité, et que je les ressens comme une atteinte à l'esprit de mon blog. 

Mais, il y a plus : je viens de constater que, par un étrange " bug ", à moins que ce ne soit par malveillance, des pages de "maltalger", notamment "je vous emmène en Patagonie" et "Petite revue de livres", ont subi, a posteriori, des bouleversements dans leurs illustrations, altérant sérieusement la cohérence entre textes et images.

 

Internet, dernier espace de Liberté, surtout pour tout ce qui ne porte pas au cou la marque du collier du conformisme, est un chemin aventureux, voire miné. Mais, pour ma part, dans le très modeste objectif de ce blog, qui reste un moyen d'expression qui se veut personnel, je poursuivrai tant que je pourrai mon petit bonhomme de chemin, en appliquant la devise des PIKKENDORFF imaginée par Jean Raspail :                                        " Je suis mes propres pas  ".

 

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Fête au double visage, aux images souvent brouillées par superposition. Perte du sens liturgique, affadissement des recherches de sens de ce qui nous dépasse, dilution des notions acquises autrefois dans les écoles comme dans les familles, tout cela n'est que l'aspect clinique de la maladie qui ronge ce qui reste de civilisation occidentale. Chesterton l'avait prédit, en énonçant : " Chassez le Surnaturel, il ne restera même plus le naturel".

 

Les gros Médias tournent avec brio ces notions en mayonnaise, en bons Masterchefs de l'information orientée : La Toussaint n'est plus une fête joyeuse pour les Croyants, qui sont par eux noyés dans la masse informe des " indifférents". Le "Gaudeamus" qui introduit la messe grégorienne de la Toussaint - ce "  Réjouissons-nous ! " du 1er novembre - cède la place aux tombes du lendemain, lesquelles, surtout dans les villes anonymes, s'effacent progressivement derrière les urnes, qui regagnent de plus en plus, vides, l'étagère du salon - ou du placard, après avoir été allégées de leur contenu sur terre, sur mer, dans les airs, et peut-être bientôt , dans l'espace...

Pourtant cette année, nous en avons des défunts à célébrer avec ferveur,en plus des nôtres,  en ces anniversaires en série, qui nous renvoient à la Première Guerre Mondiale, à la chute de Dien-Bien-Phu, et au commencement de la fin de notre Algérie - cette terre natale que nous partagions , mais que nous possédions moins que nous n'étions possédés par elle...

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La "Semaine religieuse d'Alger" du 18 novembre 1954 est centrée sur la relation des Fêtes du XVI° centenaire de la naissance de Saint-Augustin. Quel choc de dates ! La pourpre du manteau du Cardinal Tisserand, à Alger du 5 au 7 novembre,  pour honorer le plus célèbre Berbère de tous les temps, et celle du sang tout frais des premières victimes de la Rébellion. En même temps. Voilà un sujet de méditation.

 

 

IMG NEW NEWAu fait, comment s'étaient passé ce début novembre 1954, vu par un adolescent de 19 ans ? Le temps avait été maussade, semble--il. Le 1er novembre, messe de la Toussaint en l'église paroissiale - St-Augustin ! . Nul doute qu'il ait été question des commémorations annoncées dans toute l'Algérie. Puis la visite  aux tombes familiales, au cimetière de St-Eugène. Ce qui reste du 2 au matin, c'est un poème, laborieusement rédigé si l'on en juge le nombre de ratures, aussi sombre que malhabile. Conjonction entre le Jour des Morts et un ciel bas, sans lumière, pesant sur une mer grise. Décor funèbre à souhait.

 

Pourtant, l'adolescent entrait dans une nouvelle phase de sa jeune existence : dans quelques jours à peine, il allait entrer en Faculté de droit et à l'I.E.P. d'Alger. Tout aurait du lui sourire. Il est vrai qu'en fin juin, bac-philo en poche, il avait quitté son vieux lycée Bugeaud avec beaucoup de nostalgie, mais enfin, entre temps, il y avait eu les vacances, le bateau pris tout seul pour la 1ère fois ( " l'El-Mansour", de la Mixte, à destination de Port-Vendres ), en vue d'aller découvrir "la France de ses livres" chez des amis de ses parents, en plein Périgord, du côté de Musssidan. Rivières et forêts, douce campagne, bien verte sous la pluie...incessante, cet été-là ! Et, à la fin, la "montée" triomphale vers Paris, rejoindre tante et cousin, pour découvrir la Capitale et ses Monuments, et avoir le bonheur fou d'assister à l'Opéra national à une inoubliable représentation du "Faust" de Gounod - son opéra-fétiche - interprêté par un des plus célèbres ténors du monde d'alors, l'italien Giuseppe di Stefano, le partenaire favori de La Callas...

 

Le seul intérêt de ce poème, dont l'auteur se qualifiait lui-même par ailleurs de " piètre rimailleur", est bien entendu la date de son écriture. Il a été rédigé au matin du 2 novembre, apparemment sur la seule base d'un coup de "spleen", dont le jeune homme était - déjà - familier, en harmonie "romantique" ( il était un grand admirateur de Lamartine, et imbattable en récitation des oeuvres poétiques de ce dernier ) entre le ciel maussade, " éteint", comme pouvait l'être celui d'Alger à la mauvaise saison, et l'évocation des défunts. dans l'ignorance en tous cas de ce qui s'était passé dans la nuit de la Toussaint. La nouvelle, il l'apprendrait en fin de matinée, à la lecture de "l'Echo d'Alger" et de la " Dépêche Quotidienne", en même temps que ses parents. La réaction familiale avait été celle de la plupart des Algérois: partagée entre l'apparition d'une menace redoutée et une bonne dose de dénégation: " ça ne pouvait pas être possible, ici, en Algérie, ensemble de départements français ". Pour résumer : STUPEUR, GRAVITE, mais aussi INCREDULITE.

Alors, ce poème: prémonitoire ?  

 

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       Prenons garde, toutefois, de ne pas porter de jugement hâtif et péremptoire sur cet état d'esprit. Il n'est que trop aisé de nous prononcer, forts de tout ce que nous avons vécu par la suite et même au-delà de notre exode. Connaître la fin d'une pièce ou d'un livre n'est pas le meilleur moyen de nous pénétrer de la situation vécue par les protagonistes à son début. Que certains aient pu avoir un sinistre pressentiment, c'est possible, mais de là à avoir "la révélation" de ce qui se passerait au cours des 8 années qui suivraient, dépasse l'entendement.  Et qu'on ne vienne pas prétendre que nous n'avons rien vu venir parce que nous étions ignares, myopes et tout ce qu'on voudra en politique, a fortiori, en géopolitique. Même si effectivement, le déficit de "conscience politique" était bien réel en Algérie en 1954, et même 4 ans après, sinon, il n'y aurait pas eu un Grand Simulateur au Forum, ou bien on l'aurait sans doute retiré les pieds devant du balcon où il était venu faire son numéro.

En réalité, sans même avancer que nous étions une sorte " d'existentialistes sans le savoir", je dirais  : NOUS VIVIONS, C'EST TOUT. Cette Force vitale nous guidait irresistiblement. Elle était imprégnée en nous par cette volonté puisée dans nos gènes de descendants de pionniers,  sans nous attarder toutefois sur le Passé, et sans nous préoccuper de l'Avenir autrement que par ce devenir continu qu'était le Présent. Certes, nous n'étions pas sans quelque perception d'un sourd danger latent, mais ce sens du danger nous renforçait lui-même dans notre dynamisme, en un perpétuel défi à ce FATUM dont on ne nous avait pas beaucoup parlé, là se situant d'ailleurs le défaut de notre cuirasse: nous ne connaissions guère notre propre histoire sur cette Terre natale, ni sa longue et tumultueuse destinée...

Kabylie ( Granata ) 001tableau de Louis Granata

Et puis, battre notre coulpe aujourd'hui sur cette non-prise en considération de la portée de cette nuit du 1er novembre 1954, dès le lendemain, serait plus qu'une ineptie : une concession suicidaire à la thèse FLN & complices, consistant à donner à ces misérables et méprisables attentats une ampleur qu'ils n'ont pas eue. Gestes épars d'assassins disséminés en quelques rares points du territoire algérien, il est naturel qu'ils n'aient pas été pris pour ce "Tournant de l'Histoire" dont ils ont été parés à titre rétroactif.

 

                                                                                                                IMG 0002 Reportons-nous à cet égard à un des plus importants ouvrages consacrés à  ce qui est devenu dans le langage officiel " La Guerre d'Algérie " :" autopsie    de la guerre d'Algérie ", de Philippe Tripier, paru en 1972, aux éditions  France-Empire, "pavé ", de près de 700 pages, fortement charpenté et nourri  d'annexes   qui remettent l'Histoire à l'endroit. 

 

 

 

 

 

Les extraits cités ci-dessous sont tirés du chapitre II de l'ouvrage : " Le terrain " :

 

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Comme on dit ( ou disait ) en maths : C.Q.F.D.

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