Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 18:01

 

POUR UN ETE EN "PENTE DOUCE"

 

SUIVEZ PIERRE DIMECH EN GRECE, POUR UN VOYAGE A SPETSAÏ

 

 

Cliquez  ici :  link

 

Nouvelles 0004

 


Partager cet article
Repost0
30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 22:33

 

 

PHASE 1 : JUSQU’ EN  JUILLET 2001

         _______________________

La Country n’est pas perçue de façon autonome :

Elle est Partie intégrante du WESTERN 

 

Peter à Austin-3L’Amérique qui nourrit mon imaginaire est celle des Bandes dessinées, dans mon tout jeune âge,  (« Kansas Kid », etc) celle aussi du « Dernier des Mohicans », livre qui m’a « marqué », puis des Films de John Wayne, Gary Cooper, Richard Widmark, etc, etc… Musique et danse sont celles qui font partie des films, même en disque. Et K7 audio. Et je reste marqué par «  Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit, les Cow-Boys autour du biv’ouac sont réunis » de mes 10 ans, chantés par Yves Montand  , ainsi que par « quand allons-nous nous marier…mon cow-boy adoré » dans lequel on parlait d’un « tueur du Texas », de la même époque.

 

Exemple le plus spectaculaire : mon voyage de JUIN 1984 . Ce que je tiens à découvrir en priorité absolue à partir de LOS ANGELES, notre point de destination, c’est l’ARIZONA légendaire : TOMBSTONE ( hélas, pour un très court instant), et TUCSON, où je mise tout sur OLD TUCSON, le monde de RIO BRAVO. De même, pour la découverte de MONUMENT VALLEY.

En route, sur la radio de bord, je capte de la Country music – avec délice – je me souviens de «  Yellow Roses of Texas »…Mais  pour moi, ça fait partie de l’univers  mythique de l’Ouest. Et, lorsque revenu à Versailles, je sonorise la 2ème bande de mes   films, je mets de la musique de westerns…la seule que j’ai en disque.

 

Au cours du voyage, j’ai pourtant acquis un chapeau – en paille – « cow-boy », à Tombstone, et un ceinturon avec boucle – représentant un  chariot de pionniers – au Grand Canyon du Colorado. + une chemisette à carreaux à Los Angelès. C’est bien sûr « Country », mais je ne le sais pas. D’ailleurs, je ne me pose pas la question. C’est « Western ». C’est tout. J’ai jeté une fois ( à Los Angelès) un coup d’œil de curieux aux bottes, mais que j’ai trouvées trop chères , et inutiles, n’imaginant pas un  seul instant en portant en France !.

 

Parallèlement, je me passionne pour l’Histoire, notamment celle de la Guerre de Sécession – côté Sudistes, cela va sans dire. « Autant en emporte le Vent » est pour moi le film n°1…et j’ai évidemment lu l’immortel roman de Margaret Mitchell…

 old tucson2

Au cours des années 80 , je vois dans le journal « PRESENT » les chroniques , souvent des pages entières, consacrées à l’Amérique par mon ami Alain, mais j’avoue donner alors la priorité aux récits historiques, aux films Western, et fort peu à ces fiches qu’il réalise sur des chanteurs et chanteuses, certes très sympathiques, mais dont les noms ne me disent rien, à part Johnny Cash, bien sûr…

 

 

 A la mi -  98, Alain et Sabinecréent , sous forme de petite Revue, la « Lettre mensuelle de Country Music Attitude », association qu’ils viennent de former.

 

Un an après, en 1999, je m‘abonne à CMA . C’est un tournant, car je m’engage pour la première fois dans l’univers spécifique de la Country, laquelle étant, aux yeux de mes amis, une ATTITUDE, est en pleine harmonie avec ma propre conception. Mais, je ne suis que dans la première partie de ce « tournant » , étant encore trop plongé dans l’activité politique salonaise…

 

Plus encore, ce sont mes responsabilités de Président National du Cercle Algérianiste, en une période très difficile, assorties de ma fonction de Conférencier dans les mêmes cercles, nécessitant de nombreux déplacements, qui sont obligatoirement mes priorités. Je me consacre aussi beaucoup au monde des Paquebots…

 

L’obstacle majeur à un progrès décisif est l’énorme avalanche de noms nouveaux qu’il faut assimiler, (à 95% américains) dans cette Pléiade de chanteurs et chanteuses cités dans CMA, au travers de  leurs concerts et de leurs CD …Il y a une lente maturation à opérer, d’autant plus lente que je reste « extérieur » aux manifestations Country la plupart loin d’ici….C’est d’ailleurs pour moi un monde inconnu, et pour cause….A commencer par tous ces vocables nouveaux : « Bluegrass, Honky Tonk, Hillbilly, Red-Necks, Grand Ole Opry, etc , etc…. ». Et je n’ai aucune idée de la façon dont se déroulent ces manifestations-Country dont parle CMA ….à commencer par les tenues qu’on y porte ! Tout cela reste encore très loin de moi….Mais, j’ai déjà des K7 audio, et quelques CD, en nombre certes limité. ET J’AIME CETTE MUSIQUE. VISCERALEMENT.

 

Toute l’année 2000 se passera ainsi . 2001 s’ouvre dans les mêmes conditions de surmenage. C’est alors que, vers la fin du printemps, Alain va me persuader d’aller assister au Festival de MIRANDE , à mi-juillet, nous invitant à les rejoindre tous deux sur place.

 

 

 

 

PHASE 2 : de Juillet 2001 à Avril 2002

                 _______________________           

 

Entrée dans l’univers des Festivals et Début de la Country line dance

 

Mi-Juillet : MIRANDE

 

Lorsque nous débarquons dans la petite cité gersoise, que je découvre, après être passés voir notre chambre d’hôtes à 5 kms de là, c’est un double choc. Alors que la doc dont je dispose fait état d’un lieu bien défini, hors du centre, pour la tenue du Festival, nous sommes accueillis par des flots de  musique country, dès les abords de la bastide, déversés par des haut-parleurs installés dans chaque rue..A cette plongée sonore s’ajoute aussitôt un choc visuel, en apercevant devant nous, se rendant tranquillement vers le centre-ville (la place d’Astarac), une famille, avec père, mère, et gamins , tous habillés «  en cow-boys » !!!: chapeaux, bottes, gilets, etc…ON EN EST RESTES BOUCHE BEE !!!!

 old tucson1

Si j’insiste sur ce qui peut paraître un détail anodin, c’est parce que, 3 ans après , je m’aperçois que ce fut un instant capital, « historique » ! Moi qui n’avais jamais fréquenté les parcs d’attraction en France, je n’imaginais pas concevable

qu’on puisse être en tenue western en pleine rue, en plein jour : c’était pour moi une  tenue réservée à des sortes de bal masqué ou autre fête en milieu fermé…Or, je découvrais soudain que ce type de fête pouvait prendre une dimension véritablement publique, au vu et au su de tous, comme si l’Ouest américain, celui de notre imaginaire, venait  pendre forme parmi nous….

 

Et c’est en tremblant d’émotion que, l’instant d’après, je faisais l’acquisition, place d’Astarac, de mon premier chapeau (à ce moment-là, je pensais d’ ailleurs que ce serait LE chapeau, l’unique…).Cadeau de ma mère pour mes 66 ans ! Allais-je revenir en enfance ? (dans une certaine mesure, bien sûr que si !)…

 

Bon, je ne vais pas me laisser aller à raconter par le menu ce festival de Mirande 2001 , si riche en souvenirs de toutes sortes ; mais, sur le plan de la seule Country, ce fut évidemment le baptême du feu, ou plutôt la première confrontation avec l’ensemble « concert » et « line dance ». Pour la partie concert, ce ne fut pas une surprise, mais simplement le passage à la réalité de la musique, au-delà des CD …Pour la partie line dance, par contre, ce fut à la fois une totale révélation …et un blocage absolu au niveau de toute tentative d’esquisser le moindre pas. De toutes façons, j’avais trop de choses à découvrir dans cette immense arène qu’est le lieu du festival : stands de chapeaux, de chemises, gilets, de colliers et autres bracelets indiens, boucles de ceinturons, disques, photos, badges, drapeaux, objets variés, et jusqu’à ce fabuleux « truck » Kenwood noir, farci de bottes ! Je fais le saut en fin d’après-midi, et achète une superbe paire de « texanes » assez lourdes…une fortune, mais l’ambiance, l’euphorie, les vapeurs d’Armagnac, l’exemple d’Alain et Sabine…Voilà qui dissout toute inhibition !

 

Nos deux amis tentent de suite de nous initier à la danse….en nous invitant à les regarder un instant puis, tout simplement à les imiter : comme si c’était si simple ! «  c’est facile, nous disent-ils d’un ton encourageant, faîtes ceci, puis cela… » Ouais… Josette essaye, puis renonce rapidement : moi, je reste au bord  de la piste, comme fixé au sol par des fondations. Et puis, tous ces danseurs, habillés comme pour une comédie musicale à grand spectacle, et qui font des figures savantes, et en tous cas incompréhensibles pour celui qui regarde..Non , ce n’est pas pour moi… « Il faudra prendre des cours » nous disent-ils, « allez-y, il y en a là-bas »…Mais, je préfère me plonger dans l’écoute des chanteurs et des groupes, et musarder le long des stands…C’est cela, pour moi, le fondement même de la country…

 Bikers à Luckenbach

Le lendemain  samedi, on passe une partie importante de la journée, toujours avec Alain et Sabine, place d’Astarac, où se déroule le « off », dans une super-ambiance bon enfant au milieu de stands ( j’y ai acquis mon chapeau et une boucle), et des brasseries, avec pas mal de bikers…Alain et Sabine vont soudain danser sur la place, entre les tables, donnant le signal à un tas de gens. Parmi eux, quelques jeunes du coin, qui tentent de les imiter plus ou moins maladroitement, en se plaçant derrière eux : c’est juste ce que nos amis nous demandaient de faire la veille, et là, j’avoue que je suis tenté, mais voilà, une chose soudain m’arrête : j’ai mon beau chapeau noir « cow-boy » tout neuf, mes bottes neuves, ma belle chemise blanche à parements noirs, également neuve : le parfait uniforme, en somme : je ne peux pas, dans mon esprit, le ridiculiser, cet uniforme, par mon inévitable maladresse , et j’ai crainte de provoquer des sourires ironiques…Ah, si j’étais en  tenue anonyme d’estivant, comme ces jeunes, je me serais risqué, sans redouter des lazzi du genre :  « regardez ce cow-boy à la manque, qui danse comme un ours de foire ( ou autre amabilité.) ».

 

Le dimanche après-midi, lorsque nous quittons Alain et Sabine, pleins de nostalgie, ils  nous ont persuadés de les rejoindre le mois suivant à Saint-Agrève, aux EQUIBLUES, où là ils ont un  stand. Et ils disent que c’est si merveilleux ! Ils l’ont déjà écrit dans la Revue CMA .

 

C’est sûr, on ira, pas pour toute la durée (on entre à petits pas dans l’univers des festivals country), mais on découvrira le monde fascinant des Rodéos…

 

Une anecdote significative (sur le chemin à parcourir) avant de quitter Mirande. Juste après avoir acheté mes bottes, guidé par A et S, je dis à Alain, croyant être perspicace : « ainsi, toi, avec tous ces festivals de l’été, tu es en bottes pendant l’équivalent de bien 3 semaines dans l’année ! »…Et je m’attire cette réponse lapidaire d’Alain, sur le ton de l’évidence surprise  par la naïveté de ma question : « mais, c’est pratiquement pendant TOUTE L’ANNEE que je  porte mes bottes !!! »….

 

MI AOUT :  SAINT-AGREVE 

 

Pour le public, les EQUIBLUES commencent le jeudi soir, et se terminent en fin d’après-midi du dimanche. Nous arrivons le vendredi vers 16h. Nous avons obtenu de justesse une petite chambre dans un hôtel à Desaignes, à une quinzaine de kms en contrebas de St-Agrève, sur la route de Valence. Le paysage est magnifique, et me rappelle des souvenirs d’Amérique, vers Flagstaff, l’ampleur en moins, bien sûr. Emerveillés par cette atmosphère de Ranch. La présence imposante des chevaux, ainsi que d’un troupeau de solides bovins, change du tout au tout avec Mirande. D’emblée, on sent une plus grande « authenticité » ouest-américaine. Le soir, sous le chapiteau, on se croit dans un vaste saloon ! C’EST LE CHOC. SAINT AGREVE PREND DE SUITE UNE PLACE A PART DANS MON ITINERAIRE COUNTRY…

 

Mais le lendemain matin samedi, plus de possibilité de tergiverser : d’ailleurs, Josette en a très envie : il y a des cours « d’initiation » à la line dance . On s’y inscrit. Remarque qui va être importante pour la suite : on est très couverts, car le matin, au départ de l’hôtel à Desaignes, il faisait 7° .En plus, j’ai mes lourdes bottes, mon grand chapeau noir en feutre rigide, etc…

 

La leçon dure 2 bonnes heures. La prof vient d’un club de Lyon. Elle est assez « énergique ». J’éprouve d’emblée beaucoup de mal, à ma grande surprise, car ayant le sens du rythme et l’oreille musicale, je pensais que cela me faciliterait les choses. Je fatigue assez vite, physiquement , mais aussi nerveusement. Tous ces mouvements, toutes ces figures me sont rigoureusement inconnues. On va aborder plusieurs danses à la file, et c’est de plus en plus compliqué au fur et à mesure, parce que , à la difficulté propre à chaque danse , s’ajoute la confusion avec les pas de la danse précédemment « apprise ». J’ai le sang à la tête, mais je fais de mon mieux : il faut que « j’honore mon chapeau » ! On a ainsi abordé  le Cheyenne,  le Tush-Push et la Texas Waltz. Mais, un incident, bref et banal, mais qui va avoir un grand retentissement sur moi, se produit pendant le Tush-Push, au moment où on fait rouler ses hanches : j’ai cru possible, pris par le rythme endiablé de la musique, de faire une figure de type « twist », en m’aidant de mes bras  et en balançant d’un  pied sur l’autre : repéré par la prof, j’ai eu droit à un « savon » plutôt sec, du genre : « monsieur, on n’est pas ici pour danser des mouvements à sa guise comme dans une soirée .. », le tout évidemment devant 50 personnes…J’aurais voulu disparaître sous mon chapeau…et cela m’a marqué. La danse country s’avérait difficile ; mais elle pouvait être également désagréable.  CELA SE PRESENTAIT MAL …..

 

Le lendemain, Josette a dû beaucoup insister pour que je me réinscrive. En plus, l’atmosphère était encore plus tendue que la veille, à raison de nombreux resquilleurs, qui se mêlaient subrepticement aux stagiaires payants, en les regardant travailler , puis en s’infiltrant peu à peu dans les rangs, l’air de rien.

 

Après plusieurs mises en garde de la prof, sans effet réel sur les resquilleurs qui jouaient les innocents, la séance a dû être arrêtée un instant, chacun se faisant connaître comme ayant payé….C’était tout-à-fait justifié de la part de la prof, mais, bonjour l’ambiance ! Vu le monde, sous le chapiteau chauffé par un grand soleil, l’atmosphère devenait irrespirable.. Et on était aussi chaudement vêtus que la veille… Au bout d’une heure ¼ environ, je n’en pouvais plus, et , au bord de la syncope, congestionné violemment, je dus m’arrêter, et sortir respirer. Je ne revins pas danser.

 

Le moral était au plus bas en ce qui concerne la country dance. Une réflexion pas du tout mal intentionnée d’Alain : «  Josette s’en sort pas trop mal, et mieux que Pierre », mais tombant bien mal, faillit m’achever, et me décourager définitivement au niveau danse. La veille au soir, sous le chapiteau, j’avais dansé un peu au milieu de la foule des danseurs ( et sans Josette, fatiguée par un méchant refroidissement), n’importe comment mais joyeusement. Le samedi soir, je n’ai pas esquissé un seul pas. D’ailleurs, j’avais la tête ailleurs ; la tête et le cœur : j’étais (debout) au pied de l’estrade où se produisait une chanteuse dont je venais de connaître l’existence par Alain et Sabine : JONI  HARMS . Ah , BLUE MONTANA MOON ! Comme cela me consolait de ces pas alambiqués de danses dont l’approche se révélait bien ingrate !

 Luckenbach

Alors, la COUNTRY, une MUSIQUE : OUI ! des CHANTS : OUI ! une AMBIANCE : OUI ! une ATTITUDE : MILLE FOIS OUI !!! Mais, une DANSE : HUM !!!!!!

 

L’heure n’avait décidément pas encore sonné….

 

Au retour à Salon, nous n’étions plus les mêmes : nous venions d’entrer enfin dans cet univers country, effleuré depuis tant de temps…

 

La Country , c’est l’Amérique, et , moins d’un mois après les EQUIBLUES de St-Agrève, le 11 SEPTEMBRE est venu nous anéantir. Nous n’oublierons jamais cet après-midi là, avec l’annonce à la radio de la 1ère attaque aérienne à NY, dans une boutique d’objets  de marine du Vieux-Port, à Marseille, puis, un instant après, la vue en direct du 2ème avion-bombe dans les Twin Towers, pétrifiés devant le poste télé de l’Irish bar, toujours au Vieux Port, en compagnie des jeunes patrons, en état de choc. Et ce fut l’effondrement de la 1ère, puis de la 2ème Tour….Combien de temps sommes-nous restés là ? Les patrons nous ont offert une bière, en silence, comme dans une veillée funèbre.. Une fois sortis, nous nous sommes engouffrés dans la voiture et avons filé vers Salon , muets. Seule, la radio de bord disait l’indicible : les Tours effondrées sur leurs occupants, les centaines de pompiers new-yorkais pris au piège, et puis le Pentagone , à Washington, et puis cet avion, écrasé dans la campagne, après une lutte héroïque des passagers….et puis, et puis…..Deux jours entiers pendus aux postes, TV, radios…Pourquoi raconter tout cela, archi-connu, dans ces souvenirs anecdotiques sur mon itinéraire Country ? PARCE QUE, A PARTIR DE CE JOUR LA, NOUS NOUS SOMMES SENTIS « AMERICAINS » .CORPS ET AMES  (1).

 

Et, comme par hasard, les choses s’accélérèrent : un élu local, amateur de musique US, et sachant nos goûts, nous apprit qu’une soirée de danse Country allait avoir lieu à Vitrolles , organisée par une association «  Nord & Sud ». Hélas, ce jour-là nous n’étions pas disponibles… «  It’s a long way to.. .»

 

Quelque temps après, je pris contact par téléphone, et j’appris qu’il se donnait des cours, notamment pour débutants dans la région, à Vitrolles, salle du Roucas.    Dès le premier contact, abordé, cela va sans dire, avec la plus grande appréhension, il y eut un fort courant de sympathie. Avec le couple de dirigeants, qui nous parut très vieux (mais en réalité, bien plus jeune que moi !), à raison de nos liens respectifs avec la personne qui nous avait recommandés, mais aussi avec les 2 profs, surtout la blonde et radieuse S***, dont l’accueil chaleureux, et sans la moindre « hauteur » fut le déclencheur décisif de notre entrée dans ce monde. Rien à voir avec l’ambiance en porte-à-faux des stages de St-Agrève !

 

Pour sourire : le climat fut donc d’emblée euphorique. Et , dès ce 1er soir, abordé par un « cow-boy » aux airs de « dur », grosse moustache et cheveux tombant comme un gitan, sous son chapeau blanc, qui me demanda sur le ton de l’interrogatoire si on avait déjà eu un contact avec la danse country, je répondis du tac au tac : « bien sûr ! ». Et quoi ? insista le « gitan cow-boy ». Je lâchais sur un ton négligent : «  Cheyenne, Tush Push, Texas Waltz » !!! Je dois dire qu’il en était resté médusé ! Et moi qui n’avais pas retenu le moindre pas de ces danses ! En réalité, je venais inconsciemment de prendre ma revanche sur ma déroute au stage d’ août à St-Agrève… Au « détriment » de…J-L*** !!!! En fait, cette réponse, une fois la surprise passée, avait dû lui plaire…

 

Tout se mettait en place de plus en vite : Alain et Sabine nous invitèrent à passer le réveillon du Nouvel An avec eux chez Sabine, à Paris,  en présence d’un autre couple de spécialistes de la country (elle, prof de line danse ; lui, musicien). Ce fut un réveillon MEMORABLE : le petit appart de Sabine est un Musée, murs recouverts d’affiches, de posters, de… chapeaux ( oui, cela m’a inspiré, même si moi j’ai ensuite « mis le paquet » !) Ce fut une nuit 100% COUNTRY ….

 

Et puis, Et puis, le plus beau « cadeau » de Premier de l’An : Alain et Sabine nous proposèrent de les accompagner …EN AMERIQUE pour le mois de MAI suivant (2002), direction BRANSON – Missouri – et NASHVILLE, via MEMPHIS !!! Alors, qu’importe si, au cours de cette nuit inoubliable, on ne fit qu’esquisser maladroitement quelques pas, malgré les encouragements « méthode Coué » d’Alain ( « c’est facile ! c’est facile ! fais comme nous !... ).

 

JANVIER 2002, Les cours commencèrent à  Vitrolles…

 

Mais, bien qu’ayant laissé les rênes de la présidence nationale du Cercle algérianiste à un successeur, j’avais encore de lourdes occupations au cercle, entre autres, un certain nombre de conférences programmées en divers endroits de France.. D’autre part, nous étions amenés à nous absenter assez souvent de Salon, pour des séjours relativement conséquents. Autre facteur négatif : les cours de danse avaient alors lieu le vendredi ; or, les conférences au cercle sont surtout programmées en fin de semaine : vendredi ou samedi, provoquant mon absence pour tout un W.E. par conférence donnée ….    

 

Ainsi, au cours de ce 1er trimestre, capital, entre une occupation et une autre, j’en arrivais à manquer 3 semaines de suite… Terrible handicap, alors même que je peinais quelque peu (notamment, une quasi impossibilité de tourner sur moi-même, de faire des crochets avec le talon, etc.. En plus, à chaque leçon, la dernière ½ heure, au moins, s’effectuait dans un complet «brouillard », par épuisement physique et nerveux… J’étais parfois en proie au plus total découragement, et je dois dire que si j’ai persévéré, c’est grâce à S*** .Et aussi à son mari, A*** .

 

Seule danse bien maîtrisée à l’époque :…Le CHEYENNE …. Comme quoi !

Mais, le cheyenne appris, à savoir sur un rythme très lent ( et sans doute, ceci explique cela !). Parmi les danses qui me rebutaient : la CUCARATCHA ! Pourquoi ? A cause du déhanchement du début !!! Ah, comme on peut changer !!! Et je préférais bien sûr les chorégraphies proches de l’esprit western, telles celles du COW BOY STRUT,et du TEXAS STOMP..

 

 

TEMPETE D’AVRIL A AIX….

 

Alors que le « Voyage » approche, en avril se situe un incident révélateur :

 Bikers à Luckenbach copie

Avec R***, un ami algérois, qui est « country » par la musique, et d’esprit western, mais surtout « relax », on a l’idée d’inviter Alain pour entendre sa fameuse conférence , dont on a entendu parler dans la Revue CMA. On invite donc Alain et Sabine , mais dans le cadre d’une association Pied-noire dirigée par cet ami, et que j’anime aussi par mes conférences historiques. Je suis perplexe sur le succès de cette initiative auprès des membres, qui portent certes Alain aux nues, mais dans un domaine tout autre que celui de la country : c’est le journaliste « engagé » comme on dit aujourd’hui (mais seulement pour l’autre côté de l’échiquier), ardent et talentueux défenseur de notre cause  qu’ils connaissent, et en général, les américains, ils n’aiment pas trop, depuis qu’un certain sénateur J-F Kennedy, aida naguère le camp des fellouzes…. En plus, je vois mal l’organisation de cette soirée à la maison des rapatriés d’Aix, lieu habituel de nos rencontres…

 

Il faut donc partir sur l’idée de la faire dans un  restaurant ami, dans la campagne aixoise, dont le président est un client assidu…Ingénument, je parle du projet à S***, pour voir si on peut en parler aux danseurs, et si cette soirée l’intéresse elle-même, pour y venir avec son mari. Car, il serait prévu de dîner, et de danser country, après la double conférence (Alain, pour l’histoire de la musique ; Sabine, pour l’histoire de la danse)..R*** m’assure de son côté de l’accord total du jeune patron du resto, d’ailleurs fils d’amis pieds-noirs membres actifs de l’ association…

 

Mais, S*** réserva un accueil plus que réservé à cette idée, et se retrancha derrière la nécessité de demander l’autorisation… de J-L***, ce qui me surprit (et me déplut) car je ne lui avais parlé de cette soirée qu’à titre personnel, pour un dîner au restaurant entre couples amis, la conférence étant au demeurant gratuite. RV fut finalement convenu chez elle, où l’on alla R*** et moi, reçus par S*** et son mari, pour y rencontrer J-L*** , qui vint avec sa femme.

 

Cette rencontre fut un total échec. R*** en sortit furieux, éprouvant une antipathie marquée envers ce J-L***, jugé matamore, bravache, et brusque sur les bords, notamment avec sa femme. En plus, son intention intéressée était manifeste. Quant à moi, j’étais déçu, préoccupé, et mal à l’aise face à l’emprise évidente de J-L*** sur Solange, le mari restant en retrait. Je n’avais pas plus apprécié J***… Et j’estimais – j’estime toujours – inadmissible que le fait pour S*** de donner des cours de danse country (cours non officiels , d’ailleurs, non réglementés) lui interdise de sortir à titre privé et perso avec des amis, au prétexte qu’au cours de la soirée, on pourrait danser country…Il y a là une intolérable pression sur la vie privée des gens, qui malheureusement ne semblait pas poser de problème à l’intéressée…

 

Cette soirée partait mal : le comportement du restaurateur aggrava les choses : ou plutôt celui de sa jeune femme, qui, au cours d’une visite préparatoire, nous signifia que seuls seraient passés les CD de danse qu’elle possédait, que la conférence ne devrait pas durer plus de 30 à 40 minutes, etc, etc… le tout en fonction de sa clientèle habituelle du samedi  soir, dont notre groupe ne serait qu’une partie minoritaire…. Décidément, nous les initiateurs de la soirée, nous n’étions plus les maîtres du jeu ! Je dis mon pessimisme à R***, lui suggérant d’annuler ou de revoir complètement la copie.. Mais il resta optimiste, arguant de la sympathie que lui inspiraient le lieu et ses propriétaires, et faisant état de leur goût « pour les soirées à thème, en costumes »...

 

Ainsi partie, la soirée « promettait ». Elle tint ses promesses : elle fut détestable.

Et comme je finis par « péter les plombs », ce fut un naufrage.

 

Tout d’abord, la jeune patronne, sans nous prévenir, avait décidé que la conférence de nos amis  n’aurait pas lieu dans les locaux fermés, mais à l’extérieur, sous une bâche pouvant abriter une vingtaine de personnes. Je ne fus pas surpris : l’esprit country et elle n’étaient pas passés  par la même porte…Or, ce soir-là de début avril, le mistral soufflait en force…Dans ces conditions pénibles – on grelottait -, l’intervention d’Alain fut écourtée, et celle de Sabine réduite à 3 fois rien…Il eurent la gentillesse de ne pas nous faire de remarque, remarquant ma contrariété (R*** étant bien entendu plus « cool ») .

 

Le dîner suivit, après un apéro où la margarita vint tenter de nous réchauffer… On passa à la musique. Contrairement à ce que le patron nous avait dit, personne , parmi les convives extérieurs à notre groupe , n’avait le moindre signe vestimentaire « country ».Seul le patron arborait un vague chapeau « australien ». Alain et Sabine commencèrent à danser. Fort bien. Mais, sur un pas qu’ils venaient de nous montrer, à J et à moi, et que bien sûr je n’avais pas retenu, ils nous firent venir à leurs côtés, J et moi. Au bout de 2 séries, j’étais dans la panade…Aux tables voisines, d’où l’on nous regardait avec des airs goguenards, il y eut quelques exclamations ironiques…Je commençais à bouillir…De retour à notre table, la mère du patron me fit, certes  sans mauvaise intention, une réflexion assez maladroite, et pour tout dire , désagréable sur la danse (elle ne connaît strictement RIEN à la line dance),fort désobligeante pour moi. Et R*** lui-même,  élève non assidu et pas trop motivé par la line dance, plaisanta à son tour sans la moindre retenue…La colère montait en moi comme une lave, et j’étais au bord de la rupture.

 

Tout explosa lorsqu’Alain voulut me faire danser sur un air très rapide et rythmé, en me disant que c’était un cheyenne…Moi, alors, ne connaissant du cheyenne que l’air très lent sur lequel on dansait au Roucas, je crus à une astuce pour me faire aller sur la piste, quitte à me laisser perdre encore plus la face….(alors que c’était bel et bien un cheyenne, mais sur un rythme saccadé, ce que je ne découvris que bien plus tard..) : « j’explosais » soudain en public, y compris contre Alain, contre Josette, contre R***, contre la mère du patron, contre celui-ci et sa garce de femme, contre ces minables de convives parasites…et je sortis du restaurant en plein  milieu du repas en claquant violemment la porte, et allais me réfugier le long d’une haie , dans le froid de cette nuit d’avril venteuse….CE FUT CAUCHEMARDESQUE !

 

Josette, outragée, ne vint me chercher que près d’une heure plus tard, en sortant du resto avec les autres : R*** et sa femme échangèrent quelques mots acides avec moi à propos de mon attitude. Alain et Sabine, eux,  eurent la bonne grâce de ne rien me dire. Mais, j’appris au passage, qu’en quelque sorte j’avais moi-même évité le pire, car la soirée, après mon départ, n’avait pas tardé à « foirer » complètement. D’abord, mis à part 2 couples de convives « extérieurs » qui dansèrent un peu, en caricaturant d’ailleurs les attitudes country, la patronne décréta que la country «  ça suffisait comme çà », et passa des musiques…style hip-hop, rap, etc, qui finirent…en danse du ventre sur des rythmes orientaux !!! C’est alors que  ce qui restait de notre groupe sortit de salle.

 

POUR  UN DESASTRE CE FUT UN DESASTRE !!!!

 

A la suite de cette lamentable soirée  je compris la circonspection de J-L*** pour les soirées programmées dans un restaurant pratiquant des soirées « à thème », genre racoleur, histoire de faire du fric, et bien entendu éloignés de l’esprit country dont, lui, était incontestablement imprégné, comme on le constaterait plus tard…Dans des soirées de ce type, il est indispensable d’être maître du jeu.

 

Vis-à-vis d’Alain et Sabine, qui logeaient à la maison, et pour qui cette soirée se soldait négativement, je m’excusais de ma crise de colère par le biais de l’écriture, dans la nuit, du texte d’une ballade : « Le Blues du honky tonk », que je leur lus le lendemain matin au petit déjeuner. Alain me gratifia d’un : « voilà une réaction de countryman.. » qui signifiait que l’incident était effacé. Heureusement, car moins de 3 semaines après, nous partions ensemble pour L’AMERIQUE !!!! ( Et ce voyage entra de suite dans la Légende.) 

 

Avec le recul, au-delà du mauvais souvenir, un certain nombre d’enseignements   précieux peuvent être tirés de cette aventure ». En outre, et ce n’est pas la moindre conclusion, ce fut une étape involontaire mais importante dans mon entrée en profondeur dans l’univers de la Country.

 

(1) c’est, si j’ose dire, « ma part d’Amérique ». Je reste conscient qu’il y a à côté, et même contre cette Amérique-là, une « autre Amérique » dont je sais les dangers et les méfaits.

 

 

 

                                                                           Le manuscrit, à l’évidence inachevé, s’arrête là. Il dut être entrepris vers 2006, en vue de retracer tout un itinéraire qui était alors sur le point de parvenir à son terme pour la danse, après avoir connu un embrasement inouï entre 2002 et 2005, mais se poursuivant sur le plan musical, avec la fréquentation, ininterrompue depuis 2001, des Festivals de Country, en premier lieu les Equiblues de St-Agrève, et l’incomparable festival de Craponne s/Arzon.   Peut-être, un jour, je lui donnerai une suite, car ce fut une Belle histoire…         

Partager cet article
Repost0
21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 19:16

 P1090473

En bonne place, non loin d’une statuette de Notre-Dame d’Afrique en métal argenté, les 2 livres d’Augustin Ibazizen : «  Le Pont de Bereq’ Mouch «  et «  Le Testament d’un Berbère » qui s’élèvent comme deux flammes de cierges. Et des ouvrages de Gustave Thibon, qui brûlent comme la flamme d’un cierge. Et puis, ramenés Le père de Foucauldde Là-bas dans les caisses de l’Exode, 8 gros tomes de « l’Histoire de l’Eglise », dans la collection «  Fliche & Martin », tous acquis à la librairie d’occasion « L’étoile d’or », en haut de la rue Michelet.

 

Et bien sûr, nombre d’ouvrages sur le Cardinal Lavigerie et sur le Père de Foucauld, sans omettre le grand Saint-Augustin.

 

Avec le début des années 80, entrée en force sur mes rayons, de l’univers bénédictin. Pas moins de 6 éditions différentes de la « Règle de Saint-Benoît », dont l’une en 3 volumes , et de multiples «  Vie de Saint Benoît » et autres Commentaires de la plus célèbre des Règles monastiques.

 

Enfin, une montagne d’ouvrages d’apologétique, de spiritualité, surtout monastique. Des ouvrages de chant grégorien, des Psautiers…La liste est interminable…Et elle s’enrichit en permanence, à chacun de mes passages au Monastère du Barroux.

Dessin Eglise offert à parents

Tous ces livres, accolés à ceux de droit Romain, d’Histoire de l’Antiquité, qui me suivent depuis le temps de la Fac de droit d’Alger, constituent un « Bloc latin » impressionnant.

Ils sont le signe et le symbole de ma jeunesse algéroise se perpétuant clandestinement de l’autre côté de la mer, de l’autre côté de la vie.

Justement, Augustin Ibazizen  a cité dans son « Testament… » cette phrase de Jacques Maritain : « La Terre est jonchée de Symboles et de Signes, de syllabes non encore intelligement assemblées, de fragments dispersés tombés des corbeilles de Dieu ».   

 

(ci-contre)
Dessin que j'ai réalisé et offert à mes parents en 1972, le jour où notre église St-Augustin d'Alger, a été remise par Duval à l'Etat algérien...

Partager cet article
Repost0
28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 19:39

On a déjà  beaucoup écrit sur ce 21 mai tragique, et même dramatique, qu’un Victor Hugo lui-même n’eût pas osé imaginer. Cet après-midi où, trois jours seulement après la bénédiction d’un départ de pèlerinage, le sang coula, éclaboussant l’autel du Sacrifice non sanglant, en une sorte de mécanisme inversé, fut de ceux  qui labourent l’esprit et y déposent la semence de mises en scène futures, pour la pièce, jamais terminée, de la condition humaine face au Destin.

 

 

Réprobations des offusqués, condamnations des procureurs, et, en face,acclamations des idolâtres, frémissements des fascinés, ont partagé le lit de l’information en continu avec les sarcasmes des médiocres et le rire baveux du Barbare. Il y eut peu, à ce jour, de vraies  recherches d’explication, mais il y en eut. Ne désespérons donc pas de la suite.

 

A l’heure où ces lignes sont écrites, je me sens dans l’incapacité d’émettre une appréciation qui participerait d’un jugement, non que je sois inerte devant cet évènement, mais au contraire parce que, en moi, et à moi seul, je suis un jury tout entier, plongé en de tumultueux et douloureux débats.

 

Ma contribution se limitera donc à rechercher quels liens me relient à Dominique Venner et me font être à ce point transpercé par son acte de mise à mort volontaire. Cela dit en toute pudeur et en totale liberté.

 

Ces liens sont ténus : deux livres de lui dans les rayonnages de ma bibliothèque, mais deux livres portant chacun une brève mais incisive dédicace. Le temps pour leur auteur de les écrire, après m’avoir entendu me présenter brièvement, comme il est de mise en pareil cas, consista chaque fois en une poignée de secondes, et marqua le seul contact qui nous rassembla. Cela se passa en 1994, puis en 1995.

 

Dix ans plus tard, ce fut à mon tour de lui adresser un ouvrage que je venais de publier, assorti d’une dédicace, à raison de ses compétences, exceptionnelles en France, en matière d’histoire de la Guerre dite de Sécession, conflit qui préfigura sur tous les plans les grandes et suicidaires guerres civiles européennes du XX° siècle. J’avais vu, en travaillant à mon  «  Pieds-Noirs et Cous-Rouges », à quel point son analyse des causes profondes, enfouies sous une masse de désinformation, de cette guerre glorieuse et abominable, était juste. 

 

Justement, un de ses deux livres dédicacés était : «Gettysburg », bataille décisive perdue par le Sud. La parution de cet ouvrage était destinée à combler – partiellement – le manque cruel de ce qui, à mes yeux du moins, restera le chef d’œuvre de D. Venner : « Le blanc soleil des vaincus », carrément introuvable. ( J’ai néanmoins pu le lire, prêté par un ami, et je dois avouer que jamais restitution d’un objet à son propriétaire ne m’avait autant coûté!).   

Mais, ce n’est pas sur cet ouvrage qu’aujourd’hui, avec ce qui vient d’arriver, je porterai mon regard, mais sur l’autre ouvrage, qui le précédait d’une année : «Cœur rebelle ». Ah, le beau, l’éloquent, le lumineux titre que voilà, dans sa concision toute spartiate !  

 

J’en ai fait une relecture, au lendemain de l’annonce de la nouvelle. Et je me suis aperçu que je n’en avais eu à l’époque qu’une approche partielle, centrée sur la seule relation des liens de l’auteur avec l’Algérie souffrante. J’ai ainsi découvert, abasourdi, que tout ce qui venait de se passer y était inscrit, préfiguré, rationalisé avec méthode par l’intelligence et animé d’une flamme dévorante par un cœur en combustion.

 

Dans ce livre de souvenirs qui est en même temps une profession de foi, quasiment un « Manifeste », ce qui frappe le plus, revenant de façon lancinante, parfois surprenante dans sa diversité  d’approches, c’est le rapport à la Mort. Je mets ce « M » en majuscule parce que, chez Venner, la mort est l’instant-clé de la Vie, son apothéose, ou, pour parler comme au théâtre, son « grand Final ». Parce que, chez cet athée, la mort, qui pour moi, Chrétien, est un passage, est un terme, une fin.  

Et ce «  Final » il convient de ne pas le rater.

 

Il y a à cet égard un passage qui m’a particulièrement frappé, car pris dans un contexte n’ayant strictement rien à voir avec l’Histoire, a fortiori , avec la politique : il s’agit du thème de la chasse, dont Dominique Venner était un grand adepte :

 

« Au cours d’un affût en Ecosse, à la tombée de la nuit, je me tenais immobile…La sensation fugitive d’un froissement dans les fourrés avait suggéré une présence. Quelques instants après, la silhouette gracile d’un brocard aux bois bien apparents se détacha en gris sur l’obscurité du taillis. Sa bouche gourmande se leva pour cueillir de jeunes pousses au-dessus de lui. La mort le surprit dans cette occupation agréable. Je n’en souhaiterais pas d’autre depuis qu’on ne meurt plus en dolman de hussard, les matins de charge, dans la fumée de la mousqueterie et le roulement des tambours… ».

 

 ( A noter dans ce dernier descriptif une couleur littéraire évoquant le Raspail de la dynastie des Pikkendorff…et la parenté avec les insolentes cavalcades des Sartoris, dans le roman éponyme de Faulkner. En parlant des Pikkendorff, Jean Raspail leur a donné pour devise : «  je suis mes propres pas ». Et D. Venner écrit : « Tout homme qui entreprend de se donner une forme intérieure suivant sa propre norme, est un créateur de monde, un veilleur solitaire posté aux frontières de l’espérance et du temps »).

 

Mais, une autre appréciation, portée sur la disparition de Thierry Maulnier, pour qui D. Venner éprouvait respect et admiration, prend aujourd’hui une singulière résonance :

 

«  La mort de Thierry Maulnier, survenue le 9 janvier 1988, à l’âge de soixante-dix-huit ans, était dans l’ordre des choses. Il l’accepta, j’imagine, avec la sérénité du stoïcien qui n’attend rien d’un autre monde ».

 

Simple coïncidence d’âges ? On peut se poser la question…

 

« Finir en beauté n’est pas donné à tous. Pourtant réussir sa mort est bien l’un des actes les plus importants de la vie ».   

 

Parlant du suicide de François de Grossouvre, dont il était très proche :

 

« Seule une mort volontaire pouvait, à ses propres yeux, le laver de ce qu’il ressentait comme une souillure insupportable. Ce message d’ultime dignité, signé en lettres de sang, l’a placé en un lieu où aucune des bassesses qui le révoltaient ne pouvaient désormais l’atteindre ».

 

Dominique Venner, néo-stoïcien ? Certes, mais sa personnalité est plus complexe qu’il n’en paraît. Ainsi, cite-t-il  Jünger :

 

« Dans les situations extrêmes, l’homme se résume au cœur qu’il porte en lui. Parce qu’il s’établit au-dessus des jeux de l’intelligence, l’impératif du cœur prime alors celui de la raison ».

 

Une autre approche donne également à réfléchir : parlant de lui dans son adolescence, mais ne reste-t-on pas « enfant » dans les couches les plus profondes de notre personnalité ? Dominique Venner écrit :

 

« Mes choix profonds n’étaient pas d’ordre intellectuel mais esthétique ». 

 

L’Esthétique peut être présente dans la mort volontaire…N’est-elle pas la parure de gala de l’Homme debout, en dehors des lois ? :

 

« Mourir en soldat, avec la loi pour soi, exige moins d’imagination et d’audace morale que de mourir en rebelle solitaire, dans une opération suicide, sans autre justification intime que l’orgueilleuse certitude qu’on est le seul à pouvoir accomplir ce qui doit être fait ».

 

La liste des citations à tirer de ce «  CŒUR REBELLE «  pourrait être encore longue, mais il me faut abréger. Je terminerai toutefois par deux extraits qui me font irrésistiblement penser à deux de nos illustres compatriotes d’Algérie :

 

« La plupart de ceux qui se sont révoltés, toutes catégories sociales confondues, hommes et femmes, avaient en commun, un attachement quasi liturgique au contenu de l’ordre militaire. Non pour l’armée de leur temps qui, à bien des égards, était peu défendable, mais pour ce que l’esprit et la formation authentiquement militaires apportent d’unique et d’irremplaçable au sein de la société civile : austérité, abnégation, maîtrise des sentiments, soumission au devoir… »

 

On croirait lire Jean Brune !!!

 

Et puis, évoquant le terrible assassinat de Michel Leroy et René Villard, une page noire de la résistance française en Algérie, et parlant plus précisément de la mort de son ami Leroy, Dominique Venner écrit :

 

« Être tué par les siens dans les déchirements de la guerre  civile, on ne peut imaginer mort plus tragique. Il l’affronta, je le sais, sans peur, sans prière ni espoir. De ce drame sanglant, il est bien le seul à être sorti grandi »

 

 Affronter la mort  «  Sans peur, sans prière ni espoir ». Ne pense-t-on pas immanquablement à Albert Camus ?

 

 

Voilà, sommairement évoquées, quelques réflexions suscitées exclusivement par les graves interrogations soulevées par ce geste fondamentalement «  hors norme ».  Faut-il rappeler que chercher à comprendre n’est pas obligatoirement approuver, et encore moins, citer en exemple ?

 

Dans de telles circonstances exceptionnelles, le respect pour une personne entraîne vers la compassion, en humaine solidarité, et débouche, lorsqu’on est Croyant, sur la Prière.  

Venner                         
    

D.VENNER

                        R.I.P.

Partager cet article
Repost0
28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 19:36

Le dimanche 9 juin, je serai à Paris, à la Fête du Livre de radio-Courtoisie, où je signerai mon " Homme de Malte ".

 

 

Le blog Maltalger communique :

" Pierre Dimech sera reçu le mardi 1er octobre à l'Université de Malte, pour intervenir durant un cours suivi par les étudiants du département de Français de la Faculté des Lettres, sur le thème des " Auteurs français d'origine maltaise ", centré sur Laurent Ropa. Pierre Dimech y exposera son propre itinéraire, ainsi que la genèse et la trame de son livre " l'homme de Malte" ( 1 ) .
  
A l'issue de cette intervention, Pierre Dimech rencontrera le responsable universitaire des traductions du maltais en français et vice-versa, en vue d'une éventuelle traduction en maltais de "l'homme de Malte".
 
Pour illustrer cet évènement, sont jointes quelques photos de famille d'origine maltaise ayant vécu en Algérie.
 
               
                                                                                                                    Maltalger
(1)  et le blog "maltalger" ne sera pas omis !

Quelques photos de la famille Maltaise de Pierre Dimech

002007Famille NEW

Le Capucin: Père Angelo Dimech, frère de Joseph.

Trois promeneuses
3 promeneuses entre rue Michelet et Grande Poste
: ma marraine, entourée de ma grand-mère Pisani
et de ma mère.
famille
                         Mes grands-parents Dimech (Joseph et Rose) avec leurs 6 premiers enfants

Médaillon
                                                          
Un médaillon émaillé, datant de 1924 : y figurent les 3 enfants Dimech ( Marie-Antoinette; Carmen; Jean-Noël ) et leur père, Joseph, décédés. j'ai toujours vu ce médaillon sur notre piano, rue Rovigo, à Alger. Et aujourd'hui, je l'ai chez moi, sur le piano qui a remplacé l'autre...

BarNégoc1

                          Alger, rue d'Isly: le Bar des négociants, avec mes grands-parents Pisani et leurs 2 enfants

Ar-Gd-Pa A. Spiteri
 Arrière grands-parents Spiteri
(photo aimablement communiquée par André Spiteri. Ses arrière grands-parents, Joseph Spiteri et Vicente Formosa, sont ici photographiés à Alger en 1885. Ils s'étaient mariés à Alger, paroisse St-Philippe, le 19/02/1838)

Zouave
                              
Mon grand-père Paul Pisani, en  zouave, peu avant la guerre de 14.
Cécile Pisani
                                                                    Cécile Pisani : sœur de Paul Pisani. Musicienne

23 Mai 1946
                              23 mai 1946, jour de ma communion solennelle. Avec mes grands-parents Pisani

Carmen Dimech

Carmen Dimech: fille de Joseph Dimech, 6° des 10 enfants
Teresa Dimech

Teresa Dimech, sœur de Joseph, religieuse enseignante. N'a jamais quitté Malte.
008
                        Mes grands-parents Dimech: Joseph et Rose, née Vella
Famille 0002 NEW

Michel, fils de mon grand-père Joseph et  2° des 10 enfants Dimech

anciennes019 - Copie

          Georges Dimech, fils de Joseph, 4°des 10 enfants

 

Partager cet article
Repost0
14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 17:27
 


Un soixantième Anniversaire, qui remonte du fond de la mer…

 

Ceci se passa les dimanche et lundi de Pentecôte – les 24 et 25 mai 1953.  Noces de diamant de la Mémoire, théâtre d’ombres sous un soleil englouti, surimpression d’images joyeuses et de tombes ouvertes, de clapotis de vagues au bas d’une colline enchantée et de cris d’horreur de survivants aux chairs déchiquetées, après le sourd éclat de mort qui avait déchiré l’air printanier.  La scène qui va être contée ici se déroula en effet à deux pas d’un certain  « Casino de la Corniche », 4 ans avant l’horreur. Pourquoi cette référence ? Parce que les victimes de la bombe posée sous l’estrade de l’orchestre de Lucky Starway, au casino  de la corniche, furent enterrées le 11 juin 1957, qui  était le mardi de Pentecôte. Je me souviens, je passais ce jour-là l’écrit de mon examen de licence en droit, à l’Université d’Alger.

 Nouvelles 0001 NEW

                                                                           Le Casino de la Corniche, vu de la Vigie

 

 

Mais, en 1953, nous vivons sans le savoir notre dernière pleine année de bonheur, un peu insouciants il est vrai, ce qui nous coûtera cher plus tard. Mais on ne refait pas l’Histoire…Et, ne nous étendons pas sur ce Prologue, que je terminerai, comme dans celui du douloureux et violent «  Paillasse «  ( I Pagliacci,  en VO… ) de Ruggero Leoncavallo, en proclamant le rituel :  «  Place au théâtre » de la version française . 

  C’est une famille algéroise, ancrée dans le mental insulaire du sud méditerranéen, quoiqu’elle en dise, et même qu’elle en pense, tant elle se sent « française ». Une famille, qui est aussi devenue une fratrie, par le nombre de frères et sœurs, après le décès prématuré des parents.

  Une de ces brouilles stupides qui durent d’autant plus qu’on n’en sait plus la raison, avait séparé depuis trop longtemps certains membres de cette fratrie. Cela avait causé une grande peine au plus jeune du groupe, qui avait entrepris de « rabibocher » les uns et les autres…sans toutefois révéler ses sentiments au principal des  « belligérants », au rude tempérament. Ceci expliquant cela. Il avait trouvé un stratagème qui lui avait paru imparable, même si ceux qui étaient au courant lui en avaient dit les gros risques.

 

Alors, cet évènement, dont vous prétendez nous présenter le soixantième anniversaire, il vient, oui ou non ? Vous n’allez pas tenter de nous faire entrer dans le labyrinthe faulknerien de l’histoire des Snopes ?

 

Vous avez raison, mille fois raison !

img460 - CopieAussi, après avoir seulement ajouté que le stratagème en question était l’organisation d’une grande réunion de famille, regroupant le ban et l’arrière-ban de la fratrie, autour d’un grand repas en « terrain neutre », à savoir chez un ami intime des  hommes de la famille, respecté de tous   ( patatras, je ne peux résister à la tentation de  vous dire comment frères et sœurs et leurs conjoints l’appelaient : « le Parrain » !!!

 

Aïe, qu’ai-je dévoilé là ! Vous allez vous exclamer en me disant :  C’est du propre, on sort du monde ténébreux de William Faulkner nous décrivant la famille des Snopes, pour tomber dans l’univers glauque de la mafia sicilienne !!! décidément, vous êtes marqué par une certaine Amérique !!! ) , étant précisé que ce repas serait précédé d’une Messe familiale dans une chapelle voisine édifiée sur un terrain qui avait appartenu à la famille et offert à l’Eglise, je terminerai ma présentation en disant que ceux qui craignaient un clash de la part de l’aîné irascible avaient eu raison et tort : raison parce qu’il s’était produit…à la sortie de la messe ( ! ), et tort, parce que, une fois l’aîné parti, la fête avait bel et bien eu lieu, occasionnant une journée mémorable.

 

C’était le lundi de Pentecôte 1953.  Pourtant, pour 2 des participants, le fait déclencheur s’était produit dès la veille au soir, dimanche de Pentecôte, 24 mai...

 

En voici le récit fidèle, tel que le raconte un certain Rémi Skorba, qui m’a permis naguère de le consigner dans un livre intitulé «  D’une jetée l’autre » :Nouvelles NEW

 

«  La veille de cette messe de dupes, une rencontre préparatoire avait eu lieu, à laquelle il avait assisté avec ses parents et ceux de sa famille qui organisaient la journée. Après un bref crépuscule, accompagné de tous les parfums des jardins alentour, figuiers, jasmins, menthe sauvage, la lune avait surgi de la mer, découpant le contour des lourdes collines couvertes de maquis. D’un poste combiné radio-disques s’étaient alors élevées les lents et solennels arpèges de la Sonate au Clair de Lune , de Beethoven. Dans l’encadrement lumineux d’une porte donnant sur la pièce d’où s’échappait la musique, s’était soudain détachée la silhouette d’une adolescente tout juste sortie de l’enfance. Un rayon de lune accrocha le blanc immaculé de sa petite robe de toile printanière, et posa un reflet bleuté sur le blond de ses cheveux en cascade de boucles ….
RockingChair - Copie

                                         Jours tranquilles à la Vigie, entre Deux-Moulins et Pointe-Pescade

 

 

Sur la terrasse de la grande villa, les conversations se poursuivaient à voix basse, comme une sourde rumeur. Rémi était resté pétrifié devant l’apparition…Il n’avait guère prêté attention, les années précédentes, au cours de deux ou trois rencontres familiales, à une enfant joufflue, aux nattes blondes nouées sur le sommet du crâne, prénommée Francette, gentille et timide petite sauvageonne. Une fée était-elle passée par là ? Mais la fée, n’était-ce pas elle ?

 

Ce soir-là, dans la voiture de ses parents, Rémi était resté plongé dans un profond silence, mais, tout au long de la route en corniche qui ramenait vers la ville, il avait gardé la vision merveilleuse, qui semblait se déplacer sur la mer parallèlement à la 203 beige, tandis que résonnait la sonate, montant elle-même du plus profond de l’onde … »

 l

                                      La côte, des Deux-Moulins à La Vigie

 

…Le lendemain, c’est après la messe qu’avait eu lieu le fameux repas..Le vin généreux  des vignes du pays, les grillades, le gigot traditionnel, avaient englouti les restes de contrariété…Pour Rémi, l’embrasement solaire avait porté à son paroxysme le rêve surgi des promesses lunaires de la nuit précédente. Tout était devenu flou autour de lui, parce qu’il ne voyait plus qu’elle…

Des fanfares montaient de la mer en fusion, auxquelles répondaient le crissement fou des cigales et le bruissement continuel des insectes dans la végétation exubérante. Rémi était plongé dans un univers transfiguré, comme surgi d’une galaxie de soleils… »   
      

 

 

   A la mémoire des  18 personnes de la Famille qui participèrent à ce repas "historique"
                                                 et qui ne sont plus de ce monde

 

 

 

Partager cet article
Repost0
7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 14:15

 

220px-070 Tbilissi Place de la liberté La statue de saint

Par Saint-Georges !

 

En ce jour où la Tradition, n’ayant que faire des « mises au placard du calendrier » post-      conciliaires, continue à célébrer la Saint Georges, saint protecteur des Cavaliers, toujours en honneur aux Armées, un concert exceptionnel a été donné en la cathédrale Saint-Louis des Invalides.

 

 

 

800px-Paris - Cathédrale Saint Louis des Invalides - 101

 

Consacrée à un récital lyrique à base d’extraits d’opéras français et italiens, cette soirée a débuté, à la surprise des non-avertis, par l’exécution de notre guerrière  « Marseillaise », suivie – et je pense qu’il s’est agi là d’une « première » - par un chant d’allure religieuse, que l’assistance, à l’instar de ce qui venait de se passer pour notre hymne national, écouta debout : et pour cause, c’était l’hymne national de Malte qui résonnait sous les augustes voutes de Saint-Louis !

 

Certes, c’était un artiste maltais que la foule qui se pressait dans le vaste édifice était venue entendre – on peut même dire sans grand risque de se tromper que le  ténor Joseph Calleja est le maltais le plus connu au monde ! – mais, de là à nous faire entendre les 2 hymnes nationaux, joués par l’orchestre de la Garde républicaine et chantés par Joseph Calleja !!!...

JMuscat

Eh bien là était la surprise : au 1er rang de l’assistance, accueillis notamment par l’Ambassadeur de Malte à Paris, se trouvaient le Premier Ministre de Malte, récemment élu, Joseph Muscat, entouré de plusieurs de ses ministres !!!

  Et ma pensée s’envola alors vers Malte, plus précisément vers Gozo, au cœur de la capitale de l’île-sœur, à qui on a donné le nom de « Victoria » en 1897, mais que ses habitants appellent Rabat. La grande paroisse de Rabat s’étend autour de sa superbe église-basilique Saint Georges, saint Patron de Gozo…Là, à mon sens, se trouve l’âme

Profonde de l’île, plus encore que dans la cathédrale qui est perchée en haut de la citadelle qui domine Rabat-Victoria.  

   Josph Muscat


 

OPERA : l’éternel Retour

 

Depuis combien d’années ne m’étais-je pas retrouvé ainsi, recroquevillé sur mon siège par l’émotion haletante, retenant ma respiration, guettant les premiers sons d’une voix vivante, et non sortie d’un appareil ? Cela ne remontait-il pas à l’ultime récital donné salle Pleyel, par Mario del Monaco, un certain 29 septembre 1973 ? Vertige….(  Etrange, ce flot d’ évènements autour de moi, entre septembre et décembre 1973 ! le dernier concert à Paris de Mario del Monaco, mon idole, qui prendra sa retraite aussitôt après ; la disparition de Jean Brune à Nouméa, qui va me laisser anéanti; la première réunion du cercle algérianiste à Paris, début d’une longue marche jusqu’à aujourd’hui ; puis, en novembre-décembre : ma soutenance de thèse de Droit, à Paris, sur le thème de Malte, suivie du décès de mon oncle Georges Dimech, en Provence, mon seul lien vivant avec Malte ) …

 

CIMG1258

                                              Pendant le concert: " standing ovation" pour Joseph Calleja

 

 En plus, avec ce concert aux Invalides, Joseph Calleja venait prendre la suite de quelques ténors, stars internationales, qu’il m’avait été donné le bonheur indicible de voir et d’entendre sur scène :  Giuseppe di Stefano, dans «  Faust » à l’Opéra de Paris, le  mercredi 8 septembre 1954, lors de ma découverte de la Capitale, pour une semaine de vacances !  Et, toujours à Paris,  après l’Algérie,  Franco Corelli  dans « Don Carlo », en 1964, Luciano Pavarotti,  dans « la Bohème », en1974, et, de nombreuses fois, Placido Domingo…sans omettre bien sûr John Vickers, dans « Parsifal » en 1976, et dans « Otello », en 1977…Enfin, à la Scala de Milan, Carlo Bergonzi , en 1965, dans «  Aïda »  …Et, pour revenir à Mario del Monaco, je l’avais entendu une première fois, le 21 juin 1963, en concert au Théâtre des Champs Elysées ...  

 

Que de souvenirs ! il faudra que j’en parle, un jour, dans ce blog…Mais, je crois pouvoir dire d’ores et déjà que le monde magique de l’Opéra est LE SEUL domaine qui ne m’ait pas fait percevoir la France, et en particulier Paris, comme constituant une négation de mon Algérie, mais bien comme en en étant la continuation. En somme, d’un Opéra l’autre… 

 

CIMG1270 - Copie

Revenons au concert de Joseph Calleja : d’une stature impressionnante, servi en outre par une diction parfaite, sensible notamment à nos oreilles dans le répertoire français interprété ce soir-là : cavatine de Roméo, dans le « Roméo et Juliette » de Gounod ;  le célèbre « Pourquoi me réveiller ? », dans le « Werther » de Massenet ; et le sarcastique « Il était une fois … » dans « les Contes d’Hoffmann » d’ Offenbach,  Joseph Calleja bénéficie d’un registre vocal étendu et d’une grande égalité de timbre, alliant puissance et musicalité. Sa voix généreuse et totalement maîtrisée lui a permis de briller, outre dans les airs ci-dessus évoqués, dans une élégant Verdi, tiré du « Bal Masqué », et de soulever l’enthousiasme dans les deux airs de « La Tosca «  de Puccini, le deuxième ayant été bissé. Le public en redemandait encore, mais, très sage, notre ténor se limita à ce « bis ». Il avait aussi une autre raison à cela : son récital était fini, mais pas la soirée…


  Après le concert : Joseph Calleja. Un colosse !
 

Et Malte eut le dernier mot…

 

Les concerts donnés aux Invalides sont en général suivis d’une réception en l’honneur des Artistes qui viennent de se produire. En ce 23 avril 2013, non seulement il n’allait pas être dérogé à la règle, mais encore, cette réception allait prendre une dimension exceptionnelle, en raison de la présence du chef du gouvernement de Malte et de plusieurs de ses ministres, accompagnés de représentants de la société civile maltaise.

Les salons du Gouverneur des Invalides prirent alors une allure de Quai d’Orsay,  se trouvant d’ailleurs à portée de jets de …grenades lacrymogènes l’un de l’autre, image balistique toute d’actualité car, ce soir-là, durant la réception, se déroulait sur l’esplanade toute proche, et, encore plus près, le long du boulevard des Invalides, manifestants de « La Manif pour Tous » et autres « Veilleurs », face aux C.R.S. et autres policiers, dans un tintamarre indescriptible . Etrange fin de soirée donc, qui aurait pu avoir des résonances historiques : « - c’est une Fête ? - Non, Monsieur le Premier Ministre, c’est une Rébellion ! ».

 

CIMG1266 - CopieBousculades dehors. Bousculade dedans. Courses-Poursuites dehors. Courses aux présentations dedans. Je fus un des derniers à être présenté au Premier Ministre Joseph Muscat, grâce à un ancien ambassadeur de Malte à Paris, revenu de Malte pour la circonstance. Et aussi un des derniers à l’être à Joseph Calleja qui, manifestement épuisé, était sur le point de s’éclipser ; ce fut bref, mais intense. Entre faire signer un programme et être pris en photo avec la star, je choisis la seconde possibilité : je n’ai plus l’âge d’être un «  groupie », et j’ai celui où l’on cherche à laisser une trace dans les albums de souvenirs. 

 

 Au moment de partir, présenté à Joseph Muscat, 1er Ministre de Malte

 


En sortant, abasourdi, flottant entre deux mondes, je fis un rêve : qu’une voix se fasse soudain entendre, répercutée par mille amplis : demandant le silence et l’immobilité à tous, ceux de dedans et ceux de dehors, les invités, les manifestants et ceux chargés de les réprimer – ne me parlez surtout pas  de « forces de l’ordre », je vous répondrais : «  Quel ordre ? ».  Puis, la voix disant : » vous allez entendre l’Hymne de Malte par le plus célèbre artiste maltais. Il vous le chantera dans sa langue maternelle, mais  voici la traduction française  de ce texte, écrit il y a un siècle par un ecclésiastique maltais :

 

Sur cette douce terre / la mère qui nous a donné son nom,

Veille, Seigneur / Comme Tu l’as toujours fait.
Souviens-Toi / Que tu l’as vêtue de la plus douce lumière.

Donne, Dieu puissant / le discernement à ceux qui gouvernent,

La compassion au maître / La santé au travailleur,

Garde les Maltais dans l’union et la paix.

 

Et peut-être, alors, de la Foule indistincte des uns et des autres, montera ce mot :

 

AMEN

 

Puis, pour ma part :

VIVA MALTA !

Partager cet article
Repost0
20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 15:00

AquilinaMgr Aquilina vient de nous quitter, peu de temps avant de boucler un siècle d’existence sur cette terre. La communauté  « Pied-Noire » perd avec lui une de ses personnalités emblématiques, et, en son sein, les catholiques d’Algérie française, un de leurs pasteurs fidèles, où se retrouvent unis ses anciens paroissiens de Blida, Azazga, Jean-Bart, Rouïba, Boufarik, et bien sûr Alger, où, du 15 mai 1958, jour de l’ Ascension (et pour nous, de l’Espoir retrouvé) à un sinistre jour de 1967 ( où  ne restaient plus alors que quelques centaines de paroissiens, « coopérants » compris, sur les 20.000 de notre temps, et 7 enfants au catéchisme sur les 200 qui le suivaient en 1962 ! ). il fut curé de la grande et belle paroisse St-Augustin, à qui se sont joints, au fil des années de l’autre côté de la mer, tous les repliés vivant à Marseille, de tous les coins d’Algérie, qui venaient le retrouver dans l’église du Sacré-Cœur, en quelque sorte devenue leur.

 

Des voix autorisées,  au premier rang desquelles, celle de Mgr Ellul, diront tout ce que fut la vie de prêtre du Père Aquilina, élevé ces dernières années à la dignité de Prélat, lui octroyant le titre de «  Monseigneur » que, dans son extrême – voire rude – modestie,  le Chanoine Aquilina  ne paraissait pas trop apprécier ; de fait, pour moi, il était toujours, et restera à jamais  «  le chanoine Aquilina, curé de St-Augustin d’Alger ». 

 

Je voudrais simplement, à sa  mémoire, égrener quelques souvenirs personnels .

 

 

Mgr aquilina

                                      Le chanoine Aquilina dans sa mission de Curé de Saint-Augustin à Alger.

 

 

Eglise st augustin

 

Lorsque, au début des années 80, j’avais entrepris de rédiger une évocation de l’église St-Augustin, dont j’avais appris avec stupeur, un jour d’août 1972, qu’elle ne serait plus affectée au Culte, et dont j’aurais, broyé de chagrin, à constater de visu, au début de 1981,  la démolition et la construction en ses lieux et places (sauf pour sa base, reconnaissable ) d’une énorme mosquée, j’ai tenu à ajouter à ma documentation personnelle les témoignages vivants du chanoine Chabanis, qui en était le vicaire au moment de mon catéchisme, et du chanoine Aquilina. Et je les ai enregistrés sur une petite cassette audio .

 

 

Tout cela est relaté dans mon article qui a paru dans le n° 32 de la revue «  l’Algérianiste », de décembre 1985, pages 20 à 31, et que j’ai repris dans mon «  si jamais je t’oublie, Algérie », de 1998, pages 185 à 201. En voir des extraits au bas de ce texte (1) .

 

Ma famille, et tout particulièrement mon père, était très liée au chanoine Aquilina. Mon père ne disait-il pas qu’il était un lointain cousin ? je n’ai pas pu vérifier…Il y a de quoi se perdre dans les ramifications entremêlées des familles maltaises ! En tous cas, au cours des années 70, j’avais eu l’occasion de retrouver le Père Aquilina à Paris, et même de déjeuner avec lui chez mes parents, en proche banlieue. J’avais été le chercher à la Madeleine, où il avait rencontré le Père Chabanis, et nous avions pris le métro ensemble.  Nous n’étions pas passés inaperçus : en ces années là, un prêtre en soutane ( celle-ci toujours impeccable ; qui plus est, le Père Aquilina « portait bien ») dans le métro, ce n’était plus du tout courant !

 

Aquilina 1

Au début du repas de famille: le Père Aquilina et mon père; celui-ci dit "les Grâces", en un geste très sacerdotal...Il est vrai que mon père avait été au Petit Séminaire de St-Eugène ( Alger ), et qu' il était destiné à la prêtrise. le décès prématuré de ses parents avait fait que les aînés de la famille l'en avaient retiré et l'avaient mis au travail, pour que tous les enfants rapportent des sous ..".Le Premier Homme " n'est pas loin, dans cette dure réalité quotidienne

 


Aussi, lorsque, le 4 février 1983, mes parents fêtèrent leurs Noces d’or à Marseille, ce fut tout naturellement que la messe d’action de grâces fut célébrée par le chanoine Aquilina au Sacré-Cœur, suivie par un repas en famille, qu’il présida… Le temps avait passé depuis ce lundi 21 septembre 1959, où  j’avais été trouver  mon Curé de St-Augustin, à la sacristie, pour lui confier une situation personnelle douloureuse, pris en étau dans une « bataille de dames » dont l’une des protagonistes implacables n’était autre que ma mère…mais ceci est une autre histoire, n’est-ce pas ….

 

On le constatera. Une fois de plus. Le chanoine Aquilina a passé 46 ans de sa vie sacerdotale à Marseille, où je l’ai rencontré à maintes reprises ; j’ai le souvenir de lui également à Paris…Ce sont néanmoins les quelques années où il fut le curé de ma paroisse, officiant à mon église, entre 58 et 62, qui priment, et qui primeront de plus en plus au fur et à mesure que l’ Heure finale se rapprochera.

 

 

(1)    extraits des textes cités ci-dessus :

 

«  Depuis 1961, le Père Aquilina se trouvait seul, son vicaire, l’abbé Dahmar, ayant dû partir contre son gré après les Barricades de janvier 60 ( qu’il soit ici salué !). Ce fut un moment pénible pour le chanoine Aquilina…la vie à St-Augustin basculant, comme le reste de la Ville, dans une sorte de cauchemar surréaliste : ainsi, le sacristain Berger, petit, bougon et si populaire dans la paroisse, ancien résistant, marin qui avait gagné l’Angleterre, était devenu de plus en plus agité dans cette atmosphère de barrages, bouclages, ratissages, engendrés par la chasse à l’ OAS….Les images de l’autre guerre s’entrechoquaient avec ce qui arrivait de façon si imprévue, si injuste…Un samedi matin, raconte le chanoine Aquilina, le quartier fut cerné par les blindés, et des vagues de gardes-mobiles fouillèrent immeuble par immeuble, s’approchant de l’église. Soudain, le sacristain disparut, après avoir fermé les portes de Saint-Augustin. La journée passa, puis celle du dimanche : il demeurait introuvable. Ce n’est que le lundi matin, au moment de dire, seul,  sa messe matinale, que le chanoine Aquilina, croyant halluciner, entendit un faible gémissement paraissant provenir…de l’autel même !!! Soudain, il réalisa, et se précipita derrière celui-ci, se souvenant qu’une trappe bouchait une minuscule cavité, située derrière le tabernacle. Il l’ouvrit : le sacristain était là, recroquevillé, tremblant, hagard. L’homme était devenu fou….

 

«  Ce fut bientôt l’agonie de la paroisse, le départ massif des paroissiens, la dispersion de la chorale… Le 18 octobre 1962, des soudards de l’ ALN envahirent l’église, la dévalisèrent, saccagèrent les ornements, et la profanèrent par des souillures innommables…L’église fut alors fermée la plupart du temps. Le vénérable chanoine Rossano, qui était resté aux côtés de son curé, dut partir en 1963, après avoir été agressé à plusieurs reprises par des yaouleds, qui le bombardaient à coups de pierres. Mlle Gard ( la célèbre organiste ) subit une fois le même sort, et fut jetée à terre au moment où elle entrait dans l’église. Elle partit pour Nice…

 

En 1967, la rage au cœur, le chanoine Aquilina décida de partir. Il eut le courage et la dignité de refuser les postes que la hiérarchie lui proposait dans la nouvelle cathédrale, et il choisit l’exil ».

Partager cet article
Repost0
11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 18:17

 

"Le premier Homme" au cinéma, un non-évènement ? " 

 

C'est en tout cas l'impression qui ressort de l'attitude des "Gros Médias", se partageant entre silence et dénigrement, comme les assassins agissant en groupe se répartissent la tâche. S'il y avait bien un secteur de l'opinion qui pouvait avoir des craintes, tant il fut trompé en ce genre de situation - et continue à l'être, c'est bien nous, les compatriotes et pour tout dire, frères de Camus, membres de la même tribu... Mais, en dépit de notre naïveté congénitale, on a quand même appris un certain nombre de choses, à commencer par l'interprétation " a contrario". Ainsi, l'assourdissant silence sur ce film portant à l'écran le message posthume de notre prix Nobel de littérature, assorti de quelques saillies féroces sur les ondes de la radio d'Etat ( lequel cache de moins en moins, et en toutes matières, son penchant au totalitarisme ), nous a donné à penser que le film ne devait pas être si mauvais.  

 

Nous avons été une dizaine d 'algérianistes d'Aix - en groupe, on transcende ses angoisses - à aller voir ce "Premier homme", avant qu'il ne disparaisse des programmes. Et notre impression tirée de l'hostilité du Mammouth médiatique a été confirmée en tous points.

 

20459850-r 160 240-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxxPoint de manichéisme au service d'une idéologie, ce qui était le plus à redouter quant à l'instrumentalisation d'une simple adaptation du livre-testament de Camus, ce mot " adaptation" permettant toutes les trahisons. Une approche profondément "intimiste " de l'Algérie, se manifestant jusque dans le refus des effets visuels faciles ( pas de "carte postale " d'Alger, mais des "flashs" furtifs, et encore rares, nous permettant de nous y reconnaître ), et dans l'adoption de couleurs pastels, loin de tout "orientalisme" comme de toute violence.  On me dira que tout cela constitue un simple "décor", et que l'essentiel n'est pas là. Certes, mais, ce qu'on appelle " décor " dans notre drame n'est-il pas, comme dans la tragédie grecque, un élément fondamental de l'histoire ?  Qui plus est, le jeu des acteurs se coule parfaitement dans cette atmosphère. Il en ressort une grande homogénéité, et, j'ose le dire, une grande pudeur dans le récit. Les regards, les attitudes, une lenteur voulue, sont aussi importants que les paroles, lesquelles d'ailleurs, dans ce contexte, "portent" bien plus que dans l'agitation, le bruit et la fureur. C'est en un certain sens, un film du " Silence".

 

N'étant pas un expert en cinéma, je ne me risquerai pas à un palmarès entre les interprètes, n'arrivant pas à les dissocier les uns des autres.  Camus - pardon, Cormery - adulte en voyage, exprime une interrogation qui le taraude de l'intérieur, étant à la fois "dedans et dehors" par rapport à la situation, méditatif et déchiré, consumé par l'amour des siens et de cette terre, qu'il sublime en sa mère, qui est superbement interprétée, sans basculer le moins du monde  dans le misérabilisme : je n'hésite pas à dire que pour moi, le film donne une dimension visuelle qui la grandit: elle est certes effacée, , mais plus silencieuse que "muette", et elle a un port de tête, une façon de regarder, qui en fait véritablement une icone.

la grand-mère pourrait être caricaturale, si elle n'était l'exacte incarnation des femmes du peuple méditerranéen de l'époque, d'une implacable rudesse extérieure sans doute, mais d'une droiture sans faille, capable aussi d'être anéantie - la séquence de la recherche de la pièce de monnaie soi-disant perdue par le petit dans le fond de la cuvette des WC, assortie d'une inattendue récitation haletante, suppliante, affolée, du " Notre père " - laquelle n'est pas dans le livre - surprend d'abord, émeut ensuite;  Enfin, comment ne pas citer le jeu absolument extraordinaire du petit garçon incarnant Cormery-Camus enfant ? Il crève l'écran, et se trouve être le pivot de toute l'histoire. Rien que par son jeu, son omni-présence, on sent que le Premier Homme est un poignant retour sur l'enfance.

 

Ajoutons à cela quelques scènes qui nous "interpellent" : Cormery, ayant retrouvé son ancien instituteur ( communiste ) dans un café-maure, devise avec lui sur un banc, au pied du Monument aux morts, qu'on ne voit pas, mais on voit très bien la Grande Poste. L'instit finit par dire que c'est la violence du colonialisme qui explique ( et donc, justifie ) celle du terrorisme : Cormery reste silencieux.  Vers la fin, très attendue, la scène de sa naissance : la carriole sur une piste du bled ( Ô, Louis Bertrand ! ), l'accouchement de sa mère ( superbe jeune femme, telle une Madone italienne ) au milieu des petites mauresques, en chœur antique; la joie et la fierté de son père… Puis, de suite après, Cormery dialoguant avec un colon, figure authentique de pionnier, lequel exprime de façon à la fois rude et profonde le lien instinctif, indélébile, unissant les deux communautés, à travers même et au-delà des violences actuelles, touchant Cormery au plus profond de lui-même, et cela va  amener quelques scènes plus loin, sa fameuse phrase sur la justice et sa mère, citation se terminant sur l'affirmation catégorique, dite d'une voix sombre, qu'il sera l'ennemi de ceux qu'il aime comme des frères s'ils touchent à sa mère...On comprend que les caciques de la Pensée Unique n'aient pas du apprécier...

 

Et puis, le plan final : sa mère, filmée de trois-quart depuis l'intérieur de la pièce, est à son balcon, regardant les mouvements de la rue, dans une lumière presque blanche, surexposée, propre aux atmosphères oniriques...Puis, toujours en silence, elle recule doucement, et referme lentement les persiennes. Le noir se fait, tandis que défile le générique de fin. Instant poignant, fait d'inexprimable, où l’on ne sait plus très bien où on est…

 

 

" Le texte qui précède est un instantané, exprimant un "ressenti" à chaud. Dans le langage des tribunaux, on dirait qu'il relate "une impression d'Audience". il ne s'agit donc pas, on l'aura compris, d'une stricte analyse du film par rapport au roman dont il est une " adaptation ", terme qui laisse entendre ( on pourrait donner de multiples exemples, sur tous sujets ) une fidélité, disons: à géométrie variable, avec le modèle écrit. "

Pierre DIMECH

Partager cet article
Repost0
6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 19:29
Extrait de la pièce de théatre "De Louis Bertrand à Albert Camus"(Cercle Algérianiste d'Aix enProvence)
Pierre Dimech en pêcheur Maltais
"J'ai d'abord pris la statuette sur fond d'assiette maritime; puis, carrément, j'ai pris en fond une peinture sur carton que j'ai réalisée voici une bonne trentaine d'années, représentant le phare de l'Amirauté d'Alger, vu du coude de la jetée Nord.
 J'ai ramené cette statuette d'un de mes voyages à Malte, voici une quinzaine ( ou plus ) d'années, et je l'avais oubliée dans une de mes vitrines du séjour. C'est la tenue que j'ai improvisée en rentrant d'une répétition qui m'a fait penser soudain à l'existence de cette statuette,et grande fut ma stupéfaction - et aussi, mon émotion - de constater qu'elle correspondant tout à fait à mon " déguisement " ( mais, était-ce bien un simple " déguisement " ? )."
Pierre Dimech

 

Pêcheur maltais

Partager cet article
Repost0