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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 17:39

« Nous sommes quelques-uns. Nombreux, peut-être...Qui l'estimera ?...Nous sommes quelques-uns que couvre une grande ombre » .

 

Lorsque j'ai ouvert ce premier roman d'un auteur dont je venais de découvrir l'existence en suivant une émission de « TVLibertés », et avant-même d'aller puiser quelques repères sur la quatrième de couverture, je sautai directement à la dernière page de ce livre ,dont le titre était déjà, plus qu'un résumé-programme, un « signe de piste » invitant à je ne sais quel « chemin noir » cher à Sylvain Tesson. En effet, lorsque je mets la clé de contact en abordant une nouvelle œuvre littéraire, je m'assure tout d'abord, avant d'en prendre la route, de ses premières et dernières lignes, et même, de façon encore plus serrée, de ses premiers et derniers mots. La compréhension de la fin nécessitera une citation plus longue, que ce début qui frappe comme un éclair.

 

« Mon dépouillement, mon isolement, voilà qui constituait des circonstances idéales pour vider des cartouches d'encre, et tenter, dans la masse et l'obscurité, de parvenir, sans viser aucun être, à en toucher quelques-uns…. Il fallait que je paye ma dette...Parce qu'Emmanuel Starck avait vécu brandi dans l'axe d'une certaine transcendance, parce que Lia Silowsky m'était apparue toute criblée de rayons, au sein de l'ère plongeante qui est la nôtre, plongeante et si submergée de ténèbres, si oublieuse et si tardive, j'avais aimé ces deux êtres comme les dernières allusions au soleil ».

 

La quatrième de couverture fera son office d'approche de l'histoire. Je ne vous la raconterai pas. Mais, chemin noir pour chemin noir, je vous dirai que dans cette approche, au dos du livre, on trouve épars des mots tels que : désabusé, fièvre, inspirée, mysticisme, visions, aventurier, arts martiaux, traditions d'une chevalerie, sabotages….

 

Et au moment où Michel Déon tire sa révérence, dans l'élégante discrétion que fut sa longue et riche vie ( j'en reparlerai bientôt, à base de souvenirs personnels ), se lève un tout jeune « quadra » - 40 ans cette année -nommé Romaric Sangars, dont la photo, en couverture, me fait penser à Jean-Pax Méfret, au même âge...et il y a près de 40 ans. Je me dis que quand s'efface dans le limon de la terre un hussard ayant rempli son contrat, surgit d'une nouvelle vague un hussard qui regarde du côté du soleil. Je n'entrerai pas dan le débat subtil des critiques littéraires sur le vocable « hussard ». C'est ma vision personnelle. Qui recouvre les différents profils de ceux qui, au-delà de cette image guerrière assumée, sont tous les Enfants de Cyrano, portant leur panache en bandoulière.

 

Mais attention, cet ouvrage qui sait mêler les contraires – et qui est donc profondément « humain », en jetant aux orties la défroque larmoyante de l'humanitarisme professionnel – débouche à maintes reprises de ses noirs cheminements pour monter à l'assaut de tout ce qui est aujourd'hui labellisé « correct » ! Dans ce parcours de onze mois, qui va d'un « décembre » à un « novembre » non millésimés, on se trouve propulsé dans plusieurs tranches d'époque, de notre époque...J'y ai retrouvé, au début, une atmosphère qui m'a rappelé le film « Les tricheurs », que j'avais vu à Alger en 1959, et à la fin, on se trouve plongés dans un vent de panique et de barbarie qui, vaguement mentionnés comme s'étant produit à l'orée du siècle actuel, font manifestement référence à cette terrible année 2015 à Paris (tout se passe à Paris , dans ce livre ).

 

Pour pénétrer plus intimement dans le coeur de ces « Verticaux » , voici quelque citations, prises au hasard, qui ne sont pas des « pépites » - nous ne sommes pas chez les Banquiers - mais de belles et bonnes munitions, de tous calibres.

 

« Cet élan portait le nom d'héroïsme...Il se lisait surtout dans le génie de certains artistes qui avaient su faire fuser des beautés neuves;L'action ou la création, il ne s'agissait, en fin de compte, que de domaines distincts où se déployait néanmoins le même phénomène. Enfin, à un degré ultime, le vieil idéal de la sainteté...représentait peut-être cet élan orienté dans le sens d'une transcendance totale ».

 

« Au fond, l'héroïsme est une ivresse...mais une ivresse souveraine, un don soudain de soi ».

 

« Nous serons verticaux à leur en foutre le vertige ».

 

« Un relativisme absolu n'est que l'autre nom de la lâcheté ».

 

« Nous souriions dans l'ombre.

Nous.

Nostalgiques des magies mortes ».

 

« Nous n'avons aucune utopie à offrir. Seulement une manière exaltante d'envisager le tragique de vivre ».

 

« Il se trouvait que l'honneur témoignait également d'un certain rapport aux morts….Les morts étaient des vivants dont les phrases avaient été brisées ».

 

« L'époque nous imposait l'absurdité de la pulsion immédiate, le bégaiement d'un perpétuel présent, l'interchangeabilité relativiste, la réduction au nombre stérile

 

« La chevalerie comme l'ordre samouraï, en tant qu'institutions, avaient toutes deux procédé d'une spiritualisation de la force ».

 

« Face à ce qui prétendait tout mêler, diluer, affadir, nous avions répliqué ».

 

« Ce n'est pas par l'adversité, qui si souvent se révèle précisément un moyen de se construire,que le déclin survient. C'est par la parodie ».

« Tout ce qui était vraiment vivant paraissait trop fort pour ce temps ; tout ce qui était élevé en menaçait l'équilibre inférieur ; rien ne perdurait plus que dans la boue ».

 

Il y a beaucoup à méditer sur ces pensées. Il en est d'autres, de plus vives encore, reflet de l'action dévastatrice qui monte en puissance vers la fin de l'ouvrage. Je ne peux en parler sans déflorer le sujet.

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commentaires

Richard Spiteri 03/03/2017 17:42

Fort bien, cher Pierre, de nos confier bientôt tes souvenirs de Déon.

MIKE 26/02/2017 17:51

Stupéfiante découverte, sortie du marécage ordinaire de nos "penseurs " français du siècle, surement parmi les plus médiocres de l'histoire.... Quelle force et quelle concision. C'est un archer qui frappe au coeur !
A connaitre de plus près....

Jerome B 24/02/2017 02:22

Merci Pierre pour ces belles citations et pour avoir indiqué cet intéressant auteur.
Dans la même bande, connaissez-vous Maurice Dantec? Il est mort en 2016.....
Jean-Pax.... Je l'avais découvert à l’université, et ses chansons étaient jouées au haut-parleur dans la caserne aux réveils lors de ma préparation militaire au 2eme RCS a Satory.. :-)
(je ne pensais pas alors que je serais un jour nostalgique de ces réveils après 3 heures de sommeil...)

Maïa 23/02/2017 20:21

Quel magnifique commentaire ! Bien sûr ces citations me touchent; j'ai eu du mal mais j'en ai sélectionnée une : « Nous serons verticaux à leur en foutre le vertige ». Mais que dire des vivants aux phrases brisées... J'ai tant de livre sen retard à cause de mon immersion actuelle (depuis des mois) pour mon propre roman... C'est frustrant !