Petit musée de Pierre Dimech
INFORMATION IMPORTANTE
Au moment de reprendre le cours normal de la vie de ce blog avec un nouvel ordinateur, je m'aperçois que "maltalger", longtemps exempt de toute intrusion publicitaire, en est maintenant atteint. Je tiens à préciser que ces pavés de pub me sont imposés sans que mon accord ait été sollicité, et que je les ressens comme une atteinte à l'esprit de mon blog.
Mais, il y a plus : je viens de constater que, par un étrange " bug ", à moins que ce ne soit par malveillance, des pages de "maltalger", notamment "je vous emmène en Patagonie" et "Petite revue de livres", ont subi, a posteriori, des bouleversements dans leurs illustrations, altérant sérieusement la cohérence entre textes et images.
Internet, dernier espace de Liberté, surtout pour tout ce qui ne porte pas au cou la marque du collier du conformisme, est un chemin aventureux, voire miné. Mais, pour ma part, dans le très modeste objectif de ce blog, qui reste un moyen d'expression qui se veut personnel, je poursuivrai tant que je pourrai mon petit bonhomme de chemin, en appliquant la devise des PIKKENDORFF imaginée par Jean Raspail : " Je suis mes propres pas ".
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Fête au double visage, aux images souvent brouillées par superposition. Perte du sens liturgique, affadissement des recherches de sens de ce qui nous dépasse, dilution des notions acquises autrefois dans les écoles comme dans les familles, tout cela n'est que l'aspect clinique de la maladie qui ronge ce qui reste de civilisation occidentale. Chesterton l'avait prédit, en énonçant : " Chassez le Surnaturel, il ne restera même plus le naturel".
Les gros Médias tournent avec brio ces notions en mayonnaise, en bons Masterchefs de l'information orientée : La Toussaint n'est plus une fête joyeuse pour les Croyants, qui sont par eux noyés dans la masse informe des " indifférents". Le "Gaudeamus" qui introduit la messe grégorienne de la Toussaint - ce " Réjouissons-nous ! " du 1er novembre - cède la place aux tombes du lendemain, lesquelles, surtout dans les villes anonymes, s'effacent progressivement derrière les urnes, qui regagnent de plus en plus, vides, l'étagère du salon - ou du placard, après avoir été allégées de leur contenu sur terre, sur mer, dans les airs, et peut-être bientôt , dans l'espace...
Pourtant cette année, nous en avons des défunts à célébrer avec ferveur,en plus des nôtres, en ces anniversaires en série, qui nous renvoient à la Première Guerre Mondiale, à la chute de Dien-Bien-Phu, et au commencement de la fin de notre Algérie - cette terre natale que nous partagions , mais que nous possédions moins que nous n'étions possédés par elle...
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La "Semaine religieuse d'Alger" du 18 novembre 1954 est centrée sur la relation des Fêtes du XVI° centenaire de la naissance de Saint-Augustin. Quel choc de dates ! La pourpre du manteau du Cardinal Tisserand, à Alger du 5 au 7 novembre, pour honorer le plus célèbre Berbère de tous les temps, et celle du sang tout frais des premières victimes de la Rébellion. En même temps. Voilà un sujet de méditation.
Au fait, comment s'étaient passé ce début novembre 1954, vu par un adolescent de 19 ans ? Le temps avait été maussade, semble--il. Le 1er novembre, messe de la Toussaint en l'église paroissiale - St-Augustin ! . Nul doute qu'il ait été question des commémorations annoncées dans toute l'Algérie. Puis la visite aux tombes familiales, au cimetière de St-Eugène. Ce qui reste du 2 au matin, c'est un poème, laborieusement rédigé si l'on en juge le nombre de ratures, aussi sombre que malhabile. Conjonction entre le Jour des Morts et un ciel bas, sans lumière, pesant sur une mer grise. Décor funèbre à souhait.
Pourtant, l'adolescent entrait dans une nouvelle phase de sa jeune existence : dans quelques jours à peine, il allait entrer en Faculté de droit et à l'I.E.P. d'Alger. Tout aurait du lui sourire. Il est vrai qu'en fin juin, bac-philo en poche, il avait quitté son vieux lycée Bugeaud avec beaucoup de nostalgie, mais enfin, entre temps, il y avait eu les vacances, le bateau pris tout seul pour la 1ère fois ( " l'El-Mansour", de la Mixte, à destination de Port-Vendres ), en vue d'aller découvrir "la France de ses livres" chez des amis de ses parents, en plein Périgord, du côté de Musssidan. Rivières et forêts, douce campagne, bien verte sous la pluie...incessante, cet été-là ! Et, à la fin, la "montée" triomphale vers Paris, rejoindre tante et cousin, pour découvrir la Capitale et ses Monuments, et avoir le bonheur fou d'assister à l'Opéra national à une inoubliable représentation du "Faust" de Gounod - son opéra-fétiche - interprêté par un des plus célèbres ténors du monde d'alors, l'italien Giuseppe di Stefano, le partenaire favori de La Callas...
Le seul intérêt de ce poème, dont l'auteur se qualifiait lui-même par ailleurs de " piètre rimailleur", est bien entendu la date de son écriture. Il a été rédigé au matin du 2 novembre, apparemment sur la seule base d'un coup de "spleen", dont le jeune homme était - déjà - familier, en harmonie "romantique" ( il était un grand admirateur de Lamartine, et imbattable en récitation des oeuvres poétiques de ce dernier ) entre le ciel maussade, " éteint", comme pouvait l'être celui d'Alger à la mauvaise saison, et l'évocation des défunts. dans l'ignorance en tous cas de ce qui s'était passé dans la nuit de la Toussaint. La nouvelle, il l'apprendrait en fin de matinée, à la lecture de "l'Echo d'Alger" et de la " Dépêche Quotidienne", en même temps que ses parents. La réaction familiale avait été celle de la plupart des Algérois: partagée entre l'apparition d'une menace redoutée et une bonne dose de dénégation: " ça ne pouvait pas être possible, ici, en Algérie, ensemble de départements français ". Pour résumer : STUPEUR, GRAVITE, mais aussi INCREDULITE.
Alors, ce poème: prémonitoire ?
Prenons garde, toutefois, de ne pas porter de jugement hâtif et péremptoire sur cet état d'esprit. Il n'est que trop aisé de nous prononcer, forts de tout ce que nous avons vécu par la suite et même au-delà de notre exode. Connaître la fin d'une pièce ou d'un livre n'est pas le meilleur moyen de nous pénétrer de la situation vécue par les protagonistes à son début. Que certains aient pu avoir un sinistre pressentiment, c'est possible, mais de là à avoir "la révélation" de ce qui se passerait au cours des 8 années qui suivraient, dépasse l'entendement. Et qu'on ne vienne pas prétendre que nous n'avons rien vu venir parce que nous étions ignares, myopes et tout ce qu'on voudra en politique, a fortiori, en géopolitique. Même si effectivement, le déficit de "conscience politique" était bien réel en Algérie en 1954, et même 4 ans après, sinon, il n'y aurait pas eu un Grand Simulateur au Forum, ou bien on l'aurait sans doute retiré les pieds devant du balcon où il était venu faire son numéro.
En réalité, sans même avancer que nous étions une sorte " d'existentialistes sans le savoir", je dirais : NOUS VIVIONS, C'EST TOUT. Cette Force vitale nous guidait irresistiblement. Elle était imprégnée en nous par cette volonté puisée dans nos gènes de descendants de pionniers, sans nous attarder toutefois sur le Passé, et sans nous préoccuper de l'Avenir autrement que par ce devenir continu qu'était le Présent. Certes, nous n'étions pas sans quelque perception d'un sourd danger latent, mais ce sens du danger nous renforçait lui-même dans notre dynamisme, en un perpétuel défi à ce FATUM dont on ne nous avait pas beaucoup parlé, là se situant d'ailleurs le défaut de notre cuirasse: nous ne connaissions guère notre propre histoire sur cette Terre natale, ni sa longue et tumultueuse destinée...
tableau de Louis Granata
Et puis, battre notre coulpe aujourd'hui sur cette non-prise en considération de la portée de cette nuit du 1er novembre 1954, dès le lendemain, serait plus qu'une ineptie : une concession suicidaire à la thèse FLN & complices, consistant à donner à ces misérables et méprisables attentats une ampleur qu'ils n'ont pas eue. Gestes épars d'assassins disséminés en quelques rares points du territoire algérien, il est naturel qu'ils n'aient pas été pris pour ce "Tournant de l'Histoire" dont ils ont été parés à titre rétroactif.
Reportons-nous à cet égard à un des plus importants ouvrages consacrés à ce qui est devenu dans le langage officiel " La Guerre d'Algérie " :" autopsie de la guerre d'Algérie ", de Philippe Tripier, paru en 1972, aux éditions France-Empire, "pavé ", de près de 700 pages, fortement charpenté et nourri d'annexes qui remettent l'Histoire à l'endroit.
Les extraits cités ci-dessous sont tirés du chapitre II de l'ouvrage : " Le terrain " :

Comme on dit ( ou disait ) en maths : C.Q.F.D.