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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 17:04

CITATIONS 3 ( «  écrits de la liberté » : suite et fin )

 

 

CITATIONS DE JEAN RASPAIL

Suite à celles de JEAN BRUNE

 

 

Le lien entre les deux auteurs n’est pas celui du mode d’expression littéraire. Jean Brune écrivait pour instruire et convaincre : il a raconté, expliqué, démontré par le réel ; il a aussi apostrophé, et même « prophétisé ».Ses écrits ont été son combat. Il a pour cela beaucoup utilisé «  l’essai ».

 

Jean Raspail, lui,  a fait œuvre de romancier.  Et par la forme du roman, souvent allégorique, il nous a entraînés à la poursuite de l’imaginaire à partir de situations bien de notre temps. Il  nous a fait rêver, pas pour nous faire oublier les menaces qui nous pèsent sur nous : mais bien, en leur passant par-dessus, pour nous fortifier dans le bienfondé d’un combat qui nous est imposé, et qu’on ne peut ni ne doit refuser.

 

Reprenant la phrase de Roger Caillois, Jean Raspail a écrit que «  LE RÊVE EST UN FACTEUR DE LEGITIMITE ». Et cette affirmation, il  l’a transplantée dans ses romans, tels «  Le Jeu du Roi » et « Les Royaumes de Borée ».

 

On voit beaucoup le mot  « Roi » dans l’œuvre de Raspail. A commencer par ses titres, car il y a aussi « Le Roi au-delà de la mer », «  Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie », «  En canot sur les chemins d’eau du roi », sans oublier... « Sire ».

 

On voit de suite dans quel esprit écrit Jean Raspail, et c’est dans cet esprit qu’il y a des convergences, ou plutôt des résonances magnétiques qui relient les deux auteurs. Mais là où Brune laboure le sol en profondeur, Raspail accroche sa charrue aux étoiles. Et cet « Ordre » médiéval que Brune a pensé retrouver dans l’engagement des «  officiers perdus », en rupture de ban avec les ambitieux et les repus, Raspail le restitue dans des actions qui, sous la trame de l’imaginaire, un imaginaire qui va jusqu’à confiner au fantastique, sont elles aussi des actions du REFUS.

 

Refus d’un monde concentrationnaire de « petits hommes gris », refus d’une lèpre morale qui transforme les êtres en zombies au service d’un Pouvoir invisible, diffus  et totalitaire.

 

Ce refus, ses personnages l’assument en ne restant pas en place, passifs face à l’inévitable réduction en esclavage. Ils le marquent en « disparaissant », soit pour constituer des « isolats » de survie

( lire absolument, toujours sous la plume de Jean Raspail, les 28 pages de la préface titrée «  Big Other », de la dernière édition, de 2011, du «  CAMP DES SAINTS » ), soit pour embarquer dans le dernier train en partance vers un Nord mythique ( « SEPTENTRION ) dans lequel ils disparaitront, libres, ou bien dans une fresque chevaleresque où se mêlent intimement passé aristocratique et présent subversif surgi des guerres « coloniales » ( «  SEPT CAVALIERS »)…mais, gare à la « chute » du livre : n’en lire sous aucun prétexte la fin avant d’y parvenir page par page : choc garanti ! , ou enfin dans des conseils donnés tout au long d’un roman-monologue s’adressant à un jeune souverain…qui n’existe pas, et qui le sait, en lui recommandant la voie…royale du Pouvoir de l’Absence ( «  LE ROI AU-DELA DE LA MER » ).

 

                               *              *              *

 

«  Ils ont quitté la ville juste à temps, avant que l’invasion sournoise venue du sud, et dont ils ont été les seuls à percevoir la nature, ne recouvre la cité de son uniformité grise. Trente cinq compagnons de hasard qu’un même instinct a réunis dans cet antique train jaune et or, superbe relique d’une époque glorieuse de l’histoire du Septentrion…

 

« Ils roulent vers le nord, à travers forêts et steppes. A travers l’espace et le temps qui s’étirent.

 

« Un jour, ils comprennent qu’ils sont poursuivis. Qui les poursuit ? Et pourquoi ? Jusqu’à quand brillera au-dessus d’eux l’étoile qui semble les protéger ? Echappe-t-on à la multitude anonyme vêtue de gris ?... »  ( «  SEPTENTRION »).

 

                               *              *              *

 

«  Sept cavaliers  quittèrent la Ville au crépuscule, face au soleil couchant, par la porte de l’Ouest qui n’était plus gardée. Tête haute, sans se cacher, au contraire de tous ceux qui avaient abandonné la Ville, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore, et se gardaient d’imaginer. Ainsi étaient-ils armés, le cœur et l’âme désencombrés scintillant froidement comme du cristal, pour le voyage qui les attendait » ( «  SEPT CAVALIERS »)..

 

Cette image de la sortie héroïque est confirmée par un passage du

 

«  ROI AU-DELA DE LA MER » :

 

«  Quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l’on meurt de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus parce que la vie s’en est allée ».

 

A RAPPROCHER DE JEAN BRUNE ( dans «  Interdit aux chiens et aux français » :

 

«  Les peuples qui construisent des fortifications sont des peuples qui ont peur de la guerre. Ils pensent la contenir derrière les murs, comme si des pierres entassées pouvaient quelque chose contre un état d’esprit. Derrière leurs murs ils s’amollissent, et le jour où la guerre frappe, les murs s’écroulent, découvrant des proies offertes ».

 

 

Et JEAN BRUNE, l’auteur du «  JOURNAL D’EXIL »  aurait sans doute beaucoup aimé ce passage du «  ROI AU-DELA DE LA MER » de JEAN RASPAIL, dans lequel l’auteur dit au jeune prétendant –imaginaire- au trône de France :

 

« IL VOUS FAUT CHOISIR L’EXIL. Car votre royaume est double. Il y a le royaume visible, un peuple et un territoire…Vous n’en serez sans doute jamais le roi. Et il y a le royaume invisible, qui est un élan de l’âme. Celui-là est le fondement de l’autre. Emportez-le avec vous en exil.

 

« L’EXIL EST UNE ATTITUDE…  Vous voici donc sur le chemin de l‘exil. VOUS NE VOUS CACHEZ PAS. VOUS AVEZ SEULEMENT COUPE LES PONTS »   

 

C’est moi qui souligne : « une attitude »,  «  Couper les ponts », signes du refus de la bassesse d’âme qui est le marqueur du totalitarisme contemporain ; je pense qu’on trouve là la clef qui ouvre sur le lien mystérieux entre JEAN BRUNE et JEAN RASPAIL, rappelant au passage l’étrange rapprochement de dates entre la mort de JEAN BRUNE et la parution initiale du « Camp des Saints » de JEAN RASPAIL, au cours de la même année : 1973.

 

 

                               *     *     *     *     *

 

Pour terminer toutefois sur une citation, voici, un autre extrait du  «  SEPTENTRION » de Raspail, diagnostic implacable livré par un passager du train – un Journaliste (Un clin d’œil à Brune voulu par la Providence ? ) :

 

« Je suis journaliste, j’oublie moins vite que d’autres.

 

« Au temps de ma jeunesse, tant de pays, sur divers continents, s’étaient enfoncés de cette façon dans la nuit aveuglante des systèmes régénérateurs, chacun y devenant à la fois dictateur et esclave, double nature de l’homme nouveau…

 On avait vu des nations vêtues de noir s’amputer, pour aller plus vite, d’un tiers de leur population, membre pourri et sacrifié au sauvetage du corps pur.

D’autres pays procédaient différemment, sous des drapeaux et des idéologies d’apparence quelquefois contraire, mais avec une seule méthode éprouvée : autopersuasion par contagion .

Tels étaient le poids et la force de l’irradiant cerveau collectif qu’il devenait humainement impossible de penser

autrement ».

 

 

                        *                      *                      *

 

 

Il est temps pour moi de clore ce triple chapitre consacré à Jean Brune et à Jean Raspail. Il faut que je me hâte : le Train va partir…

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 17:31

CITATIONS 2

RAPPEL : l’œuvre littéraire de Jean Brune se situe à la charnière des années cinquante et soixante, dans un contexte dramatique en Algérie, sa terre natale, environné par une situation internationale plus que tendue entre les «  deux Blocs », tandis qu’un «Tiers Monde» émerge dans la confusion et la douleur.

 

JEAN BRUNE : « INTERDIT AUX CHIENS ET AUX FRANÇAIS »

 

 

Les citations qui suivent sont tirées  du chapitre «  les mots en croix », sur lequel repose tout l’édifice de cet ouvrage, qui n’est pas un roman mais un « essai », paru en 1967, qui clôture les écrits de Jean Brune axés sur la tragédie algérienne, mais qui constitue un ensemble qu’on pourrait qualifier de « tryptique », avec, d’une part, la pièce de théâtre inachevée, «  Les Mutins », que Brune, dans un moment de « renoncement » aurait même voulu voir détruite ( il en avait, heureusement pour nous, déjà confié le manuscrit à ses grands amis Sapin-Lignières ) et qui sera édité bien plus tard par les éditions Atlantis, nous donnant ainsi accès à cette œuvre forte, d’une très grande puissance dramatique. D’autre part, « Interdit… » est à rapprocher également, notamment de par son chapitre sur « les mots en croix » du copieux reportage effectué par Brune au Viet-Nam, aux côtés des troupes US, en décembre 1966 et janvier 1967, pour le compte de «  Spectacle du Monde/Valeurs actuelles », paru sous le titre : « Viet-Nam, bataille pour l’Asie ».

 

Analysant les conflits extérieurs comme étant manipulés par le Communisme international ayant «  extrapolé la lutte des classes à l’intérieur des vieilles nations, en lutte des races à l’échelle du monde », Brune dissèque d’abord le processus méticuleusement suivi par les révolutionnaires :

 

« D’abord des prêcheurs isolés parcourent les provinces et font halte dans les villages. Ceux-là sont les apôtres des temps nouveaux…Ils traduisent la philosophie de la lutte des classes en termes de gardiens de chèvres et de tâcherons. Ils font l’inventaire des petites rancunes, des secrètes amertumes, des mécontentements anodins…que la vie quotidienne accumule sous tous les ciels, dans toutes les communautés humaines.

 

Puis, ils inscrivent ces menues misères au passif de la France, de l’ennemi. Dans chaque homme, ces experts font naître une victime. Ils sèment la Haine.

 

Surgissent alors de petits commandos de tueurs. Ceux-là s’en prennent aux cadres naturels de la société…faisant des hommes des orphelins sociaux, qu’il sera désormais plus facile de tromper…Du même coup, ils égorgent les sceptiques. Ils imposent ainsi l’idée d’une force occulte, omniprésente et implacable. Ils sèment la Peur.

…………………………………………………………………………

Enfin, ils impliquent les habitants des villages dans un délit, même mineur. Les hommes qui ont coupé les poteaux du téléphone imaginent que le sabotage est inscrit sur leur front…ils gagnent les maquis pour se sauver. Ils grossissent les bandes qui feront la peur plus précise …Les foules prennent conscience que l’autorité peut être bravée. Un ordre s’effrite, imperceptiblement. Un autre le remplace, qui applique des châtiments effrayants ».

 

Sont-ce là des images de cauchemar, surgies d’une guerre morte, qui ne viendraient hanter que les esprits avides de films d’horreur ?

Il y a toujours des jungles et des grottes quelque part, y compris dans les villes tentaculaires de notre temps. Le processus est à méditer, car lui, reste intact, intemporel.

 

Une fois enclenchée, cette bataille peut alors s’élargir, devenir globale, portée sur le terrain des mots, et des concepts que ceux-ci véhiculent.

 

« Partout on attaque, transgressant les lois qui sont le fruit de deux millénaires de civilisation ; mais partout on avance à l’abri de ces mêmes lois grâce à un subterfuge qui est la perversion des mots. Car le monde rouge a compris l’étrange pouvoir des mots paix, liberté, trêve, légitimité, fraternité, les mots-fétiches  de l’Occident, les mots gris-gris…

 

Mais de chacun de ces mots-amulettes, il a dessiné une réplique d’ombre : il fait la guerre au nom de la paix et baptise liberté l’esclavage… »

 

«  Cent mots altérés, et vacille tout un système de pensée !... Les notions les plus élémentaires deviennent équivoques. Les dogmes s’effritent sous les interprétations dialectiques…L’arme qu’attend l’Occident, c’est un dictionnaire pour les définitions ! »

 

Tout serait à citer, dans ce chapitre à la fois fait d’observation de terrain et d’analyse prophétique. Il garde toute sa portée un quart de siècle après la chute du Mur de Berlin, parce que, dans ce qu’on appelle toujours  «  Occident », et singulièrement en France, les fondations de ce mur sont toujours profondément incrustées dans maints esprits, et pas seulement dans les cerveaux de ceux qui se réfèrent encore ouvertement au communisme.

 

Mais, pour éviter l’écueil d’une approche « politicienne » des écrits de JEAN BRUNE, et rester au niveau de l’histoire de la pensée, il est conseillé de méditer la fin de son reportage – qui est bien plus qu’un simple «  reportage » sur la guerre du Viet-Nam, si mal engagée par les Américains, et qu’ils termineront si mal. Le titre du dernier chapitre est tout un programme : «   Le Choix offert aux hommes de notre temps ».*Son contenu est de haute volée, et je n’hésite pas à dire que pour moi, il constitue le « testament de Jean Brune », à la fois témoignage et passation de relais, destiné à ceux qui devront pendre la relève. J’en extrais ce passage :

 

«  Le cauchemar qui se lève en Asie apporte la révélation du danger infiniment plus effrayant qui menace la Civilisation : c’est la négation de l’intelligence et de la Culture, dans la récitation pluriquotidienne d’un Coran ramené à quelques versets élémentaires .

 

Il ne s’agit plus de l’amputation d’un territoire, qui laisse l’âme des hommes intacte ! Athènes vaincue par Sparte a pris sa revanche dans Platon. Il s’agit cette fois de l’ASSASSINAT D’UNE PENSEE, A L’INTERIEUR DE FRONTIERES INCHANGEES : on rase les esprits, comme autrefois les murailles, et il n’est plus de Platon possible. Et même les Phidias et les Homère passés, sont arrachés de la mémoire. Une civilisation sombre, avec ses phares éteints, et l’on efface jusqu’aux traces de son souvenir. Le danger qui menace le nouvel Empire Romain d’Occident, ce n’est pas seulement Rome occupée : c’est Socrate, Praxitèle et Ovide et Tacite, rayés de l’héritage commun ».

 

 

 

LA PROCHAINE MISE A JOUR SERA CONSACREE A DES CITATIONS TIREES D’OUVRAGES DE JEAN RASPAIL, PRESENTANT DE PROFONDES ANALOGIES AVEC LES ECRITS DE JEAN BRUNE SUR LES THEMES EVOQUES CI-DESSUS   

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 10:11

 

Des amis ayant assisté à la conférence que j’ai eu le plaisir de donner au cercle algérianiste d’Aix le 23 avril sur  JEAN BRUNE dans le cadre de la 1ère partie des «  Ecrits de la liberté », m’ayant demandé de communiquer quelques unes des citations que j’ai faites de ce grand Français d’Algérie, ainsi que de Jean Raspail, en fin d’exposé, je m’exécute bien volontiers.

 

 

JEAN BRUNE : «  Cette haine qui ressemble à l’amour » :

 

 

« Le colonel avait retrouvé Ben Driss en Indochine…En Afrique, Ben Driss était pour le colonel la preuve vivante que la France ne faisait pas la guerre à tout un peuple, tout entier dressé contre elle pour défendre une conception de la liberté politique et de la vie ».

………………………………………………………………………

«  Cette guerre, dit l’imam, est une catastrophe. Les jeunes s’y sont engagés à l’appel de Benallal, dont ils se moquent maintenant, parce qu’ils le jugent trop timoré…trop raisonnable. C’est qu’au fond Benallal était un Français qui ne se déchaînait en violences verbales contre la France que pour la contraindre à satisfaire son ambition…De l’enseignement de Benallal,(les jeunes générations) n’ont gardé que la haine contre la France ».

……………………………………………………………………….

«- Cependant, insista le colonel, n’est-il pas permis de penser que le marxisme faisant de la matière la fin de tout en ce monde, et l’Islam cherchant en Dieu la source de toutes choses, les deux philosophies sont inconciliables ?

- Non, dit l’imam, il n’y a pas d’erreur plus dangereuse…Parce que, loin d’être un obstacle dressé devant le communisme, l’Islam est une porte ouverte sur un couloir qui y mène tout droit !....

…En somme, le fatalisme musulman s’accorde parfaitement avec le déterminisme historique de la doctrine marxiste ! ».

……………………………………………………………………..

« - Quelle étrange idée, dit le colonel, ont trop d’hommes de ce pays, de ne pas comprendre que, défendant ici une certaine conception de la France, les soldats défendent aussi leurs fermes !

 

- Quelle étrange idée, répliqua Durrieu, ont trop de militaires qui imaginent que, défendant leurs fermes, les colons les gênent pour défendre la France ! »

……………………………………………………………………..

« Leur vérité, c’était le souci d’assurer la prospérité des fermes, non pas tellement pour le profit matériel qu’ils en retiraient, mais parce qu’ils s’étaient identifiés à leurs terres…Ils avaient conscience d’avoir fondé quelque chose avec de la sueur et du sang. Et voici que maintenant, ils identifiaient les champs à leur propre chair et à leur propre sang ».

 

 

JEAN BRUNE : «  JOURNAL D’EXIL »

 

 

«  Le tiers monde construira sans aucun doute de ses mains nues un ordre nouveau. A un moment donné, il a dépendu de la France que cet ordre ne soit pas l’ennemi de l’Occident. La chance a été gâchée. Nul ne peut dire ce que sera l’avenir, mais l’expérience historique appelle à se souvenir que les grands bouleversements…ont toujours été le fait de foules, parfois misérables, embrasées par une ferveur…Prenons garde que les foules sans chaussures du tiers monde ne campent pas un jour dans les plaines d’Europe comme les sans-culottes de Bonaparte ont campé dans la plaine du Po, et finalement s’y sont habillés, comme le raconte Stendhal »

 

( à noter que ce passage du livre de Brune a été écrit en date du 12 novembre 1962, 11 ans avant la parution-choc du «  Camp des Saints » de Jean Raspail » ) 

 

 

 

 

JEAN BRUNE : «  INTERDIT AUX CHIENS ET AUX FRANÇAIS »

 

 

Le sens du combat des troupes d’élite :

 

« Ils se battaient pour un certain goût de l’effort qui, peu à peu, décape la pensée de ses boues, la laisse plus nette et plus pure, ramenée à l’essentiel, qui est toujours simple. Ils se battaient parce qu’ils avaient choisi de se fondre dans un grand corps aux réflexes collectifs, noués dans la somme des renoncements individuels, et que par ce chemin ils atteignaient à une hautaine dimension de la liberté…Ils se battaient aussi pour une notion de la communauté occidentale et pour les valeurs sur lesquelles elle se fondait. Mais…ils pressentaient que cette bataille pourrait les amener un  jour à un conflit avec les commandements formels de la discipline.  Accoutumés à épuiser ce qu’il y a de grandeur dans l’obéissance, ils refusaient la soumission comme une offense : et ils s’interrogeaient sur les obscures frontières qui séparent l’obéissance et la soumission ».

 

Dans son texte, Jean Brune venait de citer  expressément Saint-Paul : «  Je suis lié , donc je suis libre ». Pour la grandeur de l’obéissance. Mais, devant le déshonneur de la soumission, Brune fait s’écrier ces hommes : « Nous ne permettrons plus ! ». Or, il y a un mot tiré du vocabulaire religieux pour cela, auquel a peut-être pensé Brune. C’est celui du «  Non Possumus ! ». 

 

Il y a dans l’exposé lapidaire et intensément dramatique de cette situation tout le thème fondamental de la pièce de théâtre inachevée de Brune :  «  LES MUTINS »  

 

 

 

La  SUITE de ces citations dans un prochain envoi….

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 15:32

Précision : Nos lecteurs les plus attentifs auront sans doute remarqué que le fac-similé de la lettre de Jean Brune publié dans la relation de l’intervention de Pierre Dimech sous le signe de « Jean Brune parmi nous », ne correspondait à aucune des 2 lettres citées par l’intervenant.  Il ne s’agit pas là d’une erreur de texte. La lettre reproduite a été choisie par Pierre Dimech comme simple illustration, pour montrer l’’écriture caractéristique de Jean Brune. Elle l’a été entre autres à raison de sa brièveté, qui en a permis la reproduction sans allonger considérablement le texte de la mise à jour. Ce qui n’aurait pu être le cas avec les 2 lettres figurant en extraits dans l’intervention de pierre Dimech

 

L'équipe du blog Maltalger

 

 

 

La meilleure façon de ne pas oublier JEAN BRUNE, c’est de ne pas dissocier en lui l’HOMME de

l’ AUTEUR.

 

C’est, avant de commencer à se replonger dans les écrits qu’il nous a laissés, bien se  remettre dans ses pas  de FRANÇAIS D’ALGERIE.

 

Né en 1912 sur les terres fauves d’Aïn-Bessem, bourgade faisant face à la montagne Kabyle, tournée vers les étendues brûlées de soleil, vers la romaine AUMALE et au-delà vers le Sud désertique...  Séparée de la côte et d’Alger par le col de Sakamody, au souvenir tragique.

Terre de blés et de vignes, terre d’élevage de moutons, de colons transpirant sous leurs chapeaux et d’hommes en burnous, portant tous sur eux la même insaisissable couche de poussière dorée. Bercée par le son des cloches de l’Angelus et le chant du Muezzin, et par celui,  nostalgique et lointain de la flute d’un berger, le soir, lorsque le soleil se couchait du côté de Tablat. C’était ça, l’Algérie profonde dans laquelle BRUNE vit le jour.

 

Homme du BLED donc, dont la petite enfance, un peu chaotique après la mort prématurée de sa mère, n’eut pour seule constante que son enracinement permanent dans une Algérie terrienne, au contact quotidien des jeunes arabo-berbères de son âge. C’est là, sur le terrain, qu’il puisera sa connaissance intime de ce monde, approfondie ensuite par l étude des textes coraniques.

 

congres-2013 0001 NEWAdolescent, il fut parfaitement ce type d’ALGERIEN FRANÇAIS, futur Pied-Noir, et en tous cas, désormais ALGEROIS, au Lycée Bugeaud, où il eut pour condisciple ALBERT CAMUS, d’un an plus jeune que lui.

Mais BRUNE était déjà Bohème, frondeur, rêveur et volontaire. Anticonformiste, privilégiant les amitiés personnelles, par rapport aux codes pré-établis, et pourtant  homme de conviction. Et par-dessus tout cela, un véritable talent d’ARTISTE pluri - disciplinaire , touchant à la littérature, au Journalisme – déjà – mais aussi, au monde de la Peinture et de la sculpture, et à l’univers du Théâtre. De ce volcan aux multiples cratères émergea bientôt un Être à la fascinante séduction, assortie d’un contact chaleureux, bien que parfois difficile. Toute la vie de JEAN BRUNE sera parsemée de ruptures et de conflits rageurs. Mais, au grondement de sa voix de bronze, et à l’ample geste de ses bras grands ouverts précédant l’accolade homérique, les petites griffures d’amour-propre s’effaçaient comme par enchantement.  De même, il n’ y avait pas comme lui pour vous gratifier de vraies-fausses confidences , en vous haussant à une situation d’intimité : il avait ce pouvoir de vous subjuguer en vous disant combien vous comptiez pour lui, combien vous étiez unique, et plus encore celui de vous le faire croire !!!...

Eh bien, on retrouve tout cela dans son œuvre. Avec ses mots-fétiches , dont il utilisait la large palette comme un peintre ; avec ses tournures de phrases, sa ponctuation caractéristique, où il laissait entre les phrases de nombreux points de suspension, dont on ne sait si c’était pour reprendre sa propre respiration, ou si c’était pour laisser souffler le lecteur.

 

Souvenez-vous de tout cela, lorsque vous relirez

CETTE HAINE QUI RESSEMBLE A L’AMOUR

JOURNAL-D’EXIL
LA-REVOLTE
INTERDIT AUX CHIENS ET AUX FRANÇAIS

LES MUTINS,

Et bien d’autres textes

Mais, songez aussi à tout ce qu’ a écrit JEAN BRUNE dans la Presse Algéroise, notamment ses grandes enquêtes effectuées dans le Bled. Songez aussi à ses écrits d’après l’Exode.

 Et surtout, n’oubliez pas que Jean BRUNE a été Alger UNE VOIX,

un éditorialiste de radio qui a soulevé l’enthousiasme,

d’abord à LA VOIX DU BLED, émissions militaires, en 1956,

 puis après, en 58-59, sur les ondes de RADIO ALGER

 devenue FRANCE V. 

 

Dans toutes ses interventions, marquées par son amour    brûlant de l’Algérie, une Algérie totale, minérale et charnelle, englobant tous ses habitants,la Vigueur, la Puissance d’analyse, la Clarté, le don de   Prémonition, fruit d’une connaissance intime des êtres et des choses, étaient chaque fois accompagnés de l’expression d’une Générosité fervente et infinie pour les Siens, tous les  Siens, y compris ceux qui nous combattaient sur le terrain, à qui il livrait une « Guerre sans haine », réservant son mépris féroce à ceux   qui nous tiraient dans le dos, faux compatriotes et vrais salopards.

 

Je vais maintenant redevenir un instant LA VOIX de JEANBRUNE, en vous lisant le texte d’un de ses éditoriaux. Mon choix a été plus que difficile, mais il s’est finalement portésur le plus symbolique d’entre eux  pour 2 raisons : ce fut

SA DERNIERE INTERVENTION SUR RADIO ALGER, UN CERTAIN JEUDI 21 JANVIER 1960.

Vous ferez vous-mêmes le rapprochement de dates : 3 jours après,c’était le dimanche des Barricades.

Et, 2 semaines  auparavant, c’était la mort brutale de Camus.

A ce double titre, l’appel lancé par Jean Brune n’en sera que plus poignant.


  Ci-dessous les 3 pages de l'allocution radiodiffusée de Brune

(nous nous excusons de la mauvaise qualité de la reproduction, qui s'est avérée délicate)

IMG P 1

IMG P 2

 

 

IMG P 3

 


 

 

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 10:49

Le Congrès de la Fédération des cercles algérianistes qui s’est déroulé à Perpignan les 8 ;9 et 10 novembre de cette année, a été placé sous le signe du quarantième anniversaire de cette institution qu’est le Cercle Algérianiste, doublé du centenaire de la naissance d’Albert Camus.

 

Mais, l’anniversaire de la disparition de ce grand Français d’Algérie que fut le journaliste et écrivain Jean Brune, décédé au moment même de la création du Cercle, en 1973, oublié des médias, ne pouvait être passé sous silence.

Thierry Rolando, président national du Cercle algérianiste, a demandé à Pierre Dimech, qui est un peu l’incarnation de la mémoire de Jean Brune, d’évoquer l’homme et l’œuvre, en 2 brèves interventions ( à raison des contraintes d’un programme plus que « serré » )  au cours de la matinée du samedi 9 novembre.

 

Nous publions tout d’abord ci-dessous la première de ces deux  interventions, l’autre étant prévue pour la prochaine mise à jour.

 

    L’équipe du Blog maltalger

 

 

 

JEAN BRUNE PARMI NOUS

 

 

 A vous, mes frères d’Algérie, ici présents, mais aussi à ceux

 qui sont devenus des Algérianistes de l’Au-delà, mon salut fraternel  d’enfant d’ AÏN BESSEM  !

 

Jean Brune 1Vous célébrez tout à la fois vos 40 ans, et les 100 ans de la naissance de mon Ami Albert, mais vous avez voulu aussi commémorer ces mêmes 40 ans qui me séparent de vous,

Qui me séparent mais au cours desquels je n’ai jamais cessé de vous accompagner, puisque votre naissance collective et ma mort ont mystérieusement coïncidé en 1973.  Mon nom est BRUNE, JEAN BRUNE, et j’ai choisi la voix de l’un des vôtres pour m’adresser à vous, brièvement bien sûr, car c’est une permission exceptionnelle qui m’a été donnée, par faveur toute spéciale de Là-Haut….et par la grâce insigne de votre Président ! Nous avons donc 10 minutes pour renouer, non par l’étude, ce qui serait un non-sens digne de l’absurde de notre cher Camus, mais par ce courant vital, cette force généreuse, cet esprit de Chevalerie qui m’a hanté toute ma vie, et que j’ai résumé en un mot sublime qui a été l’étoile polaire de ma vie : FERVEUR !

 

Vous avez fait de moi un archétype du Français d’Algérie, et si je ne sais pas si vous avez raison, je crois que vous n’avez pas eu tort de le penser, car nous sommes, vous et moi, faits de ce même mélange de Terre et d’Eau, de Lumière et de Vent : nous sommes de la roche dure et de la terre ingrate, auxquelles nous nous sommes unis en des Noces d’une violence jubilatoire ; nous sommes de l’acier des djebels, que la pourpre des crépuscules sanglants recouvre d’étain, et nous sommes de la douceur de nos collines, ces sœurs africaines de la Provence et de la Toscane. Nous sommes les Fils et Filles de la Mer merveilleuse, que ne font pas oublier même les plus féériques lagons du Pacifique. Nos traits ont été rongés par le Sel des vents marins, et burinés par le sable des vents du désert.

 

Nous avons en héritage la soif de ces hommes, que mille raisons, et peut-être aucune raison du tout  , ont poussé hors de chez eux, de leur vie toute tracée,  taraudés par l’esprit d’aventure, et auxquels on a donné le beau nom de PIONNIERS…

 

Nous sommes enfin le  Peuple à l’éternelle jeunesse, puisque l’Histoire et ceux qui la font parler comme le font les ventriloques, en nous chassant et en nous jetant , dispersés, sur les routes, nous ont en même temps empêché  de vieillir. Mourir en tant que peuple enraciné à l’âge de 132 ans, c’est pour une Communauté, mourir à son état d’adolescente. Mais, vous avez su transformer l’Exil en volonté de Renaissance, l’Errance, dont je sais quelque chose,  en obstination à rester vous-mêmes, l’arrachement, en travail de transmission. Vous roulez vous-mêmes votre rocher depuis 40 ans, Sisyphe heureux, dans cette communauté d’amis que vous formez, avec obstination, en répondant aux voix du découragement pernicieux, aux sirènes mauvaises du doute, d’abord en Enfants de Musette et d’Edmond Brua, par un imparable et ironique «  ET ALORS ???, avant, vous souvenant de nos beaux Classiques de Français revivifiés, d’enchaîner avec  le fameux cri de Cyrano : «  Non, non, c’est bien plus beau, lorsque c’est inutile !!! »

 

N’oubliez pas, n’oubliez jamais qu’avant la Haine ,et même pendant la haine, il y a eu l’Amour, que si l’Exil a suivi la Révolte, et que si la colère m’ a inspiré la hargne d’Interdit aux chiens et aux français, il y a eu, dans notre âme de Mutins,  le cri de joie de ce Sisyphe heureux…

 

Oui, pour m’adresser à votre assemblée, J’ai emprunté la voix de celui qui est là devant vous, cet ancien Lycéen timide qui était venu nous rejoindre, au cercle Henri IV à Alger, un soir de novembre 1952 : Qu’ il me permette donc de vous  livrer quelques propos que je lui tenais, par le lien des lettres, tant il est vrai que souvent l’écrivain se révèle par sa correspondance plus encore que par ses livres, car c’est son être intime qui alors transparaît :

 

                                                                ( de Lisboa )

 

Lettre J copieFrère Dimech, Pierre Gourinard m’a offert une double joie, puisqu’il est venu porteur d’un mot de votre main. Avec lui ont surgi les souvenirs de ce petit groupe d’étudiants algérois qui venaient parfois manger les tomates, les poivrons et les aubergines brouillées avec des œufs, dans mes refuges successifs de nomade. Angelleli, Laffly, quelques autres. Leur fidélité dans le souvenir et l’amitié m’étonne et m’émeut.
Avec votre écriture ont surgi les souvenirs de ces quelques soirées passées ensemble à Paris, où nous nous sommes retrouvés en si parfaite communion de pensée….

 

Votre passion

méditerranéenne me ravit. Elle a peut-être été pour moi le seul fil conducteur traçant le long de la vie sa marque cohérente. Le reste est désordonné.   Pendant mes vacances de lycéen, je me sauvais pour aller pêcher avec les « lamparos » de la Madrague. Les pêcheurs calaient leurs filets et revenaient sur la plage, loin, entre Madrague et Moretti, pour se détendre autour des braseros où chauffait le café amer. Le sable était mouillé et il passait sur la mer et les plages ces silences d’avant l’aube que j’ai appris à reconnaître plus tard, au cours des veilles plus inquiètes de la guerre.  Le jour se levait comme une méduse montant des profondeurs.

Ici, le Portugal est une Méditerranée atlantique. Mais l’Atlantique l’emporte…

…Il y a le vent, la pesée perpétuelle qui s’engouffre dans le Tage….Mais les soirs sont fascinants ; de grands soirs rouges baignés d’étranges mystères barbares que la méditerranée ignore. C’est vraiment l’Occident, la fin de quelque chose, et l’on comprend brusquement l’aventure des Découvertes. Il n’était  pas possible aux hommes de ce pays de ne pas aller interroger l’horizon et de ne pas tenter de suivre la course du soleil.

 

Cependant, quelques reflets méditerranéens surgissent parfois. L’alfama est une casbah d’alger, où chaque ruelle ouvre au loin sur le Tage étalé comme une mer, et le parfum des sardines grillées qui monte dans l’air renvoie à Naples ou à Athènes, et à Alger et à Gènes …. Quand vous viendrez à l’Alfama, nous irons manger des sardines grillées chez Antonio Dos Santos. J’espère que ce sera bientôt….

Fraternellement votre. Je vous embrasse.

 

( du Pacifique Sud )

Frère Dimech, j’aurais aimé passer une soirée avec vous, le sort ne l’a pas voulu. Mais vous restez l’être étrangement près de mes secrets. Sans doute l’avez-vous compris, c’est pourquoi nous avons l’un et l’autre dédaigné de le dire….

On rêve au dynamisme algérien. On comprend qu’il a été le fruit de cette synthèse latine qui nous fascine, vous et moi…En Algérie, bouillonnaient dans le creuset les hommes venus de Naples et de Barcelone, de Sardaigne et de Malte, de Gènes et de Mallorca… Jusque sur les îlots de Salomon, j’ai trouvé des pieds noirs grilleurs de brochettes. Merveilleux optimisme des nôtres, qui ont dédaigné les sécurités douteuses de la Sécurité sociale, pour s’aventurer dans les îles du bout du monde…

Frère Dimech, au-revoir. Dîtes à la «  cellule familiale » les souhaits que je formule pour elle. Je vous embrasse…

Et c’est sur cette ultime accolade que j’ai laissé Pierre à tout jamais en ce monde, et que je vous laisse aujourd’hui, mes amis, mes frères d’Afrique.

Mais, avant de regagner mes espaces silencieux, je vous fais cette demande :  lorsque vous ferez l’appel des vivants, à mon nom, dîtes tous d’une voix forte : 

«  JEAN BRUNE ?   PRESENT !!!! »   

 


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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 21:43
Cette Patagonie selon Raspail est symbole de liberté d'esprit, de fantaisie, de rêve. Bref, d'originalité.jEAN rASPAIL

«  Il y a plus de Patagons qu’on ne croit, et tant d’autres qui s’ignorent encore »

.

En vérité, nul ne saurait avoir été plus loin de la Patagonie que Jean Brune, ce pur produit de l’éternelle Méditerranée, ce Français d’Algérie pétri de latinité, épris de lumière en vrai fils d’Ulysse, célébrant des aurores de premier matin du monde sur la mer et des couchants aux pompes barbares sur les djebels, en un déploiement d’une prose incandescente et torrentielle.

 Jean-Brune

Mais ce journaliste et écrivain algérois, né dans le bled et connaisseur comme peu le furent des paysages et des hommes de cette terre grandiose et tourmentée, féru de peinture et de tout ce qui pouvait projeter une image sur la toile ou le papier, a vécu durant une époque marquée par les grandes secousses qui portèrent à l’Occident des coups mortels : né en 1912, à la veille de la Grande Première macabre, il fut amené à combattre au sein de l’Armée d’Afrique, durant la deuxième. Et il dut subir le drame qui frappa ses compatriotes, qu’il vécut en témoin lucide et acteur malheureux. Sur le point d’être expulsé de sa terre natale, il choisit la clandestinité, puis l’exil qui, pour lui, ouvrit les chemins d’une errance à travers les villes d’Europe, au gré des poursuites des polices comme des rendez-vous pris avec d’autres réprouvés, pour aboutir, de l’autre côté de la mappemonde, dans cette France australe où, jeune encore mais rongé de l’intérieur, il finit ses jours, au tout début des années 70, du côté de Nouméa.

 

Il avait fini par se dire « Apatride francophone ». A travers cette qualification amère, expression d’une blessure et d’une désillusion, s’ouvre la possibilité d’un cheminement vers toutes les Patagonies,  cet « ailleurs », ce « coin d’âme caché », ce «  coin de cœur inexprimé », où il pouvait enfouir précieusement ses regrets, son rêve brisé, tout en faisant un beau pied de nez au destin contraire et à ceux qui l’incarnaient. Et voilà donc, que pour exprimer Jean Brune, j’en viens à me servir tout naturellement des mots de Jean Raspail.

 

De fait, dès Alger, ce volubile bardé de secrets, ce farceur grave, avait su manier la joyeuse provocation anticonformiste en fondant avec quelques compères une sorte d’anti-club,  sorte de Rotary burlesque, sous le signe de la Sépia, cette seiche d’Algérie dont se régalaient les pêcheurs…et les gourmets fréquentant  les petits bistrots des ports. Et cette « Sépia » était animée, non par un « président », mais par un… « Calamar », vocable  « hispanisé » du calmar. On restait dans le thème marin, mais il y avait plus : on disait de quelqu’un que c’était un « calamar » lorsqu’il s’avérait particulièrement maladroit, bon à rien ou stupide. On mesurera ainsi l’ampleur de l’auto- dérision , « sacralisée » dans la devise de la « Sépia » : « Bras d’Honneur et main tendue ». Une organisation, un emblème, une devise, le tout calqué sur le sérieux et ne l’étant pas ; Bref : un Jeu. Un Jeu ? Nous y voilà.

 

Ajoutons un élément important à la personnalité complexe de Jean Brune, en lien avec cette requête : cet artiste à la vie fantasque, bousculant les conformismes, privilégiant les liens humains, y compris avec des gens de l’autre bord, par rapport aux doctrines et aux dogmes, fut dans sa jeunesse Camelot du Roi, et resta jusqu’au bout fidèle à son attachement à la Royauté et à la pensée de Maurras.    

 

Il est évident que Jean Brune ne connut pas la Patagonie d’Orélie-Antoine Ier, pas plus qu’il n’aurait été enclin à découvrir la Patagonie géographique, lui qui, m’écrivant à mon adresse parisienne, me demandait comment je pouvais vivre «  sous ces latitudes polaires »..

Mais, la Patagonie, après avoir vu vivre et s’éteindre les Alakalufs, Yaghans et autres Onas, passer er disparaître les marins de Magellan, s’installer, avec des fortunes diverses, aventuriers, voyageurs et écrivains du Sud, s’est providentiellement ouverte aux Royaumes en danger, aux Civilisations rongées par les totalitarismes gris. Sont alors entrés sur ses terres virtuelles les Cavaliers du Refus, les Passagers en route vers un Septentrion bouclant le tour du monde, et les Combattants du Camp des Saints. Et qui sait ? Le Roi au-delà de la mer y  a-t-ilpeut-être une résidence ? 

 

Dans cette Patagonie-là, je sens près de moi l’ombre de Jean Brune. Dans son existence errante, lors des années décisives de sa vie, une fois arraché à l’Algérie charnelle, il connut la permanence de son rêve comme de ses regrets. Il se réfugia alors dans ses haltes successives comme dans ses écrits. Sans patrie officielle, entre celle qu’il avait perdue et celle dont il ne voulait pas parce qu’il ne se reconnaissait plus dans ce qu’elle était devenue, il fut hanté par la recherche d’un Ordre supérieur, y engageant sa fidélité en refusant tout conformisme. Il porta les siens dans son cœur, notamment les plus « rebelles » d’entre eux, « soldats perdus », en qui il voyait des  « Fondateurs d’Ordres religieux », lui, l’agnostique mystique…Et cette Errance, qui suscita quelques interrogations chez ceux qui restaient à la surface des choses, fut avant tout une « Attitude ».

 

En somme, s’il ne fréquenta point les Palais imaginaires de Sa Majesté Orélie-Antoine Ier, Jean Brune, aristocrate plébéien, chevaucha au côté des Pikkendorff pour ses dernières batailles. C’est pour cela, pour qu’on se souvienne de cet Homme, injustement enseveli dans l’oubli par les petits hommes gris, et pour que, de l’Au-delà, il sache qu’il est sur terre un Royaume où il sera parmi ses frères d’armes, que je propose la naturalisation patagone de Jean Brune à titre posthume, la soumettant avec déférence à l’autorité bienveillante de Son Excellence le Consul Général de Patagonie.

 

 

Pierre Dimech

Vice - Consul de Patagonie

Salon-de-Provence

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