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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 20:31

RAPPEL SUCCINT :

D'un écheveau de tendances diverses, exactement à l'image des hésitations des gouvernants français et de leur administration locale sur l'orientation d'une véritable politique algérienne, d'expériences, d'échecs, d'avancées, et de confrontation permanente entre un système imposé depuis Paris et une situation concrète sur place en constante évolution humaine, il faut dégager quelques notations de base, qui, sans pouvoir rendre compte de tout, n'en constituent pas moins une réalité sur laquelle on peut s'appuyer :

- Les préoccupations relatives à l'Enseignement ont vu le jour très tôt après la prise d'Alger, on peut dire:  en avance sur la pacification de tout le territoire et sur la fixation d'une ligne politique affichée, même provisoire.

- La place de la population locale a de suite été envisagée. le facteur déclenchant a été la médecine, même rudimentaire, dont les bienfaits ont eu vocation à être portés à toute la population du territoire, associant très rapidement l'exigence de compréhension, donc d'apprentissage des langues parlées dans le pays à la possibilité de soigner. Ce socle linguistique entraîna l'extension d'une formation de base médicale aux autochtones. Parallèlement, le besoin se fit rapidement sentir , non seulement de comprendre les gens, mais aussi, d'apprendre à connaître leurs us et coutumes. Cette nouvelle branche de communication généra elle-même l'organisation des connaissances dans un domaine qu'on qualifiera pour simplifier de "juridique", le tout, en tâtonnant quant à l'articulation de tout cela, et en rencontrant maints obstacles.

- Lorsque ces différents types d'enseignements prirent forme, notamment dans le secteur juridique, et se firent ambitieux, cela vers le milieu du XIX° siècle , on vit deux grandes tendances émerger et s'affronter, non exemptes d'influences politiques nées de l'évolution de la situation en France, avec le Second Empire ( avant, pendant et après): les partisans d'un Enseignement, certes de base française, mais  adapté aux conditions locales, sociologiques et autres, face aux tenants d'une assimilation totale de l'Enseignement Supérieur en Algérie à celui de la France métropolitaine. Dans un contexte humain déjà complexe, en raison de la diversité des communautés et de leurs caractéristiques propres, souvent irréductibles les unes aux autres, avec un " chapeau" français métropolitain, lui-même orienté vers des enjeux auxquels l'Algérie était intrinsèquement étrangère, ces débats passionnés s'enfonçaient dans la confusion, et rendaient indispensable une intervention d'ordre législatif.
Ce fut là le rôle de la Loi du 20 décembre 1879. 

Cette loi ne comportait que  9 articles ! On est loin des textes d'aujourd'hui, hypertrophiés et souvent rédigés à partir de bases autres que celle donnée au XVII° siècle : " Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement...;"

Trois de ces 9 articles portent statut des Ecoles de Droit, des Sciences, des Lettres, et de Médecine et Pharmacie.

Tirons-en les dispositions qui intéressent notre recherche :

L'enseignement dans l'école de droit comprend les matières exigées pour l'obtention du baccalauréat, plus le droit commercial, le droit administratif et les coutumes indigènes.

L'enseignement dans l'école des sciences les maths, la physique; sciences naturelle, avec application à l'industrie, l'agriculture, à la statistique,  et aux besoins spéciaux de l'Algérie.

L'enseignement dans l'école des lettres comprend la littérature française, les littératures des nations méditerranéennes, les littératures classiques, la langue arabe et les dialectes algériens, et bien entendu, l'histoire - particulièrement celle de la France et de l'Algérie, la géographie, l'archéologie...

Ces Ecoles se doublent d'écoles préparatoires de médecine et de pharmacie, et de droit. On y délivre des certificats  qui comportent des branches spéciales, par exemple: en coutumes indigènes, assorties au droit administratif.  Sciences et lettres ont aussi leurs Ecoles préparatoires, délivrant des brevets spéciaux, adaptés à la spécificité algérienne

Ces Ecoles préparatoires, portées sur les données pratiques plus que sur l'enseignement théorique,sont destinées à répondre " aux conditions particulières du sol, du climat, de la religion, du langage et de la société ".

(in Rapport du Sénateur de Rozière ) "  C'est une création d'un nouveau genre  qui offre plus de souplesse et d'élasticité, qui n'est limitée par aucune tradition ".

C'est un très grand pas qui est accompli vers une Algérie moderne, animée par le Réalisme et le dynamisme créatif. Il y a là la marque de l'ESPRIT PIONNIER.

Dans cet esprit, en conclusion, ce sont des pistes qui vont être ouvertes, pour que s'y engouffre toute personne avide de creuser la question. Voici donc quelques repères bibliographiques  :

- Jacques-Numa LAMBERT : " Manuel de législation algérienne " ( Alger, 1952)

- Louis-Auguste BARRIERE : " Le statut personnel des musulmans d'Algérie de 1854 à 1962 " ( Thèse, Dijon, 1993 )

- Jean-Christian SERNA : " Citoyenneté et laïcité dans l'autre France ( Algérie 1830-1962) dans Mélanges en l'honneur de Camille Jauffret-Spinozi.

-Florence RENUCCI : " Le statut personnel des indigènes - comparaison entre politiques juridiques française et italienne en Algérie et Libye, 1919-1943. (Thèse d'histoire du droit, Aix 2005) 

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 00:00

MÉMORIAL DES FRANÇAIS RAPATRIÉS D’AFN ET D’OUTRE-MER

CIMETIÈRE DE L’EST À METZ (MOSELLE)

CÉRÉMONIE DE DEUIL ET DE RECUEILLEMENT DU 1er novembre 2014 À 10H00

 

Allocution de Madame Danielle Pister-Lopez, Vice-présidente du Cercle algérianiste, section de Champagne-Grand Est, membre de l’Amicale, Maître de Conférences honoraire à l’Université de Lorraine.

 

Mesdames et Messieurs les Autorités Civiles et Militaires,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Associations Patriotiques et du Souvenir Français,

Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis, Chers Compatriotes,

 

Le Président, les membres et les sympathisants de l’Amicale des Pieds-Noirs de la Moselle, le Mouvement National des Rapatriés d’AFN et d’Outre-mer, ainsi que leurs frères Harkis, vous remercient d’être fidèles, depuis trente-trois ans, à cette cérémonie de recueillement du 1er novembre, en mémoire des morts civils et militaires, toutes ethnies et confessions confondues, tombés au nom de la France, dans ses départements, protectorats et territoires d’Outre-mer.

En cette année des commémoration du déclanchement de la 1ère Guerre mondiale, il y a 100 ans ; des débarquements de Normandie et de Provence qui permirent la libération de la France, il y a 70 ans ; du sacrifice de nos soldats dans la chute de Ðiên Biên Phú, et des attentats de la Toussaint Rouge qui sonnèrent le glas, il y a soixante ans, de l’Empire français ; comment nous, qui sommes nés dans ces territoires autrefois liés à la France, pourrions-nous oublier que parmi les victimes de ces conflits figurent nos parents, nos aïeux d’origines géographiques, ethniques et religieuses différentes, et dont les noms ne sont plus inscrits nulle part, puisque les monuments aux morts, érigés dans les communes où ils sont nés, ont été détruits ? Comment, ne serions-nous pas meurtris par le choix idéologique opéré par le Président de la République, dans l’hommage que la Nation a rendu cette année, aux troupes venues des territoires de l’ex-Empire français combattre en métropole ? Hormis une brève et unique phrase prononcée par le Chef de l’État au mémorial du Mont-Faron à Toulon, le 15 août dernier, lors de l’anniversaire du débarquement en Provence, il n’a été question que de l’engagement des troupes dites « indigènes ».

Bien sûr, il fallait rendre hommage à ces combattants, mais pas en occultant le fait que dans les troupes coloniales -c’est leur dénomination exacte-, indigènes et Européens, natifs des mêmes territoires, combattaient côte à côte. Fallait-il omettre alors le fait que les Pieds-Noirs constituaient la majorité des effectifs et la majorité des victimes des combats que tous ces hommes menèrent ensemble ?

Bien sûr, il fallait saluer la mémoire de tous ces Maghrébins, de tous ces Africains, et rappeler leur courage, mais pas en exhibant, le 14 juillet dernier sur les Champs-Elysées, des éléments de l’ALN, formation directement issue des hordes terroristes du FLN qui massacrèrent civils et militaires français, en particulier les Harkis, toujours interdits de séjour en Algérie. Les troupes coloniales faisaient partie intégrante de l’armée française et se battaient sous drapeau français. Elles ne dépendaient d’aucune autorité étrangère, et encore moins de ces régimes nés d’une décolonisation ratée.

Bien sûr, il fallait reconnaître la dette de la France à l’égard des soldats venus de pays aujourd’hui indépendants, mais pas en organisant un grand raout qui mettait en vedette leurs dirigeants actuels, dont peu, pour ne pas dire aucun, ne respectent ni la démocratie ni les droits de l’Homme. Précisons, car personne ne le rappelle, que parmi les Pieds-Noirs engagés en 1914, en 1939, en 1954, beaucoup ont été mobilisés au même titre que leurs compatriotes de métropole. Mais d’autres, nés de parents étrangers dans ces territoires alors réputés français, étaient des engagés volontaires car ils n’avaient pas la nationalité française. En se battant pour la France, ils payaient leur dette envers ce pays qui leur avait donné instruction et travail.

Aucun des deux conflits mondiaux n’a instauré de paix durable. La Guerre froide a aggravé les luttes anticoloniales. Les guerres dites de libération ont engendré des régimes aussi contestables qu’antidémocratiques. Le fanatisme religieux a pris racine dans les confrontations idéologiques d’aujourd’hui et l’instabilité de l’Afrique et du Proche-Orient menace le monde. Le 24 septembre 2014 disparaissait en Kabylie, dans des circonstances atroces, un malheureux et bien imprudent guide de montagne français. L’opinion publique et les politiques manifestèrent leur indignation. Mais Pieds-Noirs et Harkis se sont souvenu des actes terroristes sanglants perpétrés pendant huit ans sur cette terre algérienne. Les djihadistes qui tranchent au couteau la tête de leurs otages, perpétuent l’horrible besogne commencée, il y a 60 ans, par ceux qui voulaient chasser, par la violence la plus sauvage, la France et tous ceux qui la représentaient. De nombreux appelés du contingent, des harkis avec leurs familles, des civils français installés en Algérie depuis 5 ou six générations, ont été enlevés et retrouvés la gorge béante. C’est ce qu’on appelait le « sourire Kabyle ». L’actualité récente a remis au premier plan l’assassinat des moines de Thibirine, enlevés en 1996. L’armée algérienne, l’ALN n’avait rendu que des têtes. Après 18 ans de refus, l’Algérie a accepté qu’un juge français enquête sur place, mais a interdit aussitôt à la France, l’accès aux analyses scientifiques indispensables à la révélation de la vérité. L’Algérie signe donc son crime, sans répondre à l’attente des familles, sans que la France proteste. Quelle leçon a-t-on tirée du 1er novembre 1954 ? 70 attentats à la bombe perpétrés sur l’ensemble du territoire algérien dans la nuit ; au matin, arraisonnement d’un car de voyageurs, dans les Aurès. Un commando de tueurs mitraille un caïd et un couple d’instituteurs, venus du Limousin enseigner, par idéalisme, dans un village isolé. Guy Monnerot, 23 ans, et le caïd sont les premiers morts européens et musulmans emblématiques d’une guerre terroriste qui commençait. Aucun d’entre nous n’imagina alors que, moins de huit ans plus tard, la France pactiserait avec ces criminels, et abandonnerait ses propres ressortissants, européens et musulmans, à la haine inextinguible du terrorisme le plus sauvage. Lorsqu’ils n’égorgeaient pas et ne déchiquetaient pas les gens par l’explosion de bombes, ils saignaient à blanc leurs victimes. Après les prétendus Accords d’Evian, scandaleusement célébrés comme fin de la guerre d’Algérie, et au-delà de l’indépendance, au moins 80 000 harkis furent égorgés, émasculés, mutilés vivants ; au moins 3 000 Européens disparurent, dont environ 700 Européens dans la seule journée du 5 juillet 1962, à Oran. L’ALN, contrairement à l’armée française, n’a jamais respecté le cessez-le-feu, pas plus que les conventions de Genève, auxquelles l’Algérie a souscrit comme membre de l’ONU. Elle détenait plus de 400 militaires français, certains enlevés après le 19 mars. Aucun ne fut rendu. Pire, la France n’a rien tenté pour retrouver ses appelés ou ses ressortissants civils disparus. Elle voulait tourner la page, une page sanglante. Souvenons-nous de Lady Macbeth : tant que justice n’a pas été rendue, rien ne peut effacer les tâches d’un sang injustement versé.

Il faudra qu’un jour la France s’interroge sur sa responsabilité morale et politique, donc sur celle de l’homme qui exerçait alors la Magistrature suprême, dans la légitimation qu’elle a apportée, en 1962, au terrorisme comme forme d’action politique. Qu’elle ne s’étonne donc pas de voir tant de ses enfants la quitter aujourd’hui pour aller faire le djihad. Elle a elle-même montré le chemin par le reniement de principes qu’elle revendique verbalement, sans pour autant les enseigner et encore moins les mettre en pratique. Peut-elle espérer encore se faire respecter ?

Pourtant, la France devrait être fière de ce qu’elle a accompli en Europe et au-delà des mers. Certes, toute remise en question permet d’éviter la répétition des erreurs, mais renier son passé, oublier ceux qui ont incarné son histoire, battre sans cesse sa coulpe, détruit l’âme d’un pays. Pire, cela engendre la, pire encore, cela nourrit la Barbarie.

C’est plus que jamais notre devoir à tous de rappeler la mémoire de tous ceux qui tombèrent en 1914, en 1944, en 1954, et dans les années qui suivirent ; de ceux qui meurent actuellement, dans les conflits multiples où sont engagés nos soldats qui se battent toujours avec courage et détermination. Nous ne voudrions pas que dans 60 ans, dans 70 ans, dans 100 ans, les générations qui nous suivent pensent qu’ils se sont battus pour rien ou trop tard.

C’est pourquoi l’Association des Pieds-Noirs de la Moselle et les représentants des Harkis sont sensibles, Mesdames et Messieurs, à votre présence qui nous conforte dans notre volonté de briser l’ostracisme pratiqué, au nom du politiquement correct, dans les hommages nationaux. Notre mémoire reste le seul monument qui préserve le souvenir du sacrifice de nos compatriotes tombés en métropole ou dans nos anciens départements et colonies d’Outre-mer. Ils sont pourtant morts pour la France, ou à cause d’elle quand elle les a abandonnés.

 

C’est pour leur rendre hommage que nous disons comme ils l’ont dit aussi : Vive la France !

 

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 A gauche, mon grand-père maternel, Paul Pisani, ici en 1908, au cours de son Service au 2° Zouaves à Oran. Mobilisé dès août 14, il reviendra avec Croix de Guerre, Médaille Militaire et 6 autres décorations gagnées au feu, notamment à Verdun. Gazé aux yeux.

A droite, mon cousin Jean Dimech, engagé au 5° Chasseurs à Alger en 1943, Mort pour la FRance dans son char près de Baden-Baden le 11 avril 1945, à l'âge de 20 ans 1/2.

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En Mémoire du sacrifice de Jean Bastine-Thiry, cet hommage extrait du quotidien " Présent" du  7 novembre 2014, sous la plume d'Alain Sanders

 

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Pour terminer ces " Memento" de novembre, il convient d'évoquer, parmi tous les hommages locaux ou régionaux, du moins parmi ceux exempts de toute arrière-pensée " récupératrice", celui, tout récent, de notre cercle algérianiste d'AIX, qui a, une fois de plus, mis sur le pont une large équipe. Pour ne pas faire de "doublon", je laisse au blog du cercle " Congraix ", dont "maltalger" n'est que le petit frère,  le soin de présenter au  plus large lectorat possible cette journée du 8 novembre, qui restera dans nos annales. Au fond, notre lutte  faite de recherches, de souvenirs et de réflexion, face aux assauts, sans cesse répétés, violemment haineux ou douceureusement fielleux ( tels ce misérable " grand format " de l'Express, qui pourrait avoir pour devise : le venin des mots, la pommade des photos  ), ressemble en bien des aspects à une Guerre de tranchées... 

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 17:58

 

INFORMATION IMPORTANTE

 

Au moment de reprendre le cours normal de la vie de ce blog avec un nouvel ordinateur, je m'aperçois que "maltalger", longtemps exempt de toute intrusion publicitaire, en est maintenant atteint. Je tiens à préciser que ces pavés de pub me sont imposés sans que mon accord ait été sollicité, et que je les ressens comme une atteinte à l'esprit de mon blog. 

Mais, il y a plus : je viens de constater que, par un étrange " bug ", à moins que ce ne soit par malveillance, des pages de "maltalger", notamment "je vous emmène en Patagonie" et "Petite revue de livres", ont subi, a posteriori, des bouleversements dans leurs illustrations, altérant sérieusement la cohérence entre textes et images.

 

Internet, dernier espace de Liberté, surtout pour tout ce qui ne porte pas au cou la marque du collier du conformisme, est un chemin aventureux, voire miné. Mais, pour ma part, dans le très modeste objectif de ce blog, qui reste un moyen d'expression qui se veut personnel, je poursuivrai tant que je pourrai mon petit bonhomme de chemin, en appliquant la devise des PIKKENDORFF imaginée par Jean Raspail :                                        " Je suis mes propres pas  ".

 

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Fête au double visage, aux images souvent brouillées par superposition. Perte du sens liturgique, affadissement des recherches de sens de ce qui nous dépasse, dilution des notions acquises autrefois dans les écoles comme dans les familles, tout cela n'est que l'aspect clinique de la maladie qui ronge ce qui reste de civilisation occidentale. Chesterton l'avait prédit, en énonçant : " Chassez le Surnaturel, il ne restera même plus le naturel".

 

Les gros Médias tournent avec brio ces notions en mayonnaise, en bons Masterchefs de l'information orientée : La Toussaint n'est plus une fête joyeuse pour les Croyants, qui sont par eux noyés dans la masse informe des " indifférents". Le "Gaudeamus" qui introduit la messe grégorienne de la Toussaint - ce "  Réjouissons-nous ! " du 1er novembre - cède la place aux tombes du lendemain, lesquelles, surtout dans les villes anonymes, s'effacent progressivement derrière les urnes, qui regagnent de plus en plus, vides, l'étagère du salon - ou du placard, après avoir été allégées de leur contenu sur terre, sur mer, dans les airs, et peut-être bientôt , dans l'espace...

Pourtant cette année, nous en avons des défunts à célébrer avec ferveur,en plus des nôtres,  en ces anniversaires en série, qui nous renvoient à la Première Guerre Mondiale, à la chute de Dien-Bien-Phu, et au commencement de la fin de notre Algérie - cette terre natale que nous partagions , mais que nous possédions moins que nous n'étions possédés par elle...

  + + + + + 

 

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La "Semaine religieuse d'Alger" du 18 novembre 1954 est centrée sur la relation des Fêtes du XVI° centenaire de la naissance de Saint-Augustin. Quel choc de dates ! La pourpre du manteau du Cardinal Tisserand, à Alger du 5 au 7 novembre,  pour honorer le plus célèbre Berbère de tous les temps, et celle du sang tout frais des premières victimes de la Rébellion. En même temps. Voilà un sujet de méditation.

 

 

IMG NEW NEWAu fait, comment s'étaient passé ce début novembre 1954, vu par un adolescent de 19 ans ? Le temps avait été maussade, semble--il. Le 1er novembre, messe de la Toussaint en l'église paroissiale - St-Augustin ! . Nul doute qu'il ait été question des commémorations annoncées dans toute l'Algérie. Puis la visite  aux tombes familiales, au cimetière de St-Eugène. Ce qui reste du 2 au matin, c'est un poème, laborieusement rédigé si l'on en juge le nombre de ratures, aussi sombre que malhabile. Conjonction entre le Jour des Morts et un ciel bas, sans lumière, pesant sur une mer grise. Décor funèbre à souhait.

 

Pourtant, l'adolescent entrait dans une nouvelle phase de sa jeune existence : dans quelques jours à peine, il allait entrer en Faculté de droit et à l'I.E.P. d'Alger. Tout aurait du lui sourire. Il est vrai qu'en fin juin, bac-philo en poche, il avait quitté son vieux lycée Bugeaud avec beaucoup de nostalgie, mais enfin, entre temps, il y avait eu les vacances, le bateau pris tout seul pour la 1ère fois ( " l'El-Mansour", de la Mixte, à destination de Port-Vendres ), en vue d'aller découvrir "la France de ses livres" chez des amis de ses parents, en plein Périgord, du côté de Musssidan. Rivières et forêts, douce campagne, bien verte sous la pluie...incessante, cet été-là ! Et, à la fin, la "montée" triomphale vers Paris, rejoindre tante et cousin, pour découvrir la Capitale et ses Monuments, et avoir le bonheur fou d'assister à l'Opéra national à une inoubliable représentation du "Faust" de Gounod - son opéra-fétiche - interprêté par un des plus célèbres ténors du monde d'alors, l'italien Giuseppe di Stefano, le partenaire favori de La Callas...

 

Le seul intérêt de ce poème, dont l'auteur se qualifiait lui-même par ailleurs de " piètre rimailleur", est bien entendu la date de son écriture. Il a été rédigé au matin du 2 novembre, apparemment sur la seule base d'un coup de "spleen", dont le jeune homme était - déjà - familier, en harmonie "romantique" ( il était un grand admirateur de Lamartine, et imbattable en récitation des oeuvres poétiques de ce dernier ) entre le ciel maussade, " éteint", comme pouvait l'être celui d'Alger à la mauvaise saison, et l'évocation des défunts. dans l'ignorance en tous cas de ce qui s'était passé dans la nuit de la Toussaint. La nouvelle, il l'apprendrait en fin de matinée, à la lecture de "l'Echo d'Alger" et de la " Dépêche Quotidienne", en même temps que ses parents. La réaction familiale avait été celle de la plupart des Algérois: partagée entre l'apparition d'une menace redoutée et une bonne dose de dénégation: " ça ne pouvait pas être possible, ici, en Algérie, ensemble de départements français ". Pour résumer : STUPEUR, GRAVITE, mais aussi INCREDULITE.

Alors, ce poème: prémonitoire ?  

 

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       Prenons garde, toutefois, de ne pas porter de jugement hâtif et péremptoire sur cet état d'esprit. Il n'est que trop aisé de nous prononcer, forts de tout ce que nous avons vécu par la suite et même au-delà de notre exode. Connaître la fin d'une pièce ou d'un livre n'est pas le meilleur moyen de nous pénétrer de la situation vécue par les protagonistes à son début. Que certains aient pu avoir un sinistre pressentiment, c'est possible, mais de là à avoir "la révélation" de ce qui se passerait au cours des 8 années qui suivraient, dépasse l'entendement.  Et qu'on ne vienne pas prétendre que nous n'avons rien vu venir parce que nous étions ignares, myopes et tout ce qu'on voudra en politique, a fortiori, en géopolitique. Même si effectivement, le déficit de "conscience politique" était bien réel en Algérie en 1954, et même 4 ans après, sinon, il n'y aurait pas eu un Grand Simulateur au Forum, ou bien on l'aurait sans doute retiré les pieds devant du balcon où il était venu faire son numéro.

En réalité, sans même avancer que nous étions une sorte " d'existentialistes sans le savoir", je dirais  : NOUS VIVIONS, C'EST TOUT. Cette Force vitale nous guidait irresistiblement. Elle était imprégnée en nous par cette volonté puisée dans nos gènes de descendants de pionniers,  sans nous attarder toutefois sur le Passé, et sans nous préoccuper de l'Avenir autrement que par ce devenir continu qu'était le Présent. Certes, nous n'étions pas sans quelque perception d'un sourd danger latent, mais ce sens du danger nous renforçait lui-même dans notre dynamisme, en un perpétuel défi à ce FATUM dont on ne nous avait pas beaucoup parlé, là se situant d'ailleurs le défaut de notre cuirasse: nous ne connaissions guère notre propre histoire sur cette Terre natale, ni sa longue et tumultueuse destinée...

Kabylie ( Granata ) 001tableau de Louis Granata

Et puis, battre notre coulpe aujourd'hui sur cette non-prise en considération de la portée de cette nuit du 1er novembre 1954, dès le lendemain, serait plus qu'une ineptie : une concession suicidaire à la thèse FLN & complices, consistant à donner à ces misérables et méprisables attentats une ampleur qu'ils n'ont pas eue. Gestes épars d'assassins disséminés en quelques rares points du territoire algérien, il est naturel qu'ils n'aient pas été pris pour ce "Tournant de l'Histoire" dont ils ont été parés à titre rétroactif.

 

                                                                                                                IMG 0002 Reportons-nous à cet égard à un des plus importants ouvrages consacrés à  ce qui est devenu dans le langage officiel " La Guerre d'Algérie " :" autopsie    de la guerre d'Algérie ", de Philippe Tripier, paru en 1972, aux éditions  France-Empire, "pavé ", de près de 700 pages, fortement charpenté et nourri  d'annexes   qui remettent l'Histoire à l'endroit. 

 

 

 

 

 

Les extraits cités ci-dessous sont tirés du chapitre II de l'ouvrage : " Le terrain " :

 

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Comme on dit ( ou disait ) en maths : C.Q.F.D.

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 17:23

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Après le numéro de  juin 1955, marqué par la présence en Alger du maréchal...JUIN, voici ce 2° numéro, également objet de mes dernières trouvailles. Là, pas d'évènements saillants, motif à grands reportages photographiques, mais une suite d'activités, qui pourraient nous faire dire, en nous calquanr sur une phrase célèbre :  " Pendant le Terrorisme, la Vie continue...

 

En voici la preuve avec le sommaire de ce numéro :

 

 

 

 

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Prenons par exemple la rubrique des vedettes de passage: on rencontre les grands comédiens Marie Bell et Jean Chevrier, transfuges de la Comédie-Française, fabuleux interprêtes de Racine, venus jouer " Bérénice " dans le cadre des Galas Karsenty; on y croise Bernard Blier, venu nous séduire dans  " Le Mari, la Femme et la Mort ", d'André Roussin. On rit à perdre haleine avec Robert Lamoureux, dans "La manière forte "....

 

Tandis que dans l'immense salle du " Majestic ", ( où j'eus, à peu près à la même époque -  2 ans auparavant - la joie frénétique d'entendre Sidney Bechet, accompagné par la formation jazz New Orleans d' André Reveilloty. A noter qu'en ouverture s'était produit un débutant dégingandé, nommé...Jacques Brel ), la salle   fut enfiévrée sous les rythmes chaloupés de Jacques Hélian et son orchestre... 

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                                                  Jacques  Hélian et sa formation à Alger

 

 

Mais le Sport est aussi présent, avec une compétition dans laquelle hommes et mécaniques sont mis à rude...épreuve ! Il s'agit du célèbre RALLYE ALGER - LE CAP, précurseur homérique du " DAKAR "....

 

Un cliché retient particulièrement mon attention, me rappelant les recherches que j'ai effectuées dans le cadre de la préparation de mon livre " PIEDS-NOIRS et COUS-ROUGES ", qui mettait en évidence maintes similitudes entre  américains et français au fil de leurs épopées respectives. Et je soulignais que l'univers pionnier des Français d'Algérie n'avait rien à envier à celui de leurs - lointains - " cousins " d'Outre-Atlantique. ces derniers avaient surtout bénéficié d'une large couverture cinématographique magnifiant leur oeuvre énergique, chose dont furent privés les nôtres.

 

033.JPG 

 Cette photo des organisateurs du Rallye, prise à l'arrivée à la Colonne-Voirol à Alger, publiée dans ALGER-REVUE de mai-juin 1956, pourrait être tirée d'un film hollywoodien...Qui attendent-ils ? Des coureurs automobiles ou bien James Dean ? Sommes-nous à côté d'Hydra, ou bien à l'est d'Eden ? on pourrait aussi y voir, de gauche à droite, un  cow-boy, un Texas Ranger, et des agents du FBI...

Tout ça nous rappelle, au moment de l'épopée du pétrole saharien que l'Algérie était une sorte d'Amérique de la France...mais ça, n'est-ce pas, c'est une autre histoire!  

 

020.JPG Terminons toutefois sur quelques vues d'Alger, pour rester dans l'esprit de    cette Revue municipale, et retrouver quelques endroits qui furent notre lieu  de vie, et le théâtre de notre Enfance...

la rue Michelet, ce fut surtout pour moi  LA FAC....

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Cette Place de la Grande Poste revient " étrangement " de façon lancinante, lorsque je rêve que je me trouve à ALGER, et dans ces rêves, je m'y trouve TOUJOURS DE NUIT, et à l'endroit précis d'où est pris ce cliché, sauf que je suis au milieu de la chaussée, et non en hauteur. j'ajoute que je viens seulement de découvrir cette photo, mais que mes rêves me reviennent depuis des années...  

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 17:31

 

AVERTISSEMENT

Il n'est pas dans mes habitudes de publier des mises à jour à haute cadence, de crainte d'indisposer mes lecteurs, et moi-même n'y trouvant pas mon compte !

Si je reviens vers vous 2 jours à peine après avoir mis en ligne : 

" Quel héritage laissons-nous aux jeunes? ",

assorti de quelques images apaisantes tirées d'un ancien album de voyage, c'est parce qu'il s'est produit un problème technique qui fait qu'au moins un certain nombre d'entre vous, bien qu' abonnés, n'ont pas reçu le mail les informant de la parution de cette mise à jour ...le clou de l'affaire étant que moi-même ne l'ai pas reçu !!!! Et pourtant, celle-ci figure bien sur le site de "maltalger", et j'espère que si vous êtes à nouveau informés de l'édition d'une mise à jour, donc de la présente, ne manquez pas de remonter aux pages précédentes pour découvrir ce  qui a paru sans que vous le sachiez !!!

 

Mais, à quelque chose malheur est bon : hier matin, étant allé faire un rapide tour au petit marché de brocante qui se tient tous les premiers dimanches du mois à Salon,  j'ai fondu comme un oiseau de proie sur un petit stand, tel un albatros sur un banc de crevettes au large de la Terre de Feu. 

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J'ai ainsi mis la main sur une délicieuse peinture inachevée, pleine de poésie, et non signée, qui m'a ramené instantanément sur la Place d'Armes de Blida...Et puis, juste à côté, à l'état neuf, 3 numéros du mensuel  " ALGER - REVUE " ( rarissimes ) des années 1955, 56 et 59. 

Aussitôt feuilletés, j'ai été plongé dans un état second, tant nous avons vécu deux vies, dans deux galaxies à des milliards d'années-Lumière l'une de l'autre: textes, photos en noir et blanc, le tout sur papier glacé...

J'ai fait un gros effort pour ne rien laisser paraître de mon trouble à la marchande, afin de pouvoir quand même négocier, tout en sachant in petto  qu'il n'était pas question que je reparte sans ce qui était déjà MA peinture sur carton, et MES revues...  

 

J'ouvrirai pour vous revue par revue, n'allant pas au-delà de la première dans cet envoi : celle de juin 1955.


Son Sommaire en dit déjà toute la richesse : 

- 4ème Congrès de C.E.F.

- le Ministre de l'Intérieur à Alger

- le Grand Corso de Printemps

- Pèlerinage à La Mecque

- Les embellissements du Champ de Manoeuvre

- l'Art Populaire en Algérie

- A propos de la Foire d'Alger

- Les Arts du Livre

- Jumping 1955

- Les Disques

- Dans le département: Blida, El Affroun et Mouzaïaville

 

 

 

019.JPGMais, le sujet dominant est le premier : le 4ème Congrès National des Associations d' Anciens Combattants du Corps Expéditionnaire Français d'Italie, qui a tenu ses assises à Alger les 28 & 29 mai , sous la présidence effective du Maréchal Alphonse JUIN, avec, à ses côtés, la Maréchale Leclerc...les Anciens de la 2° D.B. ayant rejoint les anciens du C.E.F.

En voici quelques illustrations, au Monument aux Morts, à la Tribune officielle, au bas du Plateau des Glières. Il n'y  en aura pas de la Messe solennelle à la cathédrale, vous devinez pourquoi, ou à cause de qui. 

 

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C'est nous les Africains, qui revenons de loin....

 

Et, que dit le Ministre de l'Intérieur de l'époque ?

 

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Et ne ricanons pas...Après tout, l'issue a bien été  "Française", puisque c'est un Français qui a réglé notre compte ( ou, en langage de Chez Nous : Qui nous a donné le compte.... )

 

Bon, revenons en 1955.... Sur le Port d'Alger, il y a alors 2 activités particulières ; le départ des pèlerins vers La Mecque ( Ah, qu'est-ce que j'ai pu entendre, Là-bas, surtout au lycée, avec ce nom de ville ! les "copains" me disaient:  "  Alors, DIMECH, tu vas à LA MECQUE ???? "...)

 

 

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Et puis, la FOIRE D'ALGER...

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Les SPAHIS.....JACQUES SOUSTELLE.....

 

                  IN   MEMORIAM

 

(   A SUIVRE....  )

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 18:37

001                                 Tamanrasset : le bordj du Père de Foucauld. peinture de Paul-Elie Dubois, 1928

 

                        PASSAGE DE TEMOIN ALGERIANISTE 

 

 

L’année 2013 a été celle de grands anniversaires pour tous ceux des nôtres qui n’ont pas oublié notre Algérie, ou laissé ternir son image. Elle a vu en effet le centenaire de la naissance d’Albert Camus, et, pour tous ceux qui perpétuent le message fort que le groupe d’écrivains et artistes français d’Algérie ( à l’époque, on les appelait tout naturellement «  les algériens » ) avait délivré au début du vingtième siècle sous le vocable d’Algérianisme, il s’agissait de célébrer le quarantième anniversaire de la fondation du Cercle Algérianiste, marquant un passage de témoin riche de signification entre Jean Pomier, « l’algérien » de 1920, et Maurice Calmein, «  l’algérianiste » de 1973.

 

C’est donc dans un esprit de nouvelle transmission que mon ami Maurice Calmein, président fondateur du cercle algérianiste, a eu l’idée de réunir quelques «  Anciens » pour, en pleine corrélation avec les cérémonies officielles du Cercle Algérianiste National, Fédération de quarante cercles locaux et régionaux, qu’ils s’expriment sur leur vision du devenir de l’idée algérianiste, au moment où les limites de la longévité humaine rendent nécessaire et inévitable un nouveau «  passage de témoin ». 

 

Prenons soin de préciser qu’il ne s’agissait aucunement d’élaborer une quelconque «  charte » ou un nouveau «  Manifeste », mais seulement de rassembler quelques témoignages et visions de l’avenir, rédigés séparément, d’une part pour éviter toute interprétation fâcheuse de cette initiative, d’autre part pour que chacun s’exprime brièvement en fonction de son expérience et de son tempérament, bref, de sa personnalité propre.

 

Pour l’instant, alors que 2014 est venue reléguer 2013 dans un passé certes récent mais qui s’éloigne inexorablement, le projet n’a pas encore abouti. Qu’importe ? Puisse cette publication, en livrant aux abonnés de « Maltalger » le point de vue – une réaction de « premier jet » - de Pierre Dimech, donner envie à ses amis de faire de même. Il n’y aura jamais, venant des nôtres, trop de témoignages. Celui-ci prend la forme d’une libre lettre, qui, s’il y était répondu, pourrait être suivie de quelques autres, adressée à un « successeur inconnu". D’où l’image de la « Bouteille à la mer ». Parce que l’indispensable action volontaire ne peut tout, et qu’il faut s’en remettre au Destin.

 

                                                                           Le blog maltalger

 

 

 010

 

 

      UNE BOUTEILLE CONFIEE

                  AUX VAGUES

 

Nous sommes en 2013. L’association culturelle de Français qui furent d’Algérie  - et qui le restent de par leur naissance et leur mental, mais c’est leur Algérie qui n’est plus – qui a nom «  Cercle algérianiste, a 40 ans. Jean Brune est mort il y a aussi 40 ans, et Albert Camus, cette année, aurait eu 100 ans.

 

Il y a un demi-siècle et un an, eut lieu cet évènement qui nous arracha, moi et tous les miens, à notre Terre natale, cette Algérie de tous les mirages, de tous les délices, de tous les orages, et de l’ultime précipice, et qui est à l’origine, cause initiale, à la fois lointaine et actuelle, de ces lignes que je t’adresse, à toi mon lecteur ou lectrice inconnue, toi chair de ma chair à travers les générations, ou toi mon étranger, toi de France ou d’ailleurs, toi enraciné quelque part ou toi de nulle part, à une époque que je ne peux prévoir, moins que jamais maître de l’avenir, mais à un futur qui pour apaiser mon imaginaire blessé sera l’Au-delà de ma mort.

 

Je serais bien tenté de présenter, une fois de plus, notre histoire, épreuve toujours inaboutie mais toujours recommencée, histoire qui est celle d’une communauté humaine qui surgit de rien, comme un « accident – mais l’histoire n’est-elle pas une suite « d’accidents » ?, qui juxtaposa puis rassembla une diversité de provenances – «  Il y avait là des hommes de toutes les nations » , lorsque l’Europe, il y aura bientôt 200 ans, déversait son trop-plein à travers le monde…Mais, vois-tu, je crains que ce ne soit là que vaine entreprise. Tant d’autres ont écrit à son sujet, des pires, pour la plupart, et ce sont les plus connus, mais aussi quelques « Justes », qu’il faut savoir retrouver dans l’enfer des bibliothèques comme dans les brocantes. Cette « bouteille à la mer » est venue dans les filets de ton attention. Cela suffit. Autant alors aller droit au but.

 

Lorsque tu liras ces lignes, cette communauté à laquelle j’appartiens, et qui s’enfonce désormais dans le septentrion de la vieillesse, aura disparu de la terre. Physiquement disparu. Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que ne seront pas encore de ce monde tel ou tel survivant né au sud de la Méditerranée avant la fin de l’an de disgrâce 1962, individus isolés ou poussières de groupes.  

 

Toutefois, elle laissera des traces, certes pas dans les livres d’histoire, les « officiels », ceux qui ont été conçus et réalisés par un clan, celui qui n’  a jamais cessé de nous dénigrer, et même, n’a jamais cessé de nier notre existence. La raison en est simple : notre existence, à elle seule, aura toujours été ce grain de sable qui a enrayé leur machine à désinformer.

Non, ces traces, tu pourras les retrouver, éparses, à travers la prolifération des sources, et tu pourras déjà te faire une idée de ce qui fut, si tu le désires et que tu t’en donnes la peine. 

 

 

Algerianisme 0001


 

revue des Algérianistes des années 20, "ancêtre" de la revue du cercle algérianiste d'aujourdhui. Bulletin mensuel de Critiques et d'Idées.

 

Elle se définissait comme  "UN ORGANE COMMUN D'OPINIONS INDIVIDUELLES""

 

 

 

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                    2° édition, en avril 1978, du              MANIFESTE du CERCLE ALGERIANISTE

 ( 1° édition, en janvier 1974 ):    

 

          "POUR SAUVER UNE CULTURE EN PERIL"

 

 

 

 

 

 

Mais, je te suggère aussi de partir à la recherche d’une trajectoire plus précise, qui s’inscrit d’ailleurs à l’intérieur de la grande « saga » de ces « pieds-noirs », communauté assassinée, mais aussi « Peuple mort-né » qui aurait pu vivre au moins quelque temps si le souffle d’une poignée d’hommes et de femmes de cette terre algérienne, qu’ils aimaient appeler «  Afrique » avait trouvé à se répandre parmi les élites de cette communauté. Ils avaient choisi de s’appeler « Algérianistes » parce que les Français loyaux qu’ils étaient, nés sur cette terre  d’Afrique, ou adoptés par elle, estimaient de tout leur esprit comme de toutes leurs tripes que rien de ce qui était relatif à l’Algérie leur était étranger. Leur ambition était vaste, à la mesure de leur horizon familier. Elle était audacieuse, à la mesure de leur goût pour l’action et le travail en force. Elle s’enracinait dans le passé de cette terre, mais ils fixaient l’avenir d’un regard optimiste et volontaire. Mais, leur vision fut éphémère, prise de court par l’accélération du temps et la fureur des hommes. Leur rêve fut carbonisé dans les combats qui mirent le feu au monde, leur idéal frappé mortellement par le poignard d’un futur fléau, parti du désert, alors caché par les jeux sanglants des monstres jumeaux  de Moscou et Berlin. 

 

Nés au début du siècle passé pour devenir le chef d’orchestre d’une Algérie moderne en devenir, les algérianistes, organisés pour cela à l’issue de celle qu’on appelait imprudemment « la der des der », au sortir de celle qui suivit, la grande conflagration mondiale, n’y occupaient plus qu’un modeste strapontin. Le mal qui emporterait l’Algérie Française courait déjà dans ses veines, et l’algérianisme n’y pourrait rien. Restait le projet, qui avait suscité un fol espoir d’un (trop) petit nombre.

 

Alors, lorsque tout fut consommé, et que l’Exil fut la suite logique de l’Exode sans espoir de retour, la résurgence du mot « algérianiste » fut comme celle d’une rivière que l’on croyait définitivement engloutie dans les entrailles de la terre. Résurgence du mot, pour la fidélité. Mais sur un nouveau concept, par la force des choses. Commença une nouvelle aventure, comme avait débuté la première : sur un pari. Ce ne pouvait plus être une vision de l’Algérie ; ce fut de se considérer, dans l’infidèle  métropole, comme «  des provinciaux sans Province ». Pour, en contre-culture, contre celle de la  mort d’une population, faire œuvre de vie maintenue. Et pour clamer la Vérité. Contre le mensonge d’Etat, repris à tous les niveaux.

 

Et cette aventure dure toujours. Au début, on ne donnait pas cher de sa durée, y compris chez nombre de nos compatriotes d’Algérie. Vingt cinq ans après, on participa à la grande Fête niçoise, dans une euphorie qui aurait pu tout aussi bien être un Chant du Cygne. Puis, la fin du siècle se rapprocha, déclenchant chez beaucoup de gens un réflexe millénariste, encouragés par tous les histrions médiatiques. Mais, on était toujours là.  On recula la borne à 2010 – toujours ce culte des chiffres ronds, faciles à retenir – mais il fallait être là pour le cinquantenaire de notre Exode…Et cet anniversaire est déjà derrière nous.  D’autres se profilent, symboliques mais lointains : le centième anniversaire du lancement du mouvement algérianiste à Alger, et d’autres que je ne citerai pas autrement que par un énigmatique « 1830 – 2030 ». Mais là, nous entrons dans l’aléatoire, du moins la plupart d’entre nous. 

 

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                        Alors, que dire d’une troisième aventure du vocable

«  algérianiste » ? Prenons garde de ne pas nous griser de mots pour eux-mêmes, pour leur propre magie, de mots-mirages.  Les mots certes ont leur importance, qui est d’être avant tout des symboles. Mais, il importe de ne pas se contenter de cette vitrine : il faut aller à l’intérieur de ce qu’ils recouvrent.  L’Algérianisme qui devra suivre, et qui, dans une certaine mesure, a déjà entamé sa gestation dans la discrétion et la dispersion de ceux qui sont partis sur sa piste, sera donc un « Algérianisme du troisième type ».

 

Je n’aurai garde ici de tenter de le définir, car ce serait renier ce que je viens d’écrire, et  pire, décider aujourd’hui, non seulement de ce qui sera ou ne sera pas demain, mais surtout un demain dont je ne ferai pas partie. 

 

Mais je gage qu’il sera différent, par la force des choses, de l’algérianisme des « Pères fondateurs », du temps de l’Algérie française vivante, et aussi, de « l’algérianisme en exil », qui fut nôtre, voulu et vécu par des gens de ma génération qui avaient mal à cette terre à laquelle ils venaient d’être arrachés, mais qui avaient résolu, reprenant quelques idées-forces des  algérianistes enracinés, telle la vertu de l’étude active et de l’action pensée, de maintenir, envers et contre tout, envers et contre tous, la flamme que le soi-disant « vent de l’ Histoire » avait failli éteindre.

 

Et, sans prétendre le définir,

je pense qu’il s’agira d’un « Algérianisme de traces ». 

 

Mais alors, que laisser comme trace ? – car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Moins une trace « politique » qu’une trace tout simplement « humaine », celle d’une Civilisation solaire, entre empire de la Mer et empire des Hautes Terres brûlées de lumière, djébels, steppes et désert, qui vit l’aventure éphémère  mais ancrée dans des souvenirs forts de lointains prédécesseurs, d’hommes et de femmes énergiques, animés d’un esprit de conquête non sur des territoires , voire sur d’autres hommes, mais sur l’adversité, et donc sur eux-mêmes, et qui furent liés entre eux, pour les meilleurs jusque dans l’exil, « par un sourire, un clin d’œil ou un silence », comme disait Jean Brune, sourires échangés et silences partagés entre eux les unissant comme des croyants réfugiés dans les Catacombes, y sacralisant les gestes les plus simples de leurs vies…Et Brune de poursuivre : «  Nos catacombes, c’est cette odeur de brochettes…qui m’a toujours paru encens de cérémonie rituelle. Camus me disait «  c’est l’encens des barbares que nous sommes ». Et nos catacombes, c’est l’écho d’une voix qui met le verbe à la fin de la phrase ou qui rit comme mon ami Pons dont Bab-el-Oued disait qu’il «  riait en espagnol ». Ce n’est pas tout : c’est l’infinie pitié pour nos victimes, qui pour les autres sont des coupables, et c’est notre respect pour les violences des nôtres, qui pour les autres sont des crimes. C’est cette sorte de solidarité instinctive qui nous lie, tous dressés contre l’adversaire, même s’il nous arrive de penser qu’en telle occasion les nôtres ont eu tort… ». 

 

Nous avons quitté le sol natal, comme on dit : « avec deux valises ». Mais en réalité, nous avons emporté un trésor, que nul policier, nul douanier n’a pu découvrir : et pour cause ! Nous ignorions nous-mêmes que nous l’avions, car il était en nous. C’est là le secret de la naissance, puis de la croissance, et, dans une certaine mesure, de la réussite, de notre entreprise, en dépit de toutes nos lacunes, du temps perdu, des occasions gâchées.

 

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C’est en puisant dans la sève de ces souvenirs  pour en extraire  la conscience de cette jeunesse d’un peuple qui ne demandait qu’à vivre, de cet élan brisé,  de ce mélange de force et de faiblesse, de cette flamboyante parure d’Eternité posée sur l’autel sacrificiel de l’éphémère, que vous partirez sur les traces des vôtres, à la recherche de vous-mêmes.

 

Alors, en dépit de toutes les déperditions d’énergie et de substance, rançon des grandes transitions générationnelles, aggravées aujourd’hui par les inquiétantes mutations que notre monde subit, vous, qui allez nous succéder, à votre tour, vous entrerez en piste.


 

    A toi mon lecteur  de mon sang ou d’adoption, à toi de jouer !

 

 

 


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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 12:15

 

 

ACTUALITE

 

Un trimestre de 2014 déjà dévoré, politiquement dévoré à belles dents ( ou à dents cariées, selon les résultats ), et la fête de Pâques , bien que tard dans le calendrier cette année, approche. Enfin, dire « la Fête » est déjà recouvrir d’un manteau ludique deux significations pas seulement différentes : antagonistes. Rien n’est plus délicat à manier, aujourd’hui, que le vocable «  fête » dans un monde en proie à la guerre des mots depuis plus d’un demi-siècle. Il n’est qu’à relire les passages significatifs de l’œuvre de Jean Brune.

 

De nos jours, dans notre pays, la faille séparant croyants et non croyants  est devenue un véritable abîme, dans une société sécularisée à outrance, en proie à une divinisation de concepts n’ayant rien à voir avec la transcendance, et même carrément en guerre avec elle. Et ces balises de l’année que sont les grandes fêtes  n’envoient plus les mêmes signaux  à tous ceux qui s’en approchent. En attendant qu’on les fasse disparaître de nos calendriers, pour tenter d’en effacer jusqu’au souvenir. Reviendra alors le temps des Catacombes.

 

En attendant, je vous souhaite à tous, amis lecteurs, une BONNE FÊTE de PÂQUES, avec à chacun son approche, spirituelle bien sûr – c’est sa raison d’être – mais aussi, dans la foulée, familiale, et même : solaire, tant il est vrai qu’il y a une Lumière de Pâques, même lorsque le ciel est gris.

 

 

PARADOXE

 

Parlons-en, du ciel gris. On voit tous ces reportages-« réalité » à la télé, qui font étalage de tous ces gens qui grognent et se lamentent, surtout au moment des vacances, lorsque la météo ne leur est guère favorable. Je n’échappe certes pas à cette réaction de « spleen », seulement une fois par an,  tout juste à cette période d’approche de Pâques – et c’est pourquoi j’en traite ici aujourd’hui – mais dans des conditions météo inverses – là est le paradoxe – et pour des raisons n’ayant rien à voir avec l’addiction à la seule détente lénifiante.

 

C’est que Pâques me ramène implacablement à Alger. Et je n’y peux rien. Avec une force dans l’impulsion qui varie…avec le climat. S’il ne fait pas très beau, si règne un sale petit temps de grisaille, je baisse la tête, je «  survis », et cela fait curieusement barrage à l’invasion des souvenirs : ma prison cotonneuse est moins insupportable parce que les incitations à m’évader s’effilochent à travers ce mur de brume. Mais, s’il fait beau, comme maintenant, si la lumière et le ciel de Provence dissolvent dans leur intensité le mur de l’exil, je suis rendu tout entier à  ma jeunesse, qui revient m’habiter, me posséder, et murmurer à on oreille : «  Sauve-toi d’ici ! Sauve-toi de maintenant ! »

Et je me retrouve aux matins de ma Ville, par exemple sur l’esplanade des Facultés, au milieu des copains et copines, passant pendant les vacances de Pâques prendre des bouquins de droit romain à la salle de travail pour aller bouquiner entre deux baignades au Club des Pins ; je me revois en moto – une 125 Peugeot poussive – avec Claude, mon copain de quartier, chemise ouverte au vent tiède des Bains romains, dans la griserie de la route vers La Madrague ou Staouéli ; je me revois, plus jeune encore, en vélo, faisant des sprints à 3 ou 4 du lycée Bugeaud, sur la Jetée Nord, entre le Rowing et les bains de l’ASPA… Et se taisent les cloches de St-Augustin, le jeudi saint, après la visite des églises, ( en nombre impair, Dieu sait pourquoi ! ) et sonnent les cloches durant la lumineuse nuit de Pâques, tandis que se découvrent les statues, voilées depuis le temps de la Passion. Montent dans mes narines les parfums de mouna chaude, de chocolat craquant, et les senteurs marines du vivier de Sidi-Ferruch…Pâques ! Joie de la Résurrection, et tout ressuscité avec le Christ !

 

C’est aussi le moment où « on se fait beau », où l’on sort le costume « Prince de Galles », acheté chez Romoli ou ailleurs, et où l’on peut croiser, rue Michelet, Jean Brune en blaser bleu, pantalon gris, chemise blanche, et énorme nœud papillon rouge…Et les filles ?...  Elles sont toutes «  Belles, belles, belles, comme le jour !!! »...Comme chantera plus tard Claude François. Mais nous, on a déjà pu juger sur pièce….

 

Un crissement de pneus. Un juron.  Il faisait trop beau ici, et mon paradoxe a failli m’envoyer à Saint-Eugène. Pardon, à ce cimetière provençal le long duquel passe l’autoroute A7.

 

Je me réveille en sursaut. C’était encore un de ces rêves, dont je ne pourrai jamais me résoudre à dire que ce sont des cauchemars, dès lors qu’ils m’ont fait m’évader. Il fait encore beau aujourd’hui : la prison de l’exil sera donc encore insupportable, suffisamment pour me libérer en me faisant voyager dans l’espace et le temps, sur les ailes de la nuit.

 

Au fait, rappelons la signification du mot « Pâques » :  C’est un Passage !

 

Alors, je le prends au mot, ce mot, et …J’EMBARQUE !..

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 08:52

L'appareil photos qui m'a été offert pour mes 25 ans poursuit son grand voyage, cette fois en 1962

 

 

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       Retour à Alger ( de Blida, les "perms", officielles et "fausses", sont plus aisée vers Alger. le Parc de    Galland...
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                                            Beauté architecturale : l' Algeria, le Lafayette
  
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                        Du côté du bd St-Saëns et du Telemly, un des bastions de la Résistance....
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                 Avril 62, la Tragédie de mars ne semble pas affecter les habitués du square Bresson
  
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          Le lieu du massacre reste en état de choc quartier quasi désert en plein milieu de la journée
  
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                       Sur la Grande Poste flotte encore le drapeau français. Il pourrait n'être que
                                rouge si on l'avait trempé dans le sang versé au bas de l'édifice.
  
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                                    Ultime vue de la rue d'Isly, à quelques jours de la fin.
 
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       Consolation poétique, ou torture supplémentaire ? la Nature semble rester indifférente , dans son insupportable beauté, sur les hauteurs de la Bouzaréa, sous les palmiers d'Aïn-Taya, et dans la vision enchanteresse de la Ville Blanche, depuis Alger-plage...
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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 09:28

 

L'appareil photos qui m'a été offert pour mes 25 ans poursuit son grand voyage, cette fois aux côtés du jeune militaire que je suis devenu.

 

 

 Depuis la caserne d'artillerie de Miliana, la vue porte jusque sur l'Ouarsenis
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Route de Miliana à Affreville: une préfiguration de ce que je découvrirai à Delphes en 64
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Tel un coin de haute Durance, la "Pointe des blagueurs", à Miliana
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Mes parents sont venus passer quelques heures avec moi à Miliana, repartant juste avant la fermeture des routes, dangereuses à hauteur du col du kandek.
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La côte 832, dans le Zaccar, un site que je  "reverrai" en 71, à Mycènes
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Flamboyant coucher de soleil sur l' Ouarsenis
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Patrouille bucolique au milieu des amandiers en fleurs. Dieu, que le Zaccar est beau, en février
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L'Atlas blidéen, en hiver, vu de la Mitidja, lors d'un retour en voiture à Miliana
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Depuis le piton des Glacières, près de Chréa, coucher de soleil élégiaque sur le Chenoua. Que la mer me semble loin, là-bas, déjà dans la nuit, du côté de Tipasa !
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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 15:00

AquilinaMgr Aquilina vient de nous quitter, peu de temps avant de boucler un siècle d’existence sur cette terre. La communauté  « Pied-Noire » perd avec lui une de ses personnalités emblématiques, et, en son sein, les catholiques d’Algérie française, un de leurs pasteurs fidèles, où se retrouvent unis ses anciens paroissiens de Blida, Azazga, Jean-Bart, Rouïba, Boufarik, et bien sûr Alger, où, du 15 mai 1958, jour de l’ Ascension (et pour nous, de l’Espoir retrouvé) à un sinistre jour de 1967 ( où  ne restaient plus alors que quelques centaines de paroissiens, « coopérants » compris, sur les 20.000 de notre temps, et 7 enfants au catéchisme sur les 200 qui le suivaient en 1962 ! ). il fut curé de la grande et belle paroisse St-Augustin, à qui se sont joints, au fil des années de l’autre côté de la mer, tous les repliés vivant à Marseille, de tous les coins d’Algérie, qui venaient le retrouver dans l’église du Sacré-Cœur, en quelque sorte devenue leur.

 

Des voix autorisées,  au premier rang desquelles, celle de Mgr Ellul, diront tout ce que fut la vie de prêtre du Père Aquilina, élevé ces dernières années à la dignité de Prélat, lui octroyant le titre de «  Monseigneur » que, dans son extrême – voire rude – modestie,  le Chanoine Aquilina  ne paraissait pas trop apprécier ; de fait, pour moi, il était toujours, et restera à jamais  «  le chanoine Aquilina, curé de St-Augustin d’Alger ». 

 

Je voudrais simplement, à sa  mémoire, égrener quelques souvenirs personnels .

 

 

Mgr aquilina

                                      Le chanoine Aquilina dans sa mission de Curé de Saint-Augustin à Alger.

 

 

Eglise st augustin

 

Lorsque, au début des années 80, j’avais entrepris de rédiger une évocation de l’église St-Augustin, dont j’avais appris avec stupeur, un jour d’août 1972, qu’elle ne serait plus affectée au Culte, et dont j’aurais, broyé de chagrin, à constater de visu, au début de 1981,  la démolition et la construction en ses lieux et places (sauf pour sa base, reconnaissable ) d’une énorme mosquée, j’ai tenu à ajouter à ma documentation personnelle les témoignages vivants du chanoine Chabanis, qui en était le vicaire au moment de mon catéchisme, et du chanoine Aquilina. Et je les ai enregistrés sur une petite cassette audio .

 

 

Tout cela est relaté dans mon article qui a paru dans le n° 32 de la revue «  l’Algérianiste », de décembre 1985, pages 20 à 31, et que j’ai repris dans mon «  si jamais je t’oublie, Algérie », de 1998, pages 185 à 201. En voir des extraits au bas de ce texte (1) .

 

Ma famille, et tout particulièrement mon père, était très liée au chanoine Aquilina. Mon père ne disait-il pas qu’il était un lointain cousin ? je n’ai pas pu vérifier…Il y a de quoi se perdre dans les ramifications entremêlées des familles maltaises ! En tous cas, au cours des années 70, j’avais eu l’occasion de retrouver le Père Aquilina à Paris, et même de déjeuner avec lui chez mes parents, en proche banlieue. J’avais été le chercher à la Madeleine, où il avait rencontré le Père Chabanis, et nous avions pris le métro ensemble.  Nous n’étions pas passés inaperçus : en ces années là, un prêtre en soutane ( celle-ci toujours impeccable ; qui plus est, le Père Aquilina « portait bien ») dans le métro, ce n’était plus du tout courant !

 

Aquilina 1

Au début du repas de famille: le Père Aquilina et mon père; celui-ci dit "les Grâces", en un geste très sacerdotal...Il est vrai que mon père avait été au Petit Séminaire de St-Eugène ( Alger ), et qu' il était destiné à la prêtrise. le décès prématuré de ses parents avait fait que les aînés de la famille l'en avaient retiré et l'avaient mis au travail, pour que tous les enfants rapportent des sous ..".Le Premier Homme " n'est pas loin, dans cette dure réalité quotidienne

 


Aussi, lorsque, le 4 février 1983, mes parents fêtèrent leurs Noces d’or à Marseille, ce fut tout naturellement que la messe d’action de grâces fut célébrée par le chanoine Aquilina au Sacré-Cœur, suivie par un repas en famille, qu’il présida… Le temps avait passé depuis ce lundi 21 septembre 1959, où  j’avais été trouver  mon Curé de St-Augustin, à la sacristie, pour lui confier une situation personnelle douloureuse, pris en étau dans une « bataille de dames » dont l’une des protagonistes implacables n’était autre que ma mère…mais ceci est une autre histoire, n’est-ce pas ….

 

On le constatera. Une fois de plus. Le chanoine Aquilina a passé 46 ans de sa vie sacerdotale à Marseille, où je l’ai rencontré à maintes reprises ; j’ai le souvenir de lui également à Paris…Ce sont néanmoins les quelques années où il fut le curé de ma paroisse, officiant à mon église, entre 58 et 62, qui priment, et qui primeront de plus en plus au fur et à mesure que l’ Heure finale se rapprochera.

 

 

(1)    extraits des textes cités ci-dessus :

 

«  Depuis 1961, le Père Aquilina se trouvait seul, son vicaire, l’abbé Dahmar, ayant dû partir contre son gré après les Barricades de janvier 60 ( qu’il soit ici salué !). Ce fut un moment pénible pour le chanoine Aquilina…la vie à St-Augustin basculant, comme le reste de la Ville, dans une sorte de cauchemar surréaliste : ainsi, le sacristain Berger, petit, bougon et si populaire dans la paroisse, ancien résistant, marin qui avait gagné l’Angleterre, était devenu de plus en plus agité dans cette atmosphère de barrages, bouclages, ratissages, engendrés par la chasse à l’ OAS….Les images de l’autre guerre s’entrechoquaient avec ce qui arrivait de façon si imprévue, si injuste…Un samedi matin, raconte le chanoine Aquilina, le quartier fut cerné par les blindés, et des vagues de gardes-mobiles fouillèrent immeuble par immeuble, s’approchant de l’église. Soudain, le sacristain disparut, après avoir fermé les portes de Saint-Augustin. La journée passa, puis celle du dimanche : il demeurait introuvable. Ce n’est que le lundi matin, au moment de dire, seul,  sa messe matinale, que le chanoine Aquilina, croyant halluciner, entendit un faible gémissement paraissant provenir…de l’autel même !!! Soudain, il réalisa, et se précipita derrière celui-ci, se souvenant qu’une trappe bouchait une minuscule cavité, située derrière le tabernacle. Il l’ouvrit : le sacristain était là, recroquevillé, tremblant, hagard. L’homme était devenu fou….

 

«  Ce fut bientôt l’agonie de la paroisse, le départ massif des paroissiens, la dispersion de la chorale… Le 18 octobre 1962, des soudards de l’ ALN envahirent l’église, la dévalisèrent, saccagèrent les ornements, et la profanèrent par des souillures innommables…L’église fut alors fermée la plupart du temps. Le vénérable chanoine Rossano, qui était resté aux côtés de son curé, dut partir en 1963, après avoir été agressé à plusieurs reprises par des yaouleds, qui le bombardaient à coups de pierres. Mlle Gard ( la célèbre organiste ) subit une fois le même sort, et fut jetée à terre au moment où elle entrait dans l’église. Elle partit pour Nice…

 

En 1967, la rage au cœur, le chanoine Aquilina décida de partir. Il eut le courage et la dignité de refuser les postes que la hiérarchie lui proposait dans la nouvelle cathédrale, et il choisit l’exil ».

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