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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 16:07


J'emprunte ce titre à un paragraphe de la livraison de l'excellent site "le Salon Beige" de ce jour, 5 septembre 2014. Il s'agit d'un texte provenant de l'Etranger, puisque traduit par les soins du Salon beige.

 

Nos milieux sont, à juste titre, taraudés  par la nécessité d'une TRANSMISSION aux générations qui nous suivent, et qui bientôt nous remplaceront.  Comme tous ceux qui ont été arrachés à leur terre natale, nous, d'Algérie, lançons désespérement un pont sur l'abîme, pour tenter de ne pas être les derniers d'une lignée, la fin d'une Histoire. Mais, nous ne sommes pas les seuls.

 

Ce que nous cherchons tous à leur léguer, c'est donc tout un Passé, mais aussi, inévitablement, tout ce qui a suivi dans notre vie mouvementée, ballottée par les à-coups de notre Destin. Il y a donc, que nous le voulions ou pas, une partie du temps présent qui colle à l'image que nous cherchons à donner. Et c'est là que la partie devient difficile, très difficile.  

Le texte qui développe le titre ci-dessus dans la page du Salon Beige est à cet égard "décapant", pour ne pas dire : implacable.

 

Il y est écrit que: " Il est courant que les adultes entretiennent des préjugés sur les jeunes dont le comportement est souvent négligent dans leurs études, irrespectueux à la maison, peu disponible et irresponsable. Cependant ils sont affectés par un grand nombre de choses dont les adultes sont les responsables ".

 

Suit alors, avec d'éloquentes précisions, une liste accablante, qui , dans l'ordre de l'article, cite :

 

- Le chômage

- Le manque de solidarité

- L'avarice, la convoitise et le gain

- Le manque de respect dans toutes les classe sociales, culturelles, politiques, éducatives et professionnelles

- Le gaspillage

- Le mépris de la vie humaine

- La déliquescence de la famille

- La marginalisation sociale

 

et l'article conclut  ainsi : " Dans cette situation généralisée, les adultes sont les coupables et le préjudice retombe sur les jeunes..."  et nous demande de prendre en compte nos propres fautes, celles de notre génération.

 

 

En d'autres termes, après l'énumération-aveu de ces fautes et leur prise en compte-repentir (je n'ai pas dit : repentance ), voilà qui a  bien des caractéristiques  d'un PASSAGE AU CONFESSIONNAL. Où l'on devinerait derrière la grille la silhouette blanche du Pape François.

 


  • Mais, ce nécessaire examen de conscience, loin de nous décourager, doit nous permettre de " prendre du recul, sinon de la hauteur ". 

  • Allons ensemble méditer en un lieu qui associe à la Beauté de la Nature, l'élegance de la Civilisation qui s'y est développée, avec une touche de mélancolie virgilienne...

  • Les images qui suivent datent du temps où je me passionnais pour la photo en noir & blanc. Elles ont été prises en août 1969 sur les bords du somptueux LAC DE GARDE, que j'avais découvert en 1957, comme je le raconte dans " L'homme de Malte ". 

 

 

 

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 11:48

La date fatidique du 15 Août passée, l'année bascule dans la descente vers l'hiver. Pourtant, c'est depuis la fin juin que le jour, discrètement, diminue sa présence. Mais, dans notre mental, le 15 août est une date-charnière. Climatique et psychologique. En Algérie, nous énoncions doctement qu'en France, " après les orages de la mi-août, le temps fraîchit, et l'été est terminé". Cela se vérifiait souvent, lorsque nous étions sur place pour quelque congé, en frissonnant dans les rues de Marseille balayées par le mistral, au moment où nous nous apprêtions à reprendre le bateau dans la bonne direction, pour Alger ou Oran...Là-bas, au moins, on était sûrs de le retrouver, cet été fugueur !

Mais, puisqu'est évoquée la chère Algérie, comment ne pas rappeler que le mois d'août laisse dans notre mémoire la trace sanglante du 20 août 1955 ? Prions, Prions sans cesse pour toutes ces victimes de la barbarie fanatique, celles de ce jour-là, mais aussi celles  qui les ont suivies, jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à James Foley. La nuit, dans le ciel noir, je me prends à voir dans le croissant de lune la lame courbe d'un cimeterre.

 

Bien sûr, pour nos gros médias, le 15 août est essentiellement un "pont" et un lieu d'embouteillages. Passons...mais, j'ai bien envie de dire que pour notre France, c'est aussi une piste d'envol. image hardie par son anachronisme ( conscient et consenti ), pour figurer cette élévation dans l'espace, vers le ciel, ou plutôt vers les cieux, que nous devons au pieux Roi Louis XIII, de par son acte de consécration de sa Personne et de tout son Royaume à la T.S. Vierge Marie en son Assomption, la faisant du même coup sa Patronne et Protectrice.030

Dans notre région provençale, ce jour a été marqué, comme chaque année, par d'importantes processions, notamment à Marseille, à ND de la Garde, et au Barroux, à l'abbaye Ste Madeleine. Je me trouvais pour ma part à quelques centaines de kilomètres de là - et pourtant très proche du Barroux en esprit -  du côté d'Agen, avec les moines de Ste Marie-de-la-Garde, fondation du même Barroux, pour une procession intimiste et très recueillie nous ayant menés dans un bois jouxtant les bâtiments monastiques. Nous étions en plein sud-ouest, mais la lecture par le Père Marc, Prieur, du Voeu de Louis XIII, sous les grands arbres, face à une petite statue de la Vierge, dans un silence abyssal, me renvoya irrésistiblement aux offices célébrés clandestinement par les Chouans...et par leurs successeurs Cristeros.

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Mais, l'actualité nous marqua de son empreinte. Elle nous fit tourner nos regards - et surtout, notre Regard intérieur - vers nos frères d'Orient persécutés. lire à cet égard le beau reportage sur "le 15 août au Barroux" dans "Présent " de ce jour. Et comme on comprend - et comme je partage - le " coup de gueule" d' Alain Sanders, dans le même organe de Presse (du 21 août): " Massacre des chrétiens: on finit de bronzer et on avise...", qui cible le médias de la "grande presse", tout en donnant un coup de chapeau à ...Fabius, pour sa déclaration : "je sais bien que, dans les pays occidentaux, c'est la période des vacances, mais enfin...Quand des gens crèvent, on rentre de vacances.". Le même article diffuse l'action courageuse menée par l'abbé Guy Pagès.

C'est dans le même numéro du 21 août que j'ai eu la triste occasion d'évoquer " à chaud" la mémoire de Pierre Lagaillarde, dont je venais d'apprendre la disparition.  j'espère qu'on en reparlera comme il convient dans notre presse  pied-noire.

 

Nous devons en effet donner un sens à notre peine, en faisant en sorte que ceux qui nous quittent tour à tour ne subissent pas une deuxième mort, qui est celle de l'Oubli. En les évoquant, nous faisons oeuvre de Vie.

Il en est ainsi de ceux qui ont été fauchés dans cette monstrueuse offrande au Moloch qu'a été la Guerre de 14-18. des anonymes aux plus célèbres. Parmi ces derniers, nous pensons à Péguy. Et aussi à Alain-Fournier.

 

Ce dernier me ramène à mon adolescence algéroise, loin, si loin, de la Sologne et de ses brumes ouatées. Mais, la littérature nous faisait alors avoir des ailes nous permettant de franchir l'espace géographique, comme nul " Superman" ne pourra jamais le faire. A l'âge de 10 ans, ne me suis-je pas trouvé, épouvanté et récitant un ultime " Notre-Père" avec mes camarades d'infortune, bloqués par la terrible marée montante sur un îlot perdu d'Armorique en passe d'être submergé par la tempête, qu'on appelait " La roche aux mouettes " ? 

 

On me pardonnera donc, de citer à nouveau notre compatriote Alain Sanders qui, dans "Présent" du 22 août, signe une brillante, et plus encore, émouvante, page sur Alain-Fournier, qui vit en nous à travers son inoubliable " Grand Meaulnes " ! Dès les premières lignes, le ton est donné :

" Il est, on le sait, l'auteur d'un livre magique, Le grand Meaulnes. Et nous sommes quelques-uns pour qui, sinon la vie, du moins la façon de voir la vie, changea quand, un jour de nos 11 ans, nous ouvrîmes ce livre et en lûmes la première phrase : "Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189..."

 

Puis, portant un regard à la fois lucide et tendre sur cette oeuvre :

 

"Il est évident que sa trop brève existence ( il est mort à 28 ans) aura interdit à Alain-Fournier d'accèder à la plénitude de son écriture. mais il est vrai aussi, que le lieutenant Fournier, comme l'écrivain Alain-Fournier, restera éternellement dans nos coeurs comme un grand frère qui n'avait peur de rien. Et surtout pas de l'action mêlée au rêve et réciproquement. Alain-Fournier tombé au feu quelques jours après Péguy...".

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Enfin, après maints développements enrichis de fortes citations, Alain Sanders termine son évocation par une suggestion qu'on ne trouvera guère ailleurs :

 

"On ne saurait trop conseiller, à ceux qui ont lu un jour le grand Meaulnes et ne s'en sont jamais remis, la lecture du roman d' A.D.G. : " Le grand Môme "

(Gallimard, 1977; en série noire) étonnante " suite", émouvant hommage à Alain-Fournier... cet automne-là, dans le roman d'ADG, les feuilles ne furent pas les seules à mourir en Sologne ".

 

J' ajoute, pour ceux qui ne le connaitraient pas, que sous le mystérieux nom composé des 3 initiales A, D, G, se cache un écrivain d'un immense talent, qui nous a quittés il y a déjà bien des années, et dont le patronyme réel est...Alain Fournier. Il a laissé une oeuvre copieuse et pleine d'énergie dans les romans d'action, dits "policiers", bien que ce qualificatif mutile quelque peu l'étendue de la vision d 'A.D.G., qui fut entre autres un grand partisan et défenseur de l'Algérie Française, proche aussi de Jean Brune, déjà par l'intérêt passionné qu'il portait à la Nouvelle Calédonie. A.D.G. était, en sera-t-on surpris ? également   "Patagon". Comme Alain-Fournier pourrait l'être depuis l'Outre-tombe, lui qui, comme cité plus haut, a su mêler l'action au rêve, et réciproquement.

 

Un dernier mot, à titre de note personnelle.

 

Cela se passe en 1949, à Alger. Et plus précisément, au lycée Bugeaud. J'ai 14 ans, et suis en classe de 3° ( 3° B3 ). j'ai déjà entendu parler du Grand Meaulnes, au milieu de toutes mes lectures. En classe, nous avons un prof de Français-Latin qui est une veritable terreur, Monsieur Vanhoutte. Non pas qu'il soit "violent", mais son humour acéré et cinglant ne nous pardonne aucune faiblesse. Désireux d'instaurer un esprit de compétition dont la raison d'être est l'incitation à améliorer nos propres résultats, il a décidé que nous serions placés dans la salle de classe en fonction de notre classement dans chacune de ses matières enseignées. Une sorte de classement général du Tour de France, en quelque sorte ! Chose " horrible " aujourd'hui, en cas de bêtises et autres, il distribue... des amendes tarifées, dont il encaisse le montant, qu'il met dans une cagnotte; Vers la fin 49, il instaure, avant les vacances de Noël, une sorte de concours festif, avec récompense au bout.  

 

C'est une sorte de Quiz, consistant à trouver le nom propre correspondant, choisi en secret par lui, notamment parmi les élèves, à partir d'une définition astucieuse.

J'en donne un exemple qui, depuis cette époque, n'a jamais été effacé de ma mémoire : définition :   " Un kilo par litre, évidemment ! ". 

Réponse : LOPEZ ( il y avait bien un Lopez en classe... l'eau pèse...1 kg par litre )

 

On planche donc sur un certain nombre de questions de ce type. Puis, examen des résulats. Il apparaît qu'il y a plusieurs ex-aequo ayant donné le plus grand nombre de bonnes réponses ! j'en suis.

 

Alors, M. Vanhoutte nous indique la question subsidiaire, qui doit désigner le seul vainqueur. Ce sera une phrase, ayant bien sûr une certaine cohérence, qui sera composée de 10 mots, commençant tous par la lettre " P". ça se joue évidemment à la rapidité.

 

Et là, ma vie au balcon de la rue Rovigo donnant sur le port, me donne une inspiration soudaine, et j'écris fièvreusement :

" Paul, Partant Pour Paris Passera Par Port-vendres Pour Pouvoir Partir ".  

 

Gagné !!!! Et je me vois aussitôt recevoir le prix :  " Le Grand Meaulnes " d'Alain-Fournier !

de retour à la maison, j'écris sur la page de garde : " j'ai obtenu ce livre avant les vacances de Noêl 1949, en gagnant le concours en français. ce livre a été acheté avec l'argent des amendes que notre professeur de Lettres de 3°, M. Vanhoutte, nous a infligées". Et je signe.

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Pages jaunies, papier "cuit",  il a franchi les années, puis les décennies. il a vécu rue Rovigo, puis pris le bateau en 62. il n'est pas passé par Port-Vendres, mais par Marseille, mais c'était bien "Pour Pouvoir Partir ", n'est-ce pas, petit Pierre, alias Paul, petit frère du grand Meaulnes ? IMG_0001_NEW---Copie.jpg

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 16:37

Non, il ne s'agit pas de la caravane publicitaire du Tour de France cycliste, pas plus que des chenilles processionnaires qui encombrent notre réseau routier lors des grandes migrations estivales...Je pense plutôt à l'expression qui avait cours au XVIII° siècle dans les familles nobles qui envoyaient leurs rejetons adolescents se forger le corps et l'âme sur les vaisseaux de la " Religion", à savoir la flotte de l'Ordre de Malte croisant en Méditerranée : on disait alors qu'ils allaient "faire leurs caravanes". mais, ce dur apprentissage avait perdu à l'époque une notable part des dangers encourus: le péril turc, stoppé net à Malte en 1565, puis laminé à Lépante en 1571, était surtout un mauvais souvenir, ôtant une grande partie de sa logistique à la piraterie barbaresque.

Les déplacements de l'imposante flotte des Chevaliers, dont les unités étaient soigneusement entretenues , hors Malte, dans les arsenaux de Marseille et de Toulon, avaient pris l'allure de pures visites de prestige, prétexte à de brillantes réceptions, fort prisées des équipages.

 

Mes "caravanes", en cet été 2014, n'en auront  que, mutatis mutandis, les distances parcourues, et une certaine tonalité vagabonde, festive et historique. De Provence en Agenais, puis, par les routes sinueuses du Massif central, une diagonale menant vers les plateaux de Haute Loire, autour de La Chaise-Dieu et de Craponne sur Arzon. Quelques marches en forêt, du côté de Sembadel, dans un décor de western canadien, et puis le Festival de country, marqué par de violents orages...Puis, la fuite en avant quasiment improvisée, sous l'aiguillon de l'Appel du Large. Mais, les intempéries donnèrent à cette quête une dimension initiatique ! Là encore, ce fut par un déplacement faisant une large courbe, depuis les parages du Puy-en-Velay, à travers Brioude, Clermont-Ferrand, Montluçon, Châteauroux, La Châtre, Loches,puis en zig-zag autour de Tours, Saumur, Angers, Nantes...Le crépuscule nous surprit sur le Pont de Saint-Nazaire, nous permettant quand même de voir le navire de la discorde, pris entre le marteau américain et l'enclume russe... Et au fond, l'horizon marin. Loin des plateaux gaulois. Homme libre, toujours tu chériras la mer...Après une nuit de repos familial à Saint-Brévin, reprise de la route, direction les parages du Mont-saint-Michel, à Fougères très exactement, pour la beauté médiévale de la cité, véritable princesse alanguie,tenant salon littéraire autour de son fabuleux château, avec la présence de Chateaubriand, de Balzac, de Victor Hugo, et d'autres auteurs,  et plus encore pour approcher ce Marquis de la Rouerie, dont j'ai eu l'occasion de parler l'an dernier, lors de la sortie du très beau livre que lui ont consacré Alain sanders et Jean Raspail. Là, je me suis senti en pélerinage historique : En avant, Chouan !

Mis à part le château de La Guyomarais, qui se trouve un peu plus à l'ouest, du côté de Lamballe, mais surtout qui est le point d'orgue dramatique de la vie  d'Armand Tuffin, marquis de la Rouerie, que je voudrais visiter, ainsi que la forêt qui l'entoure, comme on se rend à un Lieu de recueillement et de méditation sur la violence abjecte, visage hideux de la démagogie liberticide et nihiliste, j'ai suivi tout le parours qui m'avait été indiqué, tant dans Fougères que dans les environs. je dois dire que je m'y suis retrouvé adolescent....

Enfin, pointe " septentrionale " extrême du périple, ce fut l'embarquement à Granville pour l'archipel des îles Chausey. A quelques encablures du mythique et pourtant bien réel "plateau des Minquiers ", dont j'ai pu deviner la dentelure des rochers émergeant à marée basse. Là, je pense l'avoir déjà dit à plusieurs reprises, se situe l'implantation du Royaume de Patagonie, arraché à la perfide Albion. ( arraché et repris, sans cesse ). A cet instant, les mains en visière pour mieux voir, je n'étais même plus adolescent: j'avais retrouvé le merveilleux de l'Enfance. 

Il ne restait plus qu'à reprendre le chemin du retour. Mais, cela n'a aucune importance.

 

Mais, je prévois la question-reproche que me poseront en pensée certains de mes amis compatriotes d'Algérie : " et l'Algérie, dans tout cela? " " Et nos problèmes ? Nos luttes ? "....

Voilà qui devrait faire l'objet d'un développement spécifique dans ce blog, et qui le fera sans doute sous peu.

Mais, d'ores et déjà, je peux dire ceci :

Je ne pense pas avoir besoin de justifier de mon identité Pied-noire. Pas plus que mon rattachement séculaire à Malte.

Je peux même revendiquer ma filiation littéraire algérianiste, me reliant aux écrivains et artistes " algériens " des années 1920 qui animaient leur revue " Afrique " en proclamant que rien de ce qui était algérien ne leur était étranger. Et pourtant, lorsqu'on feuillette les numéros de cette revue, on y trouve, certes, maints articles relatifs à l'Algérie, mais aussi, bien des textes littéraires et artistiques de portée générale.

C'est la piste que je m'efforce de suivre, en évitant de me replier dans le cachot de la répétition exclusive de notre destin contraire, en fermant les yeux sur le reste de l'existence, sur les évènements passés ou présents auxquels il nous faut bien réagir, sans pour cela cesser un seul instant d'être nous-mêmes, c'est-à-dire "pied-noirs".

Ainsi, c'est en Français d'Algérie que je réagis aux horreurs qui ont ensanglanté Vendée et Bretagne au cours des sinistres années 1793-94, pour ne citer que celles-là. c'est en Français d'Algérie, que je réagis en en ayant les viscères qui se tordent, lorsque je lis - et donc, vis - les atrocités subies par les CRISTEROS au Mexique, entre 1926 et 1935. C'est en français d'Algérie que je réagis à la désinformation officielle à propos de la guerre qui a ravagé le sud des Etats-Unis entre 1861 et 1865, et dans les années qui ont suivi.

Parce que Génocide et Mémoricide sont des mots qui me parlent; des notions qui ne sont pas des abstractions. Et c'est parce que je suis Français d'Algérie que je suis, moi, l'enfant de Malte, Français tout court, et qu'en tant que tel, je réagis très fort aux abominations qui secouent le monde depuis plus de 200 ans, dans sa marche infernale vers le Totalitarisme.

 

Ce sujet est grave. très grave. Et c'est pour cela que je ne ferai pas diversion à mon texte par des images. Mais, si vous en désirez, qui marqueraient ce parcours d'été comme de petits cailloux, dîtes-le moi. Je me ferai alors un plaisir de faire une autre mise à jour, " Spécial-illustrations ".

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 15:09

JE SUIS SOLIDAIRE. Y compris dans ce blog, qui défile ses pages dans un environnement intimiste de "petit musée", d'anecdotes diverses, de souvenirs personnels, de récits de voyages, de recensions de livres...bref, tout un ensemble qui tient un peu du puzzle, en vue de la lente et vagabonde reconstitution d'une identité...Ce fut là mon choix initial, qui présida à la création de MALTALGER - pour Malte et pour Alger, avec la France pour fléau...de la balance. Et je maintiens ce cap. j'estime en effet qu'il y a suffisamment de sites sur la toile qui sont consacrés aux incessants combats qu'avec les miens nous devons mener. ces sites, je les reçois, je m'y plonge, je m'y joins - ne suis-je pas devenu, comme bien des nôtres, un habitué des pétitions ? Les seules choses auxquelles je ne participe pas, ce sont, soit les surenchères radicales, soit les querelles intestines, surtout lorsqu'elles sont assorties d'anathèmes contre des frères.

 

IL N'EMPÊCHE QUE JE SUIS SOLIDAIRE. DANS LA LIGNE DU FAMEUX  "ONZIEME COMMANDEMENT".


 Et aujourd'hui, nous sommes le 1er Juillet.

Je n'oublierai jamais ce matin du 1er juillet 1962 :

J'étais à Alger, mais je n'étais plus chez moi (on avait du changer de quartier," par sécurité " ).

J'étais en civil, mais j'étais militaire.

J'étais citoyen - j'allais le prouver en votant ce matin-là - mais je savais l'inanité ubuesque de la chose, car le soir-même, je serais un  étranger.

J'étais dans ma Ville, mais le lendemain, elle aurait expiré, ayant perdu son âme tricolore.

J'étais éveillé, mais je vivais un mauvais rêve, un cauchemar au ralenti, dans un silence pesant précédant l'explosion inimaginable,dantesque, d'un tintamarre infernal dans les jours qui suivraient.

J'avais 27 ans depuis 3 jours, mais j'étais devenu vieux.

J'allais et je venais, mais, lorsque je me réveillerai le lendemain, au bout de la nuit, je serai devenu un MORT-VIVANT. 

Le cours de ma vie s'était jusque là déroulé dans la continuité, mais il y aurait désormais un AVANT et un APRES.

 

Le récit de ces journées a été fait, refait, et le sera encore, inlassablement, tant qu'il restera un des nôtres. Parce que la Vie continue, et qu'il y a toujours, et même: de plus en plus, à lutter...à Témoigner.

Et c'est cela qui, même meurtris, nous donne la force de réagir. Sans négliger aucune piste, aucune forme d'expression, aucun thème, fût-il en apparence anodin. Rien n'est à négliger. Quand c'est à la fois à une terre et à une existence qu'on a été arrachés, tout ce qui concerne cette terre et cette existence, même dans ses aspects les plus humbles, est revêtu de SACRALITE. Il y a bien sûr de très grands sujets, qui ont une importance capitale, au-dessus du lot, mais il n'y en a pas de "petits", qui seraient indignes d'être traités.

Nous ne devons pas être paralysés par le déséquilibre des forces en présence. je lisais ce matin dans l' éphéméride du jour publiée par "le salon beige" :  " Lettre du Père de Foucauld à René Bazin, du 1er juillet 1916 : " ...Si nous n'avons pas su faire des français de ces peuples, ils nous chasseront: le seul moyen qu'ils deviennent français, c'est qu'ils deviennent chrétiens. Sinon, avant cinquant ans nous serons chassés de l'Afrique du Nord ".  Texte archi-connu...parmi nous, mais qu'on ne méditera jamais assez. Parce que, parties d'une observation en profondeur, ces annonces ont acquis une dimension prophétique , d'une exactitude stupéfiante : avant 50 ans... Ce fut 46 ans après. 

Et nous ferions bien de décrypter, au moins en partie, la situation présente ici même, à la lumière de leur enseignement...

Merci donc au salon beige d'avoir évoqué le Bienheureux Père de Foucauld en son texte capital, si peu de temps avant son martyre.

Mais, comment ne pas remercier également notre compatriote du Maroc, sur le rempart...et dans les embuscades, depuis tant d'années, qui se regroupent maintenant en décennies, Alain SANDERS, du journal PRESENT, quotidien de haute lutte, pour son inlassable action " Partout où le combat fait rage" ( comme dit le Chant de la Légion ), témoins, à titre de simple exemple, ces manchettes-choc du journal du 25 juin :  "FELLAGHAS ET VIET dans le défilé du 14 juillet: il faut maintenant passer à la vitesse supérieure ! " et, à la date de demain : "Drapeaux verts FLN, drapeaux rouges Viet-Minh sur les Champs ! VA-T-ON ACCEPTER L'INACCEPTABLE ? "

D'autres Vecteurs aussi nous aident, mais j'ai voulu donner un "coup de chapeau" à l'Ami Alain, qui le mérite fort, lui qui en donne de temps à autre...entre deux "coups de gueule", toujours dans "Présent", ce qui est particulièrement roboratif !

Un dernier mot pour cette fois : la date du "referendum" de pseudo-autodétermination, sinistre pantomime destinée à faire croire ( à qui voulait bien le croire ) qu'un cadre juridique   était donné à la soi-disant accession de l'Algérie à l'indépendance, n'a pas été choisie au hasard. Et arrêtée évidemment d'un commun accord entre les complices d'Evian : vote , entrée du GPRA dans Alger, date officielle de l'Indépendance, ont bouclé, entre le 1er et le 5 juillet 1962, l'EFFACEMENT HISTORIQUE de la capitulation du potentat turc d'Alger en 1830, exactement au même moment de l'année. 

 C'est dès ces journées effroyables (Ô, Alger, la souillée, Ô Oran l'ensanglantée !) qu'a commencé l'entreprise d'anéantissement par dénaturation de notre histoire algérienne. Mais nous sommes là pour porter témoignage, devant les hommes comme devant l'Eternel.

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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 14:50
  • 21 Juin, nous voilà en été ! Ce fut pour moi toujours une date empreinte de MAGIE...L'Eté, le terrible été algérien commençait, nous faisant entrer dans le Royaume du Soleil...Un SOLEIL COLONIAL, comme le titre flamboyant d'un superbe roman de Maïa Alonso qui vient tout juste de paraître, et que je vous recommande... Chaudement ! Et dont nous aurons certainement l'occasion de reparler !

  • Moments de dispersion aussi, même "Là-Bas"...Il y avait ceux qui "partaient en France " pour prendre des vacances, et ceux qui restaient là, à leur travail, ou chez eux...et sur les plages les plus proches. Moments de détente aussi, même inconsciente.

  • C'est en pensant à cette nécessaire " détente", à savoir une halte, une parenthèse dans le rythme quotidien, qu'après toute une séries de mises à jour " studieuses", très "écrites", je propose aujourd'hui de simples illustrations, poursuivant toutefois la revue de ce que mon ami Hervé appelle : " mon petit musée " personnel. Mais cette fois, après " MA VITRINE " , voici quelques "PEINTURES ET DESSINS" de mon cru.  
  • J'espère qu'au moins querlques unes vous plairont, et que l'ensemble bénéficiera de votre indulgence.003

 

cette image associe 2 univers : le tableau (dans les 80 de long sur 60 de haut, cadre compris ) représente le Grand Sud. Un jour aux Puces de Paris (au début des années 80), j'ai eu le choc pour ce cadre "berbère" en bois de cèdre, entourant une huile représentant un coin de Tipasa, mais d'assez médiocre facture, genre " croûte "sur contreplaqué. Je l'ai payé 100 fcs, j'ai retourné le contreplaqué, et j'ai peint( à l'huile) ce que l'on voit, qui est une copie d'une reproduction du peintre Jean Bouchaud, qui fut pensionnaire de la Villa Abd-el-tif en 1921, que j'ai trouvée dans un numéro de "l'Illustration" de 1930. J'ajoute que, bien que j'aie peint cette scène de notre grand Sud algérien exclusivement à usage personnel, j'ai précisé la chose en bas et à droite du tableau.

Mais, devant ce tableau, se trouve ce grand voilier, sur lequel je navigue depuis ma plus tendre enfance. De taille respectable, aux détails minutieux (il comporte entre autres 4 couchettes avec lits recouverts de satin grenat, avec polochons assortis, SVP ! ), il fut l'oeuvre de notre voisin du dessus, au début du XX°, et, une fois terminé, flotta sur le plan d'eau du Sport Nautique d'Alger. Je le voyais chaque fois que j'allais chez ces voisins apprendre des rudiments de Latin...et de piano ! Puis, son créateur décédé, sa veuve m'offrit cette merveille qui, à l'époque, portait toute son imposante voilure.

Mon père avait bâti exprès pour lui une grande étagère en briques, scellée au mur de notre vestibule , à environ 1,50 m du sol. c'est dire que le voilier se dressait haut !

Mais voilà, un jour d"hiver où soufflait méchamment la baffagne, et où l'ouverture de nos fenêtres à la fois côté rue et côté port avait provoqué un violent courant d'air, le bateau, qui avait bien sûr sa voilure, " senvola" littéralement de son carénage, pour s'abattre lourdement sur le carrelage  de tomettes rouges et jaunes. ce fut un désastre, et on y vit un signe du Destin. Ah oui, je précise : on était en hiver 61-62.... 

 

Bien des années plus tard, dans un HLM d'Issy-les-Moulineaux, mon père, retraité mais qui avait  gardé des doigts d'or, entreprit de le restaurer : il y avait à peu près tout à refaire, sauf la coque, qui avait bien resisté. un exemple : le grand mat, que l'on voit en partie, a été tiré...d'un manche à balai ! Idem pour le beaupré, etc...mais, les voiles déchirées, et à vrai dire, au tissu " cuit" par l'âge (datant d'environ 70 ans), irrécupérables, ne purent être remplacées. Quelle leçon à propos de notre destinée ! Ce navire, superbe et vénérable, qui jadis fendit les eaux calmes et royales de la darse de l'Amirauté, qu'un grand vent venu de l'extérieur fait basculer dans le vide à l'aube de 1962, et se fracasser au sol ...puis, après tentative de réparation, recouvre sa silhouette mais ne retrouve pas ses voiles, définitivement arrachées !!!

 

Ah, ça mais ! Allez-vous me mettre un carton rouge ? voilà que je vous avais promis des illustrations sans parole ( ou à peu près ça ), et voilà que je ne maîtrise pas mon bavardage !  

Pourtant, c'est quand même quelque chose ! je n'avais VRAIMENT pas prévu de commentaire, mais, c'est égal, c'est fou ce que peut suggérer d'évocations une simple image d'un coin de mur, dès lors qu'on laisse s'exprimer un peu !!!

 

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 Allez, pour nous dégager d'une NOSTALGERIE trop prégnante, partons loin, très loin! Ici, cette peinture ( acrylique ) à la "va vite" de l'envoûtante MONUMENT VALLEY, réalisée au retour d'un voyage dans l'OUEST AMERICAIN, en 1984

 

Et un retour en Europe, via le Port de MARSEILLE, interprêté à partir d'une photo N&B prise en 1932 ou 34, sans doute par H. Cartier-Bresson. J'ai été fasciné par ces 2 grands navires de Messageries Maritimes, les fameux " CHAMPOLLION " et " MARIETTE PACHA".

Huile sur papier, réalisée au couteau, dans les années 80...             052

 

Et maintenant, pour terminer....provisoirement cette "Galerie", passons à quelques dessins REALISES SUR LE MOTIF :  ce fut à l'occasion de mon 1er retour sur la terre d'Afrique du Nord, en Tunisie - précisément à DJERBA, au cours de l'été 75 ( oui, en plein mois d'août ! j'avais besoin de retrouver " ça" !!! )

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 10:53

 

Cette année, une nécessité s'impose : combler un sérieux déficit de lecture, visible de façon éloquente: une impressionnante pile d'ouvrages - dont quelques " pavés" de taille ! - accumulée au fil des acquisitions au cours de ces derniers mois. Il y a de tout ! Quelques romans, bien sûr (mais sur mes seuls sujets favoris), mais beaucoup d' Essais, à base historique ou religieuse. Des biographies, des récits, des études. Avec un retour en force, au côté de Malte-la Souveraine et d'Alger-l'Indestructible, de  " ma part de France ", qui est aussi "ma part d'enfance"..

 

Je ne pouvais tout prendre: un bon cartable avait déjà été rempli. La pré-sélection a donc été effectuée, non à "l'ancienneté des acquisitions", mais " au feeling". J'ai  pris d'abord des formats de poche, faciles à caser, et d'un poids raisonnable ( ce qui m'a fait ne pas retenir pour ce voyage la toute récente réédition de "l'Ulysse" de Joyce, certes en livre de poche, mais en volume triple ! ). Voici donc mes compagnons de voyage de juillet :

Les 2 grands classiques de la littérature américaine pour "juniors" ( ce qui est une belle erreur de perspective ), de Mark Twain : " Les aventures de Tom Sawyer " et " Les aventures de Huck Finn ", entrés tout récemment dans ma Bibliothèque, don de l'un de mes amis,

Et un livre majeur de Michel Mohrt ( Grand Prix du Roman de l'Académie française ) : " La prison maritime " qui, sans avoir l'âge du Twain, ne date quand même pas d'hier ! ( 1961).Lui, je l'ai trouvé il y a peu dans une  brocante salonaise. Indispensable, quand on aime la Mer océane, les courses lointaines, Saint-Malo, l'âme bretonne, la furia irlandaise, que l'on croit que les vivants sont gouvernés par les morts, et que l'Histoire est faite par des rêveurs.... Mais également un grand classique du livre "Patagon", comme il se doit, tant  par l'esprit qui l'anime que par les développements consacrés à l'archipel des Minquiers ( sous le voile transparent d'un nom d'emprunt )...Et qui, soit dit en passant, évoque la flamboyante figure du Marquis de la Rouërie, personnage  donIMG(1)t il sera question ci-dessous...

Mais aussi, en  format classique,  une très émouvante biographie, empreinte de piété filiale, nous permettant de découvrir les mille et une facettes de la personnalité du grand chef d'orchestre français Georges Prêtre, sous forme d'entretiens avec sa fille Isabelle. "  Georges Prêtre : la symphonie d’une vie »      (  éd. Ecriture ) est un ouvrage profond , qui n'a rien " d'anecdotique " bien que nous relatant  tant et tant de souvenirs liés à l'Art Lyrique (mais pas seulement)...Ah, cette évocation de Maria Callas ! j'en parlerai un jour, dans ma rubrique " Opéra ", car j'ai été le témoin direct...et passionné de certains évènements ayant une grande place dans ce beau livre.

 

                        Horizons de Gloire. Chemins de Résistance. 

   

Enfin, à ces quelques ouvrages, j'ai adjoint, pour y rééquilibrer la balance de mes retards, 2 ouvrages récents, que je me dois de présenter à part. Ce sont des ouvrages d' Histoire, même si l'un d'eux se qualifie de "roman" dans son titre; ils évoquent tous deux la Bretagne, des Officiers des Armées Royales, qui participeront brillamment à la guerre d'Indépendance américaine contre l'Angleterre, l'un sur le sol américain, l'autre sur mer, et qui, confrontés de façon atroce à la guerre civile franco-française provoquée par l'idéeologie révolutionnaire, deviendront "Rebelles par Fidélité", fidélité à leur Dieu, à leur Roi et, mêlant tout cela, fidélité à leur terre, à leurs familles, à leurs voisins, à leurs racines, à leur liberté, ciment de leur condition humaine concrète. Ils y perdront tous deux la vie, et même pour l'un d'eux, la paix sépulcrale, puisque son corps, caché au creux d'un bois, sera retrouvé par des êtres sanguinaires et fanatiques, et odieusement profané.Tout cela d'ailleurs, au nom d'un mythique " Bonheur de l'Humanité", expression emblématique de l'Abstraction.

Lectures-estivales 0003 NEWCes 2 ouvrages, que l'on dévore en retenant son souffle, sont, d'une part, le monumental et étincelant  " Roman de Charette ", de Philippe de Villiers ( éd. Albin MIchel); d'autre part le "  Armand de La Rouërie -" l'autre héros des deux nations" ( éd. Atelier Fol' Fer ), qui porte la double signature d'Alain Sanders et de Jean Raspail, qui se place d'emblée comme un des points forts de cette jeune maison d'édition, attachée à faire connaître des aspects occultés de l'Histoire.

 

 

Et, qu'on y rélféchisse bien: ces évènements qui y sont relatés, qui culminèrent entre 1793 et 1796, sont d'une brûlante actualité, notamment au niveau des ravages causés par la marée pestilentielle de l'Idéologie, débouchant sur le triomphe de la Tyrannie, où la dictature de l'Abstraction descend de son antre intellectuelle pour déchaîner les forces barbares de la bestialité.

La trame de ces deux oeuvres est faite d'évènements et même de personnages dont les trajectoires se recoupent, s'entrecroisent,dans ce basculement historique de la France, dont nous vivons encore les conséquences. Et tous deux nous parlent aussi d'Amérique, dont la révolution a précédé de peu celle qui concerna les Français ( je rappelle que lors de ces évènements, je n'avais aucun ancêtre français ou vivant en France.Donc....).  On relie souvent ces deux révolutions. Reynald Secher, dans sa dense préface au livre d'Alain Sanders et Jean Raspail, fait un sort à cet amalgame commode :

 

"La Révolution française en marche est de tout autre nature que celle à laquelle il ( le marquis de La Rouërie ) a participé en Amérique, d'autant qu'elle s'impose comme immédiate, totale et irréversible en raison des personnalités, des esprits et des philosophies en présence ".

 

Autre claque aux idées reçues, à propos de La Fayette, icone franco-américaine de l'Indépendance des colonies britanniques du Nouveau Monde : lorsque le Marquis de La Rouërie, sa mission terminée, s'embarque pour la France en mai 1784, il pense qu'il va être accueilli comme un héros.Mais :

" Il se fait des illusions. Le Héros...C'est d'abord, et même: exclusivement - le très habile La Fayette.

L' ambition de ce dernier, son sens de la publicité...occupe l'espace, tout l'espace. La Fayette, c'est l'homme que la franc-maçonnerie - sur les deux rives de l'Atlantique - a choisi ".

Qu'on comprenne bien qu'il ne s'agit pas ici de s'attaquer à la célébrité de La Fayette ! Il importe seulement de saisir l'occasion de faire un peu sortir de l'ombre " cet " autre héros" des deux nations.  Du moins en France.

Car "le Colonel Armand", comme il se faisait appeler là-bas, était porté aux nues par les vétérans américains, et par George Washington lui-même...Et il reste aujourd'hui célèbre, et célébré, aux USA. Alors qu'ici...

Il restera en relations épistolaires avec G. Washington. En avril 89, il lui écrit : " Je crains deux grands maux pour ce pays: l'anarchie et le despotisme...Chaque esprit ici se prétend un génie et se croit être un législateur".

 

C'est que le Marquis de La Rouërie, fidèle à son roi, est aussi un ardent défenseur des libertés locales, nées de la vie quotidienne et transmises depuis des temps immémoriaux en fonction des besoins coutumiers ...

Cette double allégeance va l'amener à être le maître d'oeuvre d'une éphémère mais révélatrice " Association bretonne", dont l'ouvrage d'Alain Sanders et Jean Raspail nous livre le " Manifeste" statutaire en annexe, qui mérite amplement qu'on en étudie non seulement les articles, mais encore qu'on se penche sur les diverses influences politiques, juridiques et philosophiques dont elle est la résultante. Des allures de Société civique, d'organisme constitutionnel au niveau régional, et enfin, sur le plan armé, sorte d'ébauche de ces U.T. - Unités Territoriales - que nous avons connues en Algérie... On peut même estimer que cette "association", dans sa conception comme dans ses structures, préfigure les  Organisations et autres mouvements politico-militaires qui marqueront notre époque, dans les nouvelles formes de conflits, à caractère de guerres civiles ou "révolutionnaires"..

 

Lectures-estivales 0004 NEWOn va retrouver ce même trait de caractère, ce même " bon sens paysan", ce même enracinement, aux antipodes des élucubrations  générées par le culte de l'Abstraction, chez François Athanase de Charette.

L'ampleur et la foisonnante richesse de l'ouvrage de Philippe de Villiers ne permettent pas d'en décrire systématiquement le déroulement, et c'est à regret qu'il me faut laisser cette découverte de la vie de Charette, brillant officier de la Royale ( et celle aussi de Villiers, écrivain, en portraitiste de talent! ) qui aurait pu - et du - le faire parvenir aux plus hauts honneurs.

Pour rester dans l'axe de ces deux desinées chevaleresques, que la Révolution fit basculer dans la tragédie , il faut se placer d'emblée au tournant du livre, à peu près en son milieu ( pages 194 à 196 ). Au retour  d'une mission aux Îles du Vent, Charette retrouve la France, à Toulon, puis Brest, son "port d'attache". Une phrase lapidaire claque, et nous saisit : " Les temps ont changé ". On est en fin 87, et déjà tout s'est mis en place, dans le souffle d'une violence de moins en moins contenue.

Et chez Charette, comme pour Armand, la première réaction face à cet effondrement programmé, est de penser à trouver refuge, loin des villes et des ports, qui déversent déjà leurs bas-fonds,  dans la campagne de son enfance :

"J'aspirais à un exil discret en des campagnes inaccessibles aux hurlements de la meute, où je pourrais seulement sortir mes chiens et ma camardière, guetter les brumes immobiles des vieux étangs, revenir à mes enfances...".

Monsieur de Charette, comme le Marquis de La Rouërie et les autres, et jusqu' aux Officiers d' Alger, dans les 170 ans plus tard, en passant par le Général Robert Lee, en Amérique, furent des " Révoltés de la Fidélité". C'est pourquoi ils ne réagirent pas de gaieté de coeur...

 

Quelques passages m'ont particulièrement frappé, qui méritent d'être présentés à part, en raison de l'importance des questions qu'ils soulèvent, et de leur brûlante actualité.

 

                        EXTRAITS du "  Roman de Charette "  à méditer :

 

Les raisons d'une Révolte, à travers  la thématique du logis terrien, dans sa double dimension, matérielle et mystique : 

 

"  Alors, jaillit du sillon, sortie des entrailles de la terre, la sommation vitale d'un petit peuple. On a quitté le pignon de la ferme parce que les nouvelles autorités ont touché la maison en son coeur, là où repose en paix, sous la poutre maîtresse, cette petite demeure invisible, immémoriale, qui noue la coutume, la parole et les visages oubliés. Là où se loge un trésor plus sacré que la vie. Cette demeure invisible abrite les croyances ancestrales, aujourd'hui bousculées, culbutées, souillées. "Plutôt la mort que la souillure", comme disent les Bretons.   Alors, jeune ou vieux, on a tout quitté " .

 

Dialogues de sourds pour conceptions inconciliables :

 

le Procureur vient de justifier la rage destructrice des Conventionnels, en disant à Charette (son cousin par alliance,  avec qui les liens de famille sont tout de même maintenus) :

- L'établissement du Bonheur universel demande du temps...".

- " Tu as fait couler le sang de la terre ! "

- " Non, j'ai simplement rétabli la force contre les mutins."

- " Tu ne sais pas ce que c'est que des mutins! J'en ai connu, en mer. Ici, ce ne sont pas des mutins, ce sont des révoltés "

- " Mais qui n'obéissent plus aux lois. Des brigands. J'ai reçu l'ordre de requérir la force publique " en cas de mutinerie"

- " Ce ne sont pas des "cas de mutinerie". Ce sont des cas de conscience. Ils veulent seulement garder les croyances de nos pères, du mien et du tien."

 

Brève passe d'armes sur la Révolution ; le procureur commence, Charette termine :

- " La Révolution...

- " Elle va se perdre et elle va perdre le peuple...

- " Non, elle EST le peuple. J'ai rétabli la Liberté, la liberté du peuple...

- " En tirant sur le peuple. Et en faisant des martyrs ".

 

 

J'ai gardé pour la fin le sommet - si j'ose dire - enfin, un "sommet inversé", celui de l'Horreur. La décision officielle , prise à Paris, d'anéantir les régions révoltées, en tentant de parvenir à l'éradication de leur population, à laquelle une autre serait substituée, aboutit au massacre ciblé des femmes et des enfants. Quatre jeunes cousines de Charette - dont des petites adolescentes - seront guillotinées:

" Quatre petites fleurs fauchées. Il n'y aura plus de bouquets à cueillir dans les prés de la Métairie. Le monde a perdu de sa grâce. Voilà qu'on tue l'innocence pour l'innocence ". ( c'est moi qui souligne).

 

Epilogue :  Le sens de la Mort de Charette , à laquelle on peut associer la mort du Marquis de La Rouërie:

La Fin approche, et le lecteur en connait l'issue. Comme dans tout Sacrifice, l'exécution gestuelle ne prend tout son sens que si elle a été précédée d'un moment, d'une scène ( une fois, ce fut une Cène...) qui délivre le message essentiel.Le livre de Philippe de Villiers  nous offre cet instant capital, qui se sera fixé en nous lorsque nous "entendrons" la salve du peloton , sur une place de Nantes.  Le décor est déjà un symbole : une clairière perdue au creux d'une forêt. On est en pleine nuit.  Charette a perdu la partie, n'a plus que quelques fidèles, dont une Irlandaise de feu (extraordinaire personnage de roman!). Fuir ? ou Mourir? On devine le choix du Réprouvé.

Bref dialogue avec un fidèle qui aimerait le voir éviter l'issue fatale, dans lequel intervient la fougueuse Irlandaise :

" - Cette course à la mort, à quoi va-t-elle servir ? 

Je n'ai pas le temps de répondre. L'Irlandaise lève sa torche :

- A faire vivre un symbole. ".

Puis, elle s'empare du chapeau de Charette, et le serre sur son coeur:

" - A quoi ça peut bien servir ce plumet d'oie roussi par la mitraille, frangé par les balles, emporté par le vent, perdu dans une forêt ?

- A ce qu'un enfant, peut-être, un jour, sur un sentier oublié, le ramasse....C'est un panache ! ".

La Réel, souvent, dépasse le Fictif....Comment ne pas songer à une récente actualité tragique ? Point n'est besoin ici de s'étendre: Il y a du Dominique Venner dans le début de cet échange, et ça finit comme du Jean Raspail. En somme, un Sacrifice pour une Renaissance, l'offrande d'une Vie pour l'avènement futur d'un Roi de l'au-delà de la Mer....

 

Au milieu de l’été, Jean Madiran nous a quittés, du haut de ses 93 ans, qui paraissaient promettre encore de belles années en sa présence. On peut dire qu’il est parti vers son Eternité, la plume à la main. Auteur de multiples ouvrages combinant de façon indissociable Foi et Intelligence, à tel point qu’il m’est Madiranimpossible ici et maintenant d’en donner la liste, il a , avant même l’aventure du quotidien « Présent », donné vie du début à la fin à celle de la revue ITINERAIRES. Celle-ci constitue aujourd’hui un outil indispensable à qui veut comprendre ce qui a mené notre pays à la situation que nous vivons.IMG Mais, il a été aussi un support fidèle et lumineux à la France de l’au-delà de sa rive méditerranéenne, à cette Algérie qu’en une formule définitive, Jacques Soustelle avait qualifiée «  d’ aimée et souffrante ». La meilleure façon de lui marquer notre reconnaissance sera de le lire,de le relire, et de méditer son œuvre.

 

(Sommaire extrait  de la revue ITINERAIRES, dont Jean Madiran fut le fondateur)

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 19:51

En hommage à Hélie Denoix de Saint Marc  :

 

 

Pour saluer la mémoire de ce grand soldat, de ce grand homme, et pour tout dire, de cette grande âme, qui vient de nous quitter, et laissant aux voix autorisées de ce qui reste de France le rappel de sa vie et de ses œuvres, je voudrais tout simplement lui dédier la rapide réflexion qui suit, partie d’un travail plus vaste à venir, à accomplir au sein du cercle algérianiste d’Aix-en-Provence, qui portera sur ce qui me paraît être une des leçons que le disparu nous laisse : la défense et illustration de la Vraie Liberté, qui n’est certes pas soumission à toute oppression  extérieure mais encore moins celle, trompeuse, qui porte à donner libre cours à nos instincts et pulsions. Elle est celle qui nous permet d’assumer notre dignité d’être humain responsable, intrinsèquement capable de peser le pour et le contre et de discerner le Bien du Mal.

 helie-de-saint-marc a la une

 

Ce qui sera énoncé ci-après est tiré d’un maître-ouvrage, gorgé de références extrêmement précises, portant d’une part sur les auteurs du «  Siècle des Lumières », d’autre part sur les commentaires dont ils ont fait l’objet. Ce livre, qui exige une lecture attentive, pour ne pas dire : studieuse, est une véritable thèse, suivant un fil conducteur jalonné de bornes  guidant notre progression, afin de ne pas nous égarer en route. Il s’agit de : «  Nature humaine et révolution française- du siècle des lumières au Code Napoléon» ( chez  Dominique Martin Morin 2° éd. 2002), de Xavier Martin, professeur émérite des Universités, historien du droit et des idées politiques, ayant également enseigné la philosophie du droit.  

 

A noter que du même auteur, chez le même éditeur, a paru en 2010 : «  S’approprier l’homme. Un thème obsessionnel de la Révolution.1760-1800).

 

 

Sont particulièrement étudiés  Helvétius, d’Holbach, Voltaire et Rousseau, sans omettre Diderot, Condorcet et Condillac.    Rousseau aura droit à l’analyse la plus fouillée, à raison de la complexité du personnage, génératrice de bien des fausses pistes, «  Jean-Jacques » s’associant en réalité à ceux qu’il dit détester – et que sans doute il déteste sur le plan de l’affectif- dans les méandres de sa pensée et le labyrinthe de ses penchants…

 

 

Le « credo », si l’on ose dire, de tous ces maîtres à penser (au sens fort de l’expression) qui inspireront et guideront la future et inévitable Révolution, est le matérialisme absolu, mécaniste, qui ne se borne pas à nier toute transcendance, mais qui est le négateur de toute autonomie de la pensée. Ils ont une vue plus que réductrice de l’être humain, une machine parmi les autres, à l’égard duquel ils professent ouvertement le plus profond mépris ( qui atteint le niveau de l’abject, d’une part à l’égard des femmes, d’autre part à l’égard de tous ceux qui sont en situation de faiblesse du fait d’un handicap ) . De cet état de sous-créature, ils se dispensent bien sûr eux-mêmes, ainsi qu’une caste de privilégiés, dont le rôle essentiel sera de jouir sans entrave ( ce verbe revient de façon lancinante dans leurs écrits), tout en menant les autres, pour leur « bien  obligatoire », le plus souvent «  à leur insu » ( autre expression qui revient sans arrêt sous la plume de ces auteurs).

 

On comprendra aisément que la traduction de ce postulat sur le plan des relations sociales, et donc sur le plan politique, se trouve être une apologie du Totalitarisme intégral. Et ce totalitarisme trouve chez eux son point de perfection au stade où  ceux qu’ils entendent manipuler – ou mieux : posséder -  «  du berceau jusqu’à la tombe » (propos tenus par Heurtault-Lamerville au Conseil des Cinq-Cents le 16 juillet 1798)  en arrivent à « penser » eux-mêmes qu’ils sont libres…

 

Pour ne pas faire trop long – il y aurait tant à dire ! – on soulignera que la cible privilégiée de ces étranges bienfaiteurs de l’Humanité est l’enfant. On notera sans trop de surprise que pour eux l’enfant idéal est … l’Orphelin, la Nature s’étant alors chargée elle—même de « faire place nette » en  éliminant cet irritant obstacle à leur théorie du « Bonheur- universel-par-la-création d’un Homme nouveau » que sont les parents…naturels, père et mère.  Pourquoi l’enfant ? parce que son cerveau « est malléable et qu’on peut le pétrir comme la glaise entre les mains du potier »… On retrouve les mêmes comparaisons chez tous les auteurs ci-dessus évoqués, même si c’est d’Holbach le plus virulent, le plus cynique. De lui est l’horrible phrase, qui donne le frisson :

«  Il n’est rien d’impossible à l’éducation : elle fait bien danser l’ours ». 

 

C’est donc une société organique qui est dans leur champ de vision, une société où l’on a perdu jusqu’à la notion de liberté, en la confondant avec son fantôme. Où l’enfant formaté à 100% deviendra l’adulte décérébré et heureux de l’être….    Ce pseudo bonheur, le voient-ils comme une infâme tromperie infligée aux autres ? On serait tenté de répondre : même pas, car tout ce système est basé sur le plan de la philosophie et du psychisme sur leur affirmation de la passivité intrinsèque de l’homme.

 

Tous les ingrédients sont donc réunis pour produire un désastre. Et un désastre durable, puisque les grandes barbaries du vingtième siècle qui ont ravagé le monde entier y trouvent leur source première. Et parce que, ici même, de façon moins sanglante mais tout aussi ravageuse, s’élaborent, puis cherchent à s’imposer des systèmes dont la finalité, camouflée sous les oripeaux de la liberté et de l’égalité, est de nous dénaturer, à tous les sens du terme.

 

X. Martin cite l’auteur d’un ouvrage intitulé «  L’Homme romantique », qui a paru en…1984 ( Tiens, tiens, 1984 ?  ça ne vous dit pas quelque chose ?... ), Georges Gusdorf :

 

«  Le remodelage procédant du dehors au-dedans suscitera l’homme nouveau, selon les voies et moyens d’une pédagogie totalitaire… L’intention des Lumières est orientée vers la formation en série de citoyens coulés dans le même moule, ce qui conduirait à une dépersonnalisation générale ».

 

 

 

images

 

 

Heureusement – Dieu soit loué ! – des hommes comme Hélie Denoix de Saint-Marc, dans leurs personnes comme dans leurs œuvres, nous donnent une toute autre vision de l’existence en société, et plus généralement, en ce bas-Monde, qui rend pleinement compte de l’éminente dignité de l’Être humain, certes dans ses limites et dans ses faiblesses, mais par-dessus tout, dans l’incommensurable grandeur de sa destinée ici-bas, par la part de Sacré qui est en lui, et qui est lumineusement porteuse d’Espérance.

 

 

 

 

 

 


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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 19:39

On a déjà  beaucoup écrit sur ce 21 mai tragique, et même dramatique, qu’un Victor Hugo lui-même n’eût pas osé imaginer. Cet après-midi où, trois jours seulement après la bénédiction d’un départ de pèlerinage, le sang coula, éclaboussant l’autel du Sacrifice non sanglant, en une sorte de mécanisme inversé, fut de ceux  qui labourent l’esprit et y déposent la semence de mises en scène futures, pour la pièce, jamais terminée, de la condition humaine face au Destin.

 

 

Réprobations des offusqués, condamnations des procureurs, et, en face,acclamations des idolâtres, frémissements des fascinés, ont partagé le lit de l’information en continu avec les sarcasmes des médiocres et le rire baveux du Barbare. Il y eut peu, à ce jour, de vraies  recherches d’explication, mais il y en eut. Ne désespérons donc pas de la suite.

 

A l’heure où ces lignes sont écrites, je me sens dans l’incapacité d’émettre une appréciation qui participerait d’un jugement, non que je sois inerte devant cet évènement, mais au contraire parce que, en moi, et à moi seul, je suis un jury tout entier, plongé en de tumultueux et douloureux débats.

 

Ma contribution se limitera donc à rechercher quels liens me relient à Dominique Venner et me font être à ce point transpercé par son acte de mise à mort volontaire. Cela dit en toute pudeur et en totale liberté.

 

Ces liens sont ténus : deux livres de lui dans les rayonnages de ma bibliothèque, mais deux livres portant chacun une brève mais incisive dédicace. Le temps pour leur auteur de les écrire, après m’avoir entendu me présenter brièvement, comme il est de mise en pareil cas, consista chaque fois en une poignée de secondes, et marqua le seul contact qui nous rassembla. Cela se passa en 1994, puis en 1995.

 

Dix ans plus tard, ce fut à mon tour de lui adresser un ouvrage que je venais de publier, assorti d’une dédicace, à raison de ses compétences, exceptionnelles en France, en matière d’histoire de la Guerre dite de Sécession, conflit qui préfigura sur tous les plans les grandes et suicidaires guerres civiles européennes du XX° siècle. J’avais vu, en travaillant à mon  «  Pieds-Noirs et Cous-Rouges », à quel point son analyse des causes profondes, enfouies sous une masse de désinformation, de cette guerre glorieuse et abominable, était juste. 

 

Justement, un de ses deux livres dédicacés était : «Gettysburg », bataille décisive perdue par le Sud. La parution de cet ouvrage était destinée à combler – partiellement – le manque cruel de ce qui, à mes yeux du moins, restera le chef d’œuvre de D. Venner : « Le blanc soleil des vaincus », carrément introuvable. ( J’ai néanmoins pu le lire, prêté par un ami, et je dois avouer que jamais restitution d’un objet à son propriétaire ne m’avait autant coûté!).   

Mais, ce n’est pas sur cet ouvrage qu’aujourd’hui, avec ce qui vient d’arriver, je porterai mon regard, mais sur l’autre ouvrage, qui le précédait d’une année : «Cœur rebelle ». Ah, le beau, l’éloquent, le lumineux titre que voilà, dans sa concision toute spartiate !  

 

J’en ai fait une relecture, au lendemain de l’annonce de la nouvelle. Et je me suis aperçu que je n’en avais eu à l’époque qu’une approche partielle, centrée sur la seule relation des liens de l’auteur avec l’Algérie souffrante. J’ai ainsi découvert, abasourdi, que tout ce qui venait de se passer y était inscrit, préfiguré, rationalisé avec méthode par l’intelligence et animé d’une flamme dévorante par un cœur en combustion.

 

Dans ce livre de souvenirs qui est en même temps une profession de foi, quasiment un « Manifeste », ce qui frappe le plus, revenant de façon lancinante, parfois surprenante dans sa diversité  d’approches, c’est le rapport à la Mort. Je mets ce « M » en majuscule parce que, chez Venner, la mort est l’instant-clé de la Vie, son apothéose, ou, pour parler comme au théâtre, son « grand Final ». Parce que, chez cet athée, la mort, qui pour moi, Chrétien, est un passage, est un terme, une fin.  

Et ce «  Final » il convient de ne pas le rater.

 

Il y a à cet égard un passage qui m’a particulièrement frappé, car pris dans un contexte n’ayant strictement rien à voir avec l’Histoire, a fortiori , avec la politique : il s’agit du thème de la chasse, dont Dominique Venner était un grand adepte :

 

« Au cours d’un affût en Ecosse, à la tombée de la nuit, je me tenais immobile…La sensation fugitive d’un froissement dans les fourrés avait suggéré une présence. Quelques instants après, la silhouette gracile d’un brocard aux bois bien apparents se détacha en gris sur l’obscurité du taillis. Sa bouche gourmande se leva pour cueillir de jeunes pousses au-dessus de lui. La mort le surprit dans cette occupation agréable. Je n’en souhaiterais pas d’autre depuis qu’on ne meurt plus en dolman de hussard, les matins de charge, dans la fumée de la mousqueterie et le roulement des tambours… ».

 

 ( A noter dans ce dernier descriptif une couleur littéraire évoquant le Raspail de la dynastie des Pikkendorff…et la parenté avec les insolentes cavalcades des Sartoris, dans le roman éponyme de Faulkner. En parlant des Pikkendorff, Jean Raspail leur a donné pour devise : «  je suis mes propres pas ». Et D. Venner écrit : « Tout homme qui entreprend de se donner une forme intérieure suivant sa propre norme, est un créateur de monde, un veilleur solitaire posté aux frontières de l’espérance et du temps »).

 

Mais, une autre appréciation, portée sur la disparition de Thierry Maulnier, pour qui D. Venner éprouvait respect et admiration, prend aujourd’hui une singulière résonance :

 

«  La mort de Thierry Maulnier, survenue le 9 janvier 1988, à l’âge de soixante-dix-huit ans, était dans l’ordre des choses. Il l’accepta, j’imagine, avec la sérénité du stoïcien qui n’attend rien d’un autre monde ».

 

Simple coïncidence d’âges ? On peut se poser la question…

 

« Finir en beauté n’est pas donné à tous. Pourtant réussir sa mort est bien l’un des actes les plus importants de la vie ».   

 

Parlant du suicide de François de Grossouvre, dont il était très proche :

 

« Seule une mort volontaire pouvait, à ses propres yeux, le laver de ce qu’il ressentait comme une souillure insupportable. Ce message d’ultime dignité, signé en lettres de sang, l’a placé en un lieu où aucune des bassesses qui le révoltaient ne pouvaient désormais l’atteindre ».

 

Dominique Venner, néo-stoïcien ? Certes, mais sa personnalité est plus complexe qu’il n’en paraît. Ainsi, cite-t-il  Jünger :

 

« Dans les situations extrêmes, l’homme se résume au cœur qu’il porte en lui. Parce qu’il s’établit au-dessus des jeux de l’intelligence, l’impératif du cœur prime alors celui de la raison ».

 

Une autre approche donne également à réfléchir : parlant de lui dans son adolescence, mais ne reste-t-on pas « enfant » dans les couches les plus profondes de notre personnalité ? Dominique Venner écrit :

 

« Mes choix profonds n’étaient pas d’ordre intellectuel mais esthétique ». 

 

L’Esthétique peut être présente dans la mort volontaire…N’est-elle pas la parure de gala de l’Homme debout, en dehors des lois ? :

 

« Mourir en soldat, avec la loi pour soi, exige moins d’imagination et d’audace morale que de mourir en rebelle solitaire, dans une opération suicide, sans autre justification intime que l’orgueilleuse certitude qu’on est le seul à pouvoir accomplir ce qui doit être fait ».

 

La liste des citations à tirer de ce «  CŒUR REBELLE «  pourrait être encore longue, mais il me faut abréger. Je terminerai toutefois par deux extraits qui me font irrésistiblement penser à deux de nos illustres compatriotes d’Algérie :

 

« La plupart de ceux qui se sont révoltés, toutes catégories sociales confondues, hommes et femmes, avaient en commun, un attachement quasi liturgique au contenu de l’ordre militaire. Non pour l’armée de leur temps qui, à bien des égards, était peu défendable, mais pour ce que l’esprit et la formation authentiquement militaires apportent d’unique et d’irremplaçable au sein de la société civile : austérité, abnégation, maîtrise des sentiments, soumission au devoir… »

 

On croirait lire Jean Brune !!!

 

Et puis, évoquant le terrible assassinat de Michel Leroy et René Villard, une page noire de la résistance française en Algérie, et parlant plus précisément de la mort de son ami Leroy, Dominique Venner écrit :

 

« Être tué par les siens dans les déchirements de la guerre  civile, on ne peut imaginer mort plus tragique. Il l’affronta, je le sais, sans peur, sans prière ni espoir. De ce drame sanglant, il est bien le seul à être sorti grandi »

 

 Affronter la mort  «  Sans peur, sans prière ni espoir ». Ne pense-t-on pas immanquablement à Albert Camus ?

 

 

Voilà, sommairement évoquées, quelques réflexions suscitées exclusivement par les graves interrogations soulevées par ce geste fondamentalement «  hors norme ».  Faut-il rappeler que chercher à comprendre n’est pas obligatoirement approuver, et encore moins, citer en exemple ?

 

Dans de telles circonstances exceptionnelles, le respect pour une personne entraîne vers la compassion, en humaine solidarité, et débouche, lorsqu’on est Croyant, sur la Prière.  

Venner                         
    

D.VENNER

                        R.I.P.

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 17:27
 


Un soixantième Anniversaire, qui remonte du fond de la mer…

 

Ceci se passa les dimanche et lundi de Pentecôte – les 24 et 25 mai 1953.  Noces de diamant de la Mémoire, théâtre d’ombres sous un soleil englouti, surimpression d’images joyeuses et de tombes ouvertes, de clapotis de vagues au bas d’une colline enchantée et de cris d’horreur de survivants aux chairs déchiquetées, après le sourd éclat de mort qui avait déchiré l’air printanier.  La scène qui va être contée ici se déroula en effet à deux pas d’un certain  « Casino de la Corniche », 4 ans avant l’horreur. Pourquoi cette référence ? Parce que les victimes de la bombe posée sous l’estrade de l’orchestre de Lucky Starway, au casino  de la corniche, furent enterrées le 11 juin 1957, qui  était le mardi de Pentecôte. Je me souviens, je passais ce jour-là l’écrit de mon examen de licence en droit, à l’Université d’Alger.

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                                                                           Le Casino de la Corniche, vu de la Vigie

 

 

Mais, en 1953, nous vivons sans le savoir notre dernière pleine année de bonheur, un peu insouciants il est vrai, ce qui nous coûtera cher plus tard. Mais on ne refait pas l’Histoire…Et, ne nous étendons pas sur ce Prologue, que je terminerai, comme dans celui du douloureux et violent «  Paillasse «  ( I Pagliacci,  en VO… ) de Ruggero Leoncavallo, en proclamant le rituel :  «  Place au théâtre » de la version française . 

  C’est une famille algéroise, ancrée dans le mental insulaire du sud méditerranéen, quoiqu’elle en dise, et même qu’elle en pense, tant elle se sent « française ». Une famille, qui est aussi devenue une fratrie, par le nombre de frères et sœurs, après le décès prématuré des parents.

  Une de ces brouilles stupides qui durent d’autant plus qu’on n’en sait plus la raison, avait séparé depuis trop longtemps certains membres de cette fratrie. Cela avait causé une grande peine au plus jeune du groupe, qui avait entrepris de « rabibocher » les uns et les autres…sans toutefois révéler ses sentiments au principal des  « belligérants », au rude tempérament. Ceci expliquant cela. Il avait trouvé un stratagème qui lui avait paru imparable, même si ceux qui étaient au courant lui en avaient dit les gros risques.

 

Alors, cet évènement, dont vous prétendez nous présenter le soixantième anniversaire, il vient, oui ou non ? Vous n’allez pas tenter de nous faire entrer dans le labyrinthe faulknerien de l’histoire des Snopes ?

 

Vous avez raison, mille fois raison !

img460 - CopieAussi, après avoir seulement ajouté que le stratagème en question était l’organisation d’une grande réunion de famille, regroupant le ban et l’arrière-ban de la fratrie, autour d’un grand repas en « terrain neutre », à savoir chez un ami intime des  hommes de la famille, respecté de tous   ( patatras, je ne peux résister à la tentation de  vous dire comment frères et sœurs et leurs conjoints l’appelaient : « le Parrain » !!!

 

Aïe, qu’ai-je dévoilé là ! Vous allez vous exclamer en me disant :  C’est du propre, on sort du monde ténébreux de William Faulkner nous décrivant la famille des Snopes, pour tomber dans l’univers glauque de la mafia sicilienne !!! décidément, vous êtes marqué par une certaine Amérique !!! ) , étant précisé que ce repas serait précédé d’une Messe familiale dans une chapelle voisine édifiée sur un terrain qui avait appartenu à la famille et offert à l’Eglise, je terminerai ma présentation en disant que ceux qui craignaient un clash de la part de l’aîné irascible avaient eu raison et tort : raison parce qu’il s’était produit…à la sortie de la messe ( ! ), et tort, parce que, une fois l’aîné parti, la fête avait bel et bien eu lieu, occasionnant une journée mémorable.

 

C’était le lundi de Pentecôte 1953.  Pourtant, pour 2 des participants, le fait déclencheur s’était produit dès la veille au soir, dimanche de Pentecôte, 24 mai...

 

En voici le récit fidèle, tel que le raconte un certain Rémi Skorba, qui m’a permis naguère de le consigner dans un livre intitulé «  D’une jetée l’autre » :Nouvelles NEW

 

«  La veille de cette messe de dupes, une rencontre préparatoire avait eu lieu, à laquelle il avait assisté avec ses parents et ceux de sa famille qui organisaient la journée. Après un bref crépuscule, accompagné de tous les parfums des jardins alentour, figuiers, jasmins, menthe sauvage, la lune avait surgi de la mer, découpant le contour des lourdes collines couvertes de maquis. D’un poste combiné radio-disques s’étaient alors élevées les lents et solennels arpèges de la Sonate au Clair de Lune , de Beethoven. Dans l’encadrement lumineux d’une porte donnant sur la pièce d’où s’échappait la musique, s’était soudain détachée la silhouette d’une adolescente tout juste sortie de l’enfance. Un rayon de lune accrocha le blanc immaculé de sa petite robe de toile printanière, et posa un reflet bleuté sur le blond de ses cheveux en cascade de boucles ….
RockingChair - Copie

                                         Jours tranquilles à la Vigie, entre Deux-Moulins et Pointe-Pescade

 

 

Sur la terrasse de la grande villa, les conversations se poursuivaient à voix basse, comme une sourde rumeur. Rémi était resté pétrifié devant l’apparition…Il n’avait guère prêté attention, les années précédentes, au cours de deux ou trois rencontres familiales, à une enfant joufflue, aux nattes blondes nouées sur le sommet du crâne, prénommée Francette, gentille et timide petite sauvageonne. Une fée était-elle passée par là ? Mais la fée, n’était-ce pas elle ?

 

Ce soir-là, dans la voiture de ses parents, Rémi était resté plongé dans un profond silence, mais, tout au long de la route en corniche qui ramenait vers la ville, il avait gardé la vision merveilleuse, qui semblait se déplacer sur la mer parallèlement à la 203 beige, tandis que résonnait la sonate, montant elle-même du plus profond de l’onde … »

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                                      La côte, des Deux-Moulins à La Vigie

 

…Le lendemain, c’est après la messe qu’avait eu lieu le fameux repas..Le vin généreux  des vignes du pays, les grillades, le gigot traditionnel, avaient englouti les restes de contrariété…Pour Rémi, l’embrasement solaire avait porté à son paroxysme le rêve surgi des promesses lunaires de la nuit précédente. Tout était devenu flou autour de lui, parce qu’il ne voyait plus qu’elle…

Des fanfares montaient de la mer en fusion, auxquelles répondaient le crissement fou des cigales et le bruissement continuel des insectes dans la végétation exubérante. Rémi était plongé dans un univers transfiguré, comme surgi d’une galaxie de soleils… »   
      

 

 

   A la mémoire des  18 personnes de la Famille qui participèrent à ce repas "historique"
                                                 et qui ne sont plus de ce monde

 

 

 

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 18:17

 

"Le premier Homme" au cinéma, un non-évènement ? " 

 

C'est en tout cas l'impression qui ressort de l'attitude des "Gros Médias", se partageant entre silence et dénigrement, comme les assassins agissant en groupe se répartissent la tâche. S'il y avait bien un secteur de l'opinion qui pouvait avoir des craintes, tant il fut trompé en ce genre de situation - et continue à l'être, c'est bien nous, les compatriotes et pour tout dire, frères de Camus, membres de la même tribu... Mais, en dépit de notre naïveté congénitale, on a quand même appris un certain nombre de choses, à commencer par l'interprétation " a contrario". Ainsi, l'assourdissant silence sur ce film portant à l'écran le message posthume de notre prix Nobel de littérature, assorti de quelques saillies féroces sur les ondes de la radio d'Etat ( lequel cache de moins en moins, et en toutes matières, son penchant au totalitarisme ), nous a donné à penser que le film ne devait pas être si mauvais.  

 

Nous avons été une dizaine d 'algérianistes d'Aix - en groupe, on transcende ses angoisses - à aller voir ce "Premier homme", avant qu'il ne disparaisse des programmes. Et notre impression tirée de l'hostilité du Mammouth médiatique a été confirmée en tous points.

 

20459850-r 160 240-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxxPoint de manichéisme au service d'une idéologie, ce qui était le plus à redouter quant à l'instrumentalisation d'une simple adaptation du livre-testament de Camus, ce mot " adaptation" permettant toutes les trahisons. Une approche profondément "intimiste " de l'Algérie, se manifestant jusque dans le refus des effets visuels faciles ( pas de "carte postale " d'Alger, mais des "flashs" furtifs, et encore rares, nous permettant de nous y reconnaître ), et dans l'adoption de couleurs pastels, loin de tout "orientalisme" comme de toute violence.  On me dira que tout cela constitue un simple "décor", et que l'essentiel n'est pas là. Certes, mais, ce qu'on appelle " décor " dans notre drame n'est-il pas, comme dans la tragédie grecque, un élément fondamental de l'histoire ?  Qui plus est, le jeu des acteurs se coule parfaitement dans cette atmosphère. Il en ressort une grande homogénéité, et, j'ose le dire, une grande pudeur dans le récit. Les regards, les attitudes, une lenteur voulue, sont aussi importants que les paroles, lesquelles d'ailleurs, dans ce contexte, "portent" bien plus que dans l'agitation, le bruit et la fureur. C'est en un certain sens, un film du " Silence".

 

N'étant pas un expert en cinéma, je ne me risquerai pas à un palmarès entre les interprètes, n'arrivant pas à les dissocier les uns des autres.  Camus - pardon, Cormery - adulte en voyage, exprime une interrogation qui le taraude de l'intérieur, étant à la fois "dedans et dehors" par rapport à la situation, méditatif et déchiré, consumé par l'amour des siens et de cette terre, qu'il sublime en sa mère, qui est superbement interprétée, sans basculer le moins du monde  dans le misérabilisme : je n'hésite pas à dire que pour moi, le film donne une dimension visuelle qui la grandit: elle est certes effacée, , mais plus silencieuse que "muette", et elle a un port de tête, une façon de regarder, qui en fait véritablement une icone.

la grand-mère pourrait être caricaturale, si elle n'était l'exacte incarnation des femmes du peuple méditerranéen de l'époque, d'une implacable rudesse extérieure sans doute, mais d'une droiture sans faille, capable aussi d'être anéantie - la séquence de la recherche de la pièce de monnaie soi-disant perdue par le petit dans le fond de la cuvette des WC, assortie d'une inattendue récitation haletante, suppliante, affolée, du " Notre père " - laquelle n'est pas dans le livre - surprend d'abord, émeut ensuite;  Enfin, comment ne pas citer le jeu absolument extraordinaire du petit garçon incarnant Cormery-Camus enfant ? Il crève l'écran, et se trouve être le pivot de toute l'histoire. Rien que par son jeu, son omni-présence, on sent que le Premier Homme est un poignant retour sur l'enfance.

 

Ajoutons à cela quelques scènes qui nous "interpellent" : Cormery, ayant retrouvé son ancien instituteur ( communiste ) dans un café-maure, devise avec lui sur un banc, au pied du Monument aux morts, qu'on ne voit pas, mais on voit très bien la Grande Poste. L'instit finit par dire que c'est la violence du colonialisme qui explique ( et donc, justifie ) celle du terrorisme : Cormery reste silencieux.  Vers la fin, très attendue, la scène de sa naissance : la carriole sur une piste du bled ( Ô, Louis Bertrand ! ), l'accouchement de sa mère ( superbe jeune femme, telle une Madone italienne ) au milieu des petites mauresques, en chœur antique; la joie et la fierté de son père… Puis, de suite après, Cormery dialoguant avec un colon, figure authentique de pionnier, lequel exprime de façon à la fois rude et profonde le lien instinctif, indélébile, unissant les deux communautés, à travers même et au-delà des violences actuelles, touchant Cormery au plus profond de lui-même, et cela va  amener quelques scènes plus loin, sa fameuse phrase sur la justice et sa mère, citation se terminant sur l'affirmation catégorique, dite d'une voix sombre, qu'il sera l'ennemi de ceux qu'il aime comme des frères s'ils touchent à sa mère...On comprend que les caciques de la Pensée Unique n'aient pas du apprécier...

 

Et puis, le plan final : sa mère, filmée de trois-quart depuis l'intérieur de la pièce, est à son balcon, regardant les mouvements de la rue, dans une lumière presque blanche, surexposée, propre aux atmosphères oniriques...Puis, toujours en silence, elle recule doucement, et referme lentement les persiennes. Le noir se fait, tandis que défile le générique de fin. Instant poignant, fait d'inexprimable, où l’on ne sait plus très bien où on est…

 

 

" Le texte qui précède est un instantané, exprimant un "ressenti" à chaud. Dans le langage des tribunaux, on dirait qu'il relate "une impression d'Audience". il ne s'agit donc pas, on l'aura compris, d'une stricte analyse du film par rapport au roman dont il est une " adaptation ", terme qui laisse entendre ( on pourrait donner de multiples exemples, sur tous sujets ) une fidélité, disons: à géométrie variable, avec le modèle écrit. "

Pierre DIMECH

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