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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 17:29
UN REGARD SUR L'UNIVERSITE D'ALGER

Mon but  est de fournir quelques éléments sur le travail effectué par la Faculté de Droit d'Alger en tant qu' université française, sur les matières relevant du droit et des coutumes musulmanes d'Algérie. Cette recherche a été déclenchée en vue d'ouvrir des pistes à des personnes amies qui m'ont interrogé à ce sujet.

Deux mots d'abord sur ma source,et sur les souvenirs qu'elle fait resurgir:

En fin 1959, l'Académie d'Alger a fêté le cinquantenaire de l'Université de notre ville. Je me trouvais alors à Paris pour des recherches dans le cadre d'un 1er projet de thèse de doctorat en droit qui, compte tenu du sujet qui m'avait été suggéré par mon patron de thèse, m'avaient curieusement fait travailler en Sorbonne et non à la Fac de droit ( il s'agissait d'un sujet portant sur l'influence croisée des Jésuites et des Oratoriens, Ordres concurrents en matière d'Enseignement, sur les futures générations révolutionnaires...Thème de science politique plus que de "droit", mais il est vrai que cette matière, enseignée dans un Institut spécifique mais lié à la Fac de droit, venait d'être inscrite au programme des D.E.S.  - diplômes  d'études supérieures de droit, au  niveau du doctorat. Cela témoigne du dynamisme de notre université. A mon grand regret, je n'avais donc pas pu être sur place pour les cérémonies. Regret d'autant plus profond qu'entrée en Fac en novembre 54, et y ayant passé l'essentiel de ma vie depuis ces 5 années à la fois si agitées et si fascinantes, j'envisageais alors une carrière universitaire, via le concours de l'agrégation, que je n'imaginais même pas se dérouler ailleurs qu'à Alger... Cette Fac de droit était devenue mon "lieu géométrique", ma "maison" et ma raison d'être. Quelles qu'aient été les compensations ultérieures, je peux dire, près de 60 ans après, que je ne me suis jamais remis de ce destin manqué. 

Mais, ce "retour sur image" effectué, revenons à notre sujet.

Ce cinquantième anniversaire de l' Université d'Alger a fait l'objet d'un beau volume de 258 pages regorgeant d'illustrations, de schémas, et fourmillant de listes de noms. C'est aujourd'hui une source incontournable de toute documentation précise sur l'histoire, l'organisation et les oeuvres de l'Université d'Alger. Je m'y suis plongé dès cette époque, l'ayant acquis dès mon retour de Paris, en me focalisant bien sûr sur la faculté de Droit. Pourtant je dois reconnaître avoir alors quelque peu lu seulement "en diagonale"(mais l'actualité de l'époque nous dévorait, dans ces lieux d'études, devenus un "Camp retranché"...) une copieuse introduction - de 38 pages -  coincée il est vrai entre les listes des officiels et le corps des descriptifs. Or, elle méritait- et mérite plus que jamais - qu'on l'étudie avec le plus grand soin.  Ce sont en effet, comme son titre l'indique, des "pages d'Histoire". 

Je la découvre aujourd'hui.  "Il n'est  jamais trop tard", n'est-ce pas ?

Ces 38 pages, qu'on aurait pu croire de pure convenance, au-delà même du seul Enseignement, constituent une plongée dans la gestation  chaotique de l'Algérie française, mesurée à l'aune, non de la démagogie, mais du réel, du concret, du quotidien.

Apparaissent ainsi de s^rojets ambitieux mais contrecarrés par des obstacles divers trouvant leur point commun dans la déconsidération assez répandue en France à l'égard du territoire algérien et de ses populations, européens compris, dans ce qu'il faut bien appeler la caractéristique ambivalente de cette Algérie, qui était à la fois un pays "exotique" souvent rebutant et toujours déconcertant, et une "Nouvelle France","juste en face", de l'autre côté de l'horizon méditerranéen.

Il y avait là, dressé sur la voie étroite des bonnes intentions, un Signe de contradiction.

Pourtant, le réel, lui, slalomant entre les obstacles, les ignorant même quand il le fallait, cheminait quotidiennement. Cette Université, qui fêtait ses 50 ans en 1959 comme un défi lancé à un futur épique, ne pouvait oublier qu'elle était née de "balbutiements" qui avaient constitué sa matrice dès les années 70 du siècle précédent, et que pour cela, elle ne s'était pas créée "ex-nihilo". Ce vocable de "cinquantenaire" , raccourci commode pour frapper les esprits, a été en fin de compte un peu "réducteur". C'est bien 30 a,ns qu'il faudrait y ajouter, ne serait-e qu'à titre de gestation, et c'est tout l'intérêt de cette introduction historique à l'ouvrage officiel issu de cette célébration. Après bien  des errements, c'est une Loi du 20 décembre 1879 qui a créé des "Ecoles" d'enseignement supérieur, dont, 30 ans après,  a découlé ensuite l'Université d'Alger.

Et c'est finalement sur une période de 80 ans qu'il faudra se pencher pour entrevoir la mission qui a été accomplie jusqu'à ce cinquantenaire.

Pour en avoir déjà une idée concrète, il est  bon, je pense, de publier ici, à titre d'information sur le renom national et international de l'Université d'Alger, la liste de ses " Docteurs Honoris Causa ". Elle est éloquente.

 

Pour la clarté de l'exposé, une très prochaine mise à jour publiera la listes des enseignants, la liste des enseignements traitant de la spécificité algérienne, ainsi que des indications bibliographiques sur des travaux universitaires sur le statut juridique personnel  des musulmans en Algérie.  

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commentaires

MAURICE 11/12/2016 15:50

Bravo Pierre pour ce bel hommage à l'Université d'Alger.Il nous éclaire aussi encore plus sur toi, comme chaque publication de Maltalger. C'est pour moi tout l'intérêt de ce blog. De la macro à la micro-histoire, en quelque sorte.

Hélène 11/12/2016 10:55

Merci Pierre du savoir que vous transmettez, de ces pages d'anciens ouvrages que vous ouvrez pour nous et que vous éclairez de votre grande culture. Ce blog est précieux.

Maia 11/12/2016 08:49

Qui donc pourrait se remettre de ce destin manqué !