Petit musée de Pierre Dimech
ACTUALITE
Un trimestre de 2014 déjà dévoré, politiquement dévoré à belles dents ( ou à dents cariées, selon les résultats ), et la fête de Pâques , bien que tard dans le calendrier cette année, approche. Enfin, dire « la Fête » est déjà recouvrir d’un manteau ludique deux significations pas seulement différentes : antagonistes. Rien n’est plus délicat à manier, aujourd’hui, que le vocable « fête » dans un monde en proie à la guerre des mots depuis plus d’un demi-siècle. Il n’est qu’à relire les passages significatifs de l’œuvre de Jean Brune.
De nos jours, dans notre pays, la faille séparant croyants et non croyants est devenue un véritable abîme, dans une société sécularisée à outrance, en proie à une divinisation de concepts n’ayant rien à voir avec la transcendance, et même carrément en guerre avec elle. Et ces balises de l’année que sont les grandes fêtes n’envoient plus les mêmes signaux à tous ceux qui s’en approchent. En attendant qu’on les fasse disparaître de nos calendriers, pour tenter d’en effacer jusqu’au souvenir. Reviendra alors le temps des Catacombes.
En attendant, je vous souhaite à tous, amis lecteurs, une BONNE FÊTE de PÂQUES, avec à chacun son approche, spirituelle bien sûr – c’est sa raison d’être – mais aussi, dans la foulée, familiale, et même : solaire, tant il est vrai qu’il y a une Lumière de Pâques, même lorsque le ciel est gris.
PARADOXE
Parlons-en, du ciel gris. On voit tous ces reportages-« réalité » à la télé, qui font étalage de tous ces gens qui grognent et se lamentent, surtout au moment des vacances, lorsque la météo ne leur est guère favorable. Je n’échappe certes pas à cette réaction de « spleen », seulement une fois par an, tout juste à cette période d’approche de Pâques – et c’est pourquoi j’en traite ici aujourd’hui – mais dans des conditions météo inverses – là est le paradoxe – et pour des raisons n’ayant rien à voir avec l’addiction à la seule détente lénifiante.
C’est que Pâques me ramène implacablement à Alger. Et je n’y peux rien. Avec une force dans l’impulsion qui varie…avec le climat. S’il ne fait pas très beau, si règne un sale petit temps de grisaille, je baisse la tête, je « survis », et cela fait curieusement barrage à l’invasion des souvenirs : ma prison cotonneuse est moins insupportable parce que les incitations à m’évader s’effilochent à travers ce mur de brume. Mais, s’il fait beau, comme maintenant, si la lumière et le ciel de Provence dissolvent dans leur intensité le mur de l’exil, je suis rendu tout entier à ma jeunesse, qui revient m’habiter, me posséder, et murmurer à on oreille : « Sauve-toi d’ici ! Sauve-toi de maintenant ! »
Et je me retrouve aux matins de ma Ville, par exemple sur l’esplanade des Facultés, au milieu des copains et copines, passant pendant les vacances de Pâques prendre des bouquins de droit romain à la salle de travail pour aller bouquiner entre deux baignades au Club des Pins ; je me revois en moto – une 125 Peugeot poussive – avec Claude, mon copain de quartier, chemise ouverte au vent tiède des Bains romains, dans la griserie de la route vers La Madrague ou Staouéli ; je me revois, plus jeune encore, en vélo, faisant des sprints à 3 ou 4 du lycée Bugeaud, sur la Jetée Nord, entre le Rowing et les bains de l’ASPA… Et se taisent les cloches de St-Augustin, le jeudi saint, après la visite des églises, ( en nombre impair, Dieu sait pourquoi ! ) et sonnent les cloches durant la lumineuse nuit de Pâques, tandis que se découvrent les statues, voilées depuis le temps de la Passion. Montent dans mes narines les parfums de mouna chaude, de chocolat craquant, et les senteurs marines du vivier de Sidi-Ferruch…Pâques ! Joie de la Résurrection, et tout ressuscité avec le Christ !
C’est aussi le moment où « on se fait beau », où l’on sort le costume « Prince de Galles », acheté chez Romoli ou ailleurs, et où l’on peut croiser, rue Michelet, Jean Brune en blaser bleu, pantalon gris, chemise blanche, et énorme nœud papillon rouge…Et les filles ?... Elles sont toutes « Belles, belles, belles, comme le jour !!! »...Comme chantera plus tard Claude François. Mais nous, on a déjà pu juger sur pièce….
Un crissement de pneus. Un juron. Il faisait trop beau ici, et mon paradoxe a failli m’envoyer à Saint-Eugène. Pardon, à ce cimetière provençal le long duquel passe l’autoroute A7.
Je me réveille en sursaut. C’était encore un de ces rêves, dont je ne pourrai jamais me résoudre à dire que ce sont des cauchemars, dès lors qu’ils m’ont fait m’évader. Il fait encore beau aujourd’hui : la prison de l’exil sera donc encore insupportable, suffisamment pour me libérer en me faisant voyager dans l’espace et le temps, sur les ailes de la nuit.
Au fait, rappelons la signification du mot « Pâques » : C’est un Passage !
Alors, je le prends au mot, ce mot, et …J’EMBARQUE !..